Les relations garçons / filles – Route de Cléry 2008

Je vous propose aujourd’hui un topo de Cécile de Pontcharra que nous avons pu entendre lors de la route de Cléry sur les relations garçons / filles.

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          Quelques unes parmi vous diront peut-être, la barbe, c’est toujours le même sujet, ça fait 20 fois qu’on nous parle des relations garçon-fille… Mais je vous invite à écouter avec une oreille neuve, émerveillée. Il y a peut-être des éléments qui ne vous diront rien ce soir, mais qui vous parleront plus tard, ou qui interpellent votre voisine, ou qui vous aideront à soutenir une amie…

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« Amour durable »
          Aux JMJ de Sydney, pendant la veillée, Benoît XVI reprendait des intuitions de St Augustin sur l’Esprit-Saint, comme lien d’unité au sein de la Trinité : unité, c’est-à-dire communion, amour durable et don. Et il nous invitait ainsi : « Eclairés par les intuitions de St Augustin, faites en sorte que l’amour unificateur soit votre mesure, que l’amour durable soit votre défi, que l’amour qui se donne soit votre mission. » (Benoît XVI le 19/07/08 à la veillée à Randwick Racecource). A l’heure où on nous parle de développement durable, paradoxalement, pourquoi autour de nous, tant de couples se séparent, ou reculent devant l’engagement ? Les motifs sont nombreux. Mais comment construire un amour durable ? Chères GA, cela commence dès maintenant.
           Nous aspirons toutes à nous donner totalement, à aimer quelqu’un pour toujours, nous sommes appelées à cela. Que ce soit Dieu directement et sans partage, dans la vocation religieuse; ou que ce soit Dieu à travers notre futur époux, dans le mariage. Dans tous les cas, nous sommes appelées au don total de nous-mêmes, car « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », comme le résume si bien Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus.
         Être épouse, c’est avant tout donner. Mais on ne peut donner que ce qu’on a, ce que l’on est. Si nous ne sommes pas accomplies, habitées par la présence de Dieu qui nous fais vivre, nous resterons dans l’attitude de l’attente, et non dans celle du don. Toute la progression guide aînée est orientée vers cette dimension de don, de service, d’amour.

 

Garçons et filles : différences et complémentarité
          Dans la Genèse, Adam ne trouve pas d’égale parmi les animaux. Dieu fait grandir son désir et crée pour lui la femme, une aide semblable à lui. Dans ce cas, aide ne signifie pas aide ménagère, mais soutien, appui, aide pour avancer ensemble dans la voie de la sainteté. D’ailleurs homme et femme sont également aimés de Dieu, créés à son image et à sa ressemblance.
          Il y a des différences dans la manière d’être, de réagir, de vivre, entre les filles et les garçons.  Souvent, nous pensons que les autres réagissent comme nous, et cela est source de malentendus, de maladresses. Je ne citerai pas toutes les différences, mais seulement quelques exemples, avec des conséquences un peu pratiques. Bien sûr, il ne s’agit là que de généralités. Chaque personne est unique, et comprend des caractéristiques à la fois féminines ou masculines plus ou moins développées. Il ne s’agit pas d’une différence d’opposition, mais de complémentarité, de richesse, afin de donner et de recevoir.

