Femmes pour L’aimer [9]

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

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L’affectivité de Thérèse est blessée à la mort de sa mère en 1877. Elle devient une enfant hypersensible, assoiffée de tendresse, au point de tomber malade (une sorte de névrose) lorsque sa sœur Pauline (sa seconde mère) entre au Carmel. Guérie miraculeusement en voyant sourire une statue de la Vierge Marie, elle va suivre un chemin de pacification intérieure qui lui donnera la force de surmonter plus tard les pires épreuves. De cette sensibilité, elle gardera un talent d’écriture.

« Toi seul, ô Jésus, peux contenter mon âme, car jusqu’à l’infini, j’ai besoin d’aimer. »

En 1887, elle obtient par son intercession la conversion d’un condamné à mort, Pranzini. Elle demande à rentrer au Carmel (« pour sauver des âmes et prier pour les prêtres ») à 14 ans et va faire un voyage à Rome pour obtenir une dispense.

Les grandes qualités spirituelles de Thérèse seront vite reconnues puisqu’en 1893 (à 20 ans), Mère Marie de Gonzague lui demande de l’assister pour s’occuper des novices et trois ans plus tard, elle devient responsable des novices. Chaque jour, elle les enseigne une demi-heure, leur lit la règle et répond à leurs questions. Elle aide chacune à régler ses cas de conscience avec patience, calme et douceur, en soulignant combien le chemin spirituel de chacun peut être différent.
En 1894, Mère Agnès lui donne l’ordre de rédiger ses souvenirs d’enfance. En 1895, Thérèse s’offre en victime à l’amour miséricordieux de Dieu. Un premier Père blanc missionnaire est confié à ses prières.

En 1896 débute une longue épreuve intérieure, une nuit spirituelle (dépouillement de la conscience de l’amour de Dieu) qu’elle traversera avec la force de sa volonté d’aimer dans la nuit. Le jeudi saint, elle a sa première crise de tuberculose.
Thérèse meurt le 30 septembre 1897, dans une extase d’amour : « Mon Dieu, oh, je l’aime ».

Peu de temps après sa mort (1898), la Mère supérieure publie ses écrits sous le titre « Histoire d’une âme ».
Tout se passe très vite comme si Dieu voulait que cette sainte éclaire le siècle à venir. Sa cause de béatification est introduite en 1914 par Pie X. Le 14 août 1921, Benoît XV déclare l’héroïcité des vertus de la servante de Dieu et prononce à cette occasion un discours sur la voie de l’enfance spirituelle; Pie XI la proclamait bienheureuse le 29 avril 1923. Peu après, le 17 mai 1925, le même Pape la canonise en la Basilique Saint-Pierre devant une foule immense ; deux ans plus tard, le 14 décembre 1927, il la proclame patronne des missions (et deuxième patronne de la France) en même temps que saint François Xavier, à la demande de nombreux évêques missionnaires.

Thérèse nous enseigne tout d’abord à aimer l’humilité et la petitesse en nous, ce qui ne l’empêche pas de lutter contre ses faiblesses avec une force de volonté terrible. La conscience de nos défauts peut aussi nous aider à lutter contre l’orgueil intérieur.
Dans la même veine, elle choisit « une petite voie » : s’appliquer aux petites choses par amour (chemin hérité de la spiritualité du Carmel).
Elle nous enseigne que l’on peut être missionnaire dans sa prière, par l’intercession, et le rester après sa mort :
« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre! »

Elle nous montre enfin que la prière contemplative est accessible à tous, faisant en cela écho aux écrits de la fondatrice du Carmel, Thérèse d’Avila.
Thérèse est proclamée docteur le 19 octobre 1997 par le pape Jean Paul II.
Voici quelques extraits de la lettre apostolique proclamant Thérèse docteur :

« Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d’une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, moniale professe de l’Ordre des Carmélites déchaussées, dont le centenaire de l’entrée dans la patrie céleste est célébré cette année…
Son enseignement n’est pas seulement conforme à l’Écriture et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur et la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l’Église, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s’exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu.
L’enseignement de Thérèse exprime avec cohérence et intègre dans un ensemble harmonieux les dogmes de la foi chrétienne considérés comme doctrine de vérité et expérience de vie. Il ne faut pas oublier à ce sujet que l’intelligence du dépôt de la foi transmis par les Apôtres, ainsi que l’enseigne le Concile Vatican II, progresse dans l’Église sous l’assistance du Saint-Esprit: « En effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît tant par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc 2,19.51) que par l’intelligence intérieure des réalités spirituelles qu’ils expérimentent ainsi que par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Vatican II : Dei Verbum, n. 8)…
On peut donc à juste titre reconnaître dans la sainte de Lisieux le charisme d’enseignement d’un Docteur de l’Église, à la fois à cause du don de l’Esprit Saint qu’elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de la loi nouvelle, c’est-à-dire la grâce de l’Esprit Saint, qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité. »

Bien souvent notre prière est terne, sans goût, chargée d’ennui, comme si entre Jésus et nous il n’y avait jamais rien eu… Thérèse témoigne de sa prière et nous accompagne sur ce chemin de confiance et de gratuité dans l’amour.

« Qu’elle est donc grande la puissance de la Prière ! On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu’elle demande. Il n’est point nécessaire pour être exaucée de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s’il en était ainsi… hélas ! Que je serais plaindre !… En dehors de l’office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n’ai pas le courage de m’astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !… et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres… Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend… Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. » (Ms C, 25rv)

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