- Différences biologiques
          Cela se manifeste déjà au niveau du corps. L’homme est appelé à donner, à l’extérieur de lui-même. Alors que le corps de la femme est destiné à l’accueil de la vie en son sein, à la tendresse. Déjà dans le corps se manifestent les deux dimensions de l’amour : donner et recevoir.
          Au niveau des 5 sens, l’ouïe domine généralement chez la femme. Elle lui permet de percevoir des émotions dans le ton des paroles. Les filles ont une plus grande aptitude à l’écoute et à la parole que les garçons. Nous savons bien que les filles sont souvent plus bavardes. Elles ont besoin qu’on leur fasse des compliments. Pour le garçon, la vue  prédomine. Il souhaite voir qu’on lui fait du bien, mais on n’a pas besoin de lui dire. Et petite application concrète : une fille se mettra en débardeur à bretelles l’été, pour ne pas avoir trop chaud, pour ne pas avoir trop de marques de bronzage, sans autre arrière-pensée. Mais pour le garçon, la vue des épaules nues, du décolleté provoque une réaction dans son corps, qui en soi n’est pas une faute, mais qui est l’occasion d’un combat difficile pour la pureté.
          Au niveau du système hormonal, de grands changements se produisent pour la fille et pour le garçon au moment de l’adolescence. Chez l’homme, les sécrétions d’hormones sont relativement constantes jusqu’à la fin de sa vie, alors qu’elles sont cycliques chez la femme à partir de la puberté. Le corps de la femme se prépare d’abord à être épouse, puis mère. Son humeur est changeante au cours du cycle. Elle est d’abord accueillante, ouverte, entreprenante. Puis après l’ovulation, la fille est plus repliée sur elle-même, plus sensible, prête à donner et à porter. Savoir cela permet de dédramatiser, et de compenser en quelque sorte, en restant maîtresse de soi, en souriant et en chantant dans les difficultés, en étant fidèles à nos petits engagements. De même, un garçon est dérouté par unetelle qui était super enthousiaste hier et qui demain sera toute grognon, alors qu’il n’y a pas de raison apparente.
          Fécondité des règles : A partir des premières règles, le corps est prêt à accueillir la vie, mais le coeur pas encore à être mère.  Je voulais juste revenir sur quelque chose qui m’avait frappé dans un livre. Je n’ai pas retrouvé la référence, mais je vais essayer de vous en donner l’idée. A quoi ça sert d’avoir ses règles si tôt, alors qu’on n’est pas mariée ? Et si on reste célibataire, à quoi bon ces pertes de sang pour rien ? Ce serait plus commode si on n’avait pas tout cela.
         Revenons un instant au pied de la Croix. Jésus a déjà remis son Esprit à son Père. Le centurion s’approche, et pour vérifier s’il est bien mort, il lui transperce le côté avec sa lance. Il en sort du Sang et de l’Eau dit St Jean. Mais à quoi sert ce sang ? Jésus est déjà mort. Il se donne jusqu’au bout, Il aima les siens jusqu’au bout. C’est la naissance de l’Eglise, la source des sacrements. De même, le sang des règles, offert en union avec le Sacré-Coeur transpercé, reçoit une immense fécondité. Alors, c’est un encouragement à offrir les petits désagréments…

- Différences dans la personnalité
          Le garçon a tendance à dominer, à être indépendant et égoïste. C’est le revers de sa mission portée vers la construction du monde. La fille a besoin de sécurité et de protection, elle cherche à plaire. Il est important d’en être consciente, car c’est instinctif, mais notre volonté peut le canaliser. Si j’ai besoin de protection, de poser ma tête sur l’épaule d’un garçon, cela aura une grande importance pour moi, mais je dois savoir que cela risque de l’embêter, de faire réagir son corps.
          Une fille pense toujours à ce qui a précédé, surtout si elle a été blessée. Elle a tendance à ressasser, en bien ou en mal, et elle prépare l’avenir. Le garçon est tout entier dans l’instant présent. Il est assez cloisonné. Quand il fait une chose, il ne pense pas au reste.

- Sensibilité et volonté
          La femme a un grand besoin de sa sensibilité pour lui faire sentir le besoin de l’autre, sans qu’il l’exprime. Il ne faut pas abuser de cette sensibilité, mais la contrôler. Car à force de toucher les cordes d’un violon, elles se désaccordent. La sensibilité ne doit pas être le guide de notre vie, car elle change souvent, elle brouille, elle serait plutôt une girouette. Nous ne devons pas agir uniquement selon notre sensibilité, mais aussi selon la raison et la volonté. Plus nous nous y prenons tôt, plus ce sera facile. Le guidisme nous aide, car il forme notre  personnalité, notre volonté, il nous enrichit.
          Le garçon est en apparence moins dévoué, moins spontané que la fille, car il ne sent pas le besoin de ceux qui l’entourent. Il manque d’attention, mais pas de générosité. La femme est plus dévouée, mais plus exclusive. Elle choisit dans ceux qui ont besoin d’elle. Elle est plus persévérante, plus délicate, mais elle attend davantage un retour, au moins affectif. Elle met beaucoup plus de temps pour donner sa confiance, mais une fois qu’elle l’a donnée, elle est plus fidèle. Aussi elle risque des déceptions plus profondes que l’homme qui, lui, donne facilement sa confiance.
          L’affectivité joue également un rôle différent dans la personnalité de l’homme et de la femme. Il y a un cloisonnement cœur / corps / activité / travail pour l’homme. Alors que chez la femme il y a une dépendance totale. Cela a des conséquences sur les réactions corporelles, les jugements, la logique. L’homme peut paraître un peu dur, froid, son jugement et sa sûreté lui donnent de la sécurité, mais ne permettent pas de saisir tout le réel. 

- intelligence
          Le garçon travaille par nécessité, par intérêt ou par devoir. La fille travaille pour s’instruire, mais aussi pour faire plaisir, pour être utile et pour se donner.
          L’homme raisonne logiquement, ses réflexions suivent un enchaînement lent et progressif d’idées, des principes aux conséquences. Il met a priori en doute tout ce qui peut être intuitif. La femme suit la logique du cœur, enchaînant affections, perceptions. Mais elle risque de se tromper, sa perception peut être faussée par d’autres circonstances. Par exemple lors de la cueillette d’olives, des guides aînées ne suivaient pas l’ordre logique des rangées, et le moine qui venait récupérer les caisses pleines ne comprenait rien. Mais notre apparent désordre était motivé par le souhait que les deux groupes restent proches… et tous les arbres ont été ratissés.
           Pour l’homme, il est important de faire ressortir l’essentiel. Alors que la femme a le souci des détails. Cela a un rôle dans son épanouissement. Cette qualité est à reconnaître et à développer, car elle met du beau, de la douceur dans le monde.

- Conceptions de l’amour
          La fille a souvent une vision très idéale et noble de l’amour, elle attend le prince charmant. Elle est prise tout entière, et laisse facilement vagabonder son imagination. Alors que le garçon est d’abord attiré par l’extérieur. La fille risque alors d’être bien déçue.
          Le garçon est plus cloisonné, il peut embrasser sans s’investir tout entier. L’unité de l’être est plus forte chez la fille, pour qui tout acte implique forcément tout l’être et a de grandes répercussions.

          La profonde différence de l’homme et de la femme crée une attirance. Le garçon se caractérise davantage par la puissance et l’agir, la fille par la présence et l’être. Et tout cela, pour réaliser une  complémentarité harmonieuse.

La pureté
Il est difficile de parler de la pureté, du 10e article de la loi scoute, parce qu’il y a deux excès :
     – d’un côté : c’est honteux d’en parler, la relation charnelle est sale en soi,

     - de l’autre : on étale sans pudeur ni retenue la sexualité, on rigole avec…

          Dans les deux cas, la sexualité est vue de façon très négative et mauvaise. Alors que la chasteté chrétienne, la pureté scoute, est une vertu, un sommet entre deux extrêmes. Essayons d’avoir un regard calme, paisible, plein d’admiration, sans trouble.
          Notre corps a été créé par Dieu,  c’est Dieu qui a voulu et inventé les différences homme-femme. C’est Dieu qui a créé le plaisir sexuel, c’est lui qui a inventé le geste d’amour de l’homme et de la femme. En soi, c’est beau et grand. Ce sont nos yeux qui sont sales, abîmés par le péché.
          Dieu a créé la vie et a donné à l’homme et à la femme, la responsabilité immense de transmettre la vie. Dieu intervient dans cet acte, parce qu’il nous prend au sérieux. Dès qu’il y a fécondation, Dieu crée une petite âme. Il est là, au coeur de l’amour humain.
« Ubi caritas et amor, Deus ibi est. »
          « La chasteté, dit Jo Croissant, n’est pas un rétrécissement, ni une amputation de l’amour. » Au contraire, « elle opère un élargissement et permet l’expression de la tendresse et la diffusion d’un amour totalement désintéressé qui comble de bonheur celui qui le donne comme celui qui le reçoit ». N’est-il pas bien plus respectueux de la personne aimée de se donner sans réserve, totalement et pour toujours ? Plutôt que de se dire : on va faire un bout de chemin ensemble, on se met ensemble, on construit la maison, et après 5 ou 10 ans, eh bien, je ne suis plus heureux(se), je vais voir ailleurs, je te jette comme un kleenex usé.
          Le combat pour la pureté des garçons est bien plus difficile que pour les filles. Une fille a besoin d’être aimée, de plaire, et ne se rend pas compte de l’impact sur le garçon. Lui a l’impression que la fille le provoque, alors qu’il n’y a aucune mauvaise intention derrière. Au contraire, la fille peut aider le garçon à rester pur. Ne soyons pas allumeuses malgré nous, ni à l’inverse cachées sous un sac à patates. Soyons simplement féminines, surtout par notre beauté intérieure.
           La préparation dans la chasteté, le temps des fiançailles, sont exigeants. Mais c’est au service d’un amour plus grand et plus beau. Celui auquel nous aspirons tous.

Aimer : sentiment et volonté
          Nous avons vu que le garçon et la fille sont différents. L’attirance homme-femme est normale,  elle vient de Dieu. Mais c’est uniquement instinctif, c’est nouveau avec la puberté, mais ça nous arrivera toute la vie, avec 1000 hommes différents.
          L’attirance n’est pas l’amour. Dans l’attirance, la sensibilité prédomine. Apprenons à ne pas nous laisser guider de suite par nos impressions. L’amour nécessite de se connaître, de parler, d’échanger en profondeur, de prier ensemble, de tendre vers une harmonie totale, de poser des actes.
          Si nous commençons de suite avec un garçon, à avoir des gestes familiers, c’est tellement agréable et accaparant, qu’on en reste souvent là. Alors que s’interdir des gestes trop familiers, s’interdir de jouer avec la faiblesse de l’autre, cela permet de créer des liens plus forts, de nouer une réelle amitié. Cela permet de connaître vraiment la personne, son caractère, de partager ses soucis, de tisser des liens dans la prière…
          Comme je le disais plus haut, le garçon risque d’être d’abord attiré par le charme extérieur, par le corps, que par la fille elle-même. Et la fille doit aussi apprendre à aimer le garçon pour lui-même. Une communion des corps serait un mensonge si le coeur et les pensées ne sont pas unies. Ce que nous demande l’Eglise, ce n’est pas pour nous embêter, mais pour nous apprendre à mieux aimer.
          Claire de Castelbajac, arrivée à Rome pour ses études, était poursuivie par de nombreux gars. Elle écrit à ses parents : « quelquefois, en les voyant, je me dis que ce ne doit pas être désagréable de se faire peloter par un beau mec (…) Alors je prie, je prie, pour avoir le courage, je pourrais même dire quelquefois l’héroïsme de résister (…) J’ai le désir de rester intacte pour celui que j’épouserai (bien sûr il n’a jamais été question dans mes tentations de coucher avec un type…) Evidemment, j’ai Dieu : c’est Tout et bien suffisant, la grâce peut être infinie, mais je crois qu’on a tellement besoin quelquefois de stimulants humains, objectifs, palpables… ».
Le Cardinal DANNEELS donne trois caractéristiques essentielles de l’amour véritable :
     – l’amour est une décision, certes accompagnée de beaucoup d’affection. Mais aucun amour ne peut être heureux s’il n’y a pas de volonté d’aimer.
     – aimer quelqu’un ce n’est pas l’aimer pour ses qualités mais pour lui-même « je t’aime tel que tu es » Il faut donc la connaissance dans la vérité.
     – aimer ce n’est pas mettre la personne à mon service. C’est d’abord se mettre au service de l’autre. Aimer = lâcher et donner
 
Et je terminerai avec une prière de Guy de Larigaudie :
« Nous sommes de grands garçons maladroits et patauds. Les jeunes filles nous forcent à la politesse et à la courtoisie. Leur grâce nous allège et rétablit l’équilibre. Nous sommes trop cérébraux. Les jeunes filles comprennent d’un seul coup avec leur cœur ce que nous disséquons péniblement avec notre raison. Leur présence est un apaisement. Elles sont un sourire et une douceur dans notre cercle de luttes.
Mon Dieu, faites que nos sœurs les jeunes filles soient harmonieuses de corps, souriantes et habillées avec goût.
Faites qu’elles soient saines et d’âme transparente. (…) Et que, garçons et filles, nous soyons, les uns pour les autres une source, non de fautes, mais d’enrichissement. »

Alors profitons de ces quelques jours de route guide aînée, pour apprendre à servir et à aimer, pour consolider nos amitiés entre filles, pour nous former et construire notre personnalité. Et avec l’aide de la Vierge Marie, Etoile au grand large, soyons des aides pour les garçons, en progressant sur la voie de la pureté.

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