La Femme éternelle

La Femme éternelle

de Gertrud von Le Fort

« Partout où il y a don de soi, on voit rayonner le mystère de la femme éternelle. Mais quand la femme se cherche pour elle-même, alors elle perd son rayonnement, en voulant mettre en avant sa propre image, elle détruit sa figure éternelle. »

« L’homme, si on se fie à sa place dans l’univers, c’est celui qui détient la force apparente, mais si on en examine de plus près les ressorts intimes, c’est la femme qui est en situation de les commander. »

« Si on interroge les lois à l’origine de la vie on acquiert la conviction à partir des recherches en biologie que la femme a réellement dans l’histoire de grands dons, mais qu’elle n’en fait pas étalage elle-même ni ne les exerce directement, mais qu’elle les prote silencieusement en elle. Veut-on se renseigner sur l’origine des talents des fils, dans ce cas il ne faut pas regarder du côté du père mais bien du côté de la mère. C’est ce dont témoigne le grand nombre d’hommes de génie, qui en sont redevables à leur mère. D’un autre côté, les grands hommes ont souvent des fils insignifiants. Cela veut dire que l’homme dépense sa force pour son oeuvre, la femme ne les engage pas, elle les transmet. L’homme se disperse et épuise son talent dans son oeuvre où il se consume. La femme transmet les talents eux-même, elle les livre à la génération suivante. [...] L’homme est le rocher sur lequel le temps se repose, la femme est le fleuve qui porte plus loin. »

« La dégradation générale de la vie spirituelle a eu comme conséquence obligée la dégradation de la communauté essentielle formée entre l’homme et la femme. Au lieu de la complémentarité vivante des forces s’est mise en place l’organisation, à la place de la relation naturelle voulue par Dieu est venu le contrat, à la place du mystère se substitue la négociation. L’intimité de l’un pour l’autre se mua en une juxtatposition d’intérêts; quand elle ne dégénéra pas dans un affrontement hostile de l’un contre l’autre »

« L’heure héroïque de la femme [...] ne se dévoile pas de manière visible comme pour un homme, mais elle s’accomplit au sein de la plus profonde solitude. »

« Tôt ou tard, l’enfant partira, laissant sa mère loin derrière lui. Il doit s’en aller. Chacun a à vivre sa propre existence, et a sa propre mission à accomplir. La mère vit dans l’enfant, mais l’enfant ne vit pas dans la mère. Mais chaque destin de mère est en dernière instance la répétition sans fin des douleurs de l’enfantement, donner la vie à un enfant signifie voir l’enfant se libérer de sa propre vie. Dans les douleurs de l’enfantement s’accomplit seulement le premier prélude de ce processus. Tôt ou tard viendra l’heure où elle ira dans l’angoisse comme Marie à la recherche de son enfant, et viendra encore cette heure encore plus douloureuse où l’enfant interpellera sa mère: « Femme, que me veux-tu? » [...] Tôt ou tard, toute mère laisse apparaître voilée ou non voilée l’image de la mère des douleurs, de la Piéta. Le livre du destin donne bien des noms aux récits des douffrances ressenties par la mère. Elles suivent le chemin personnel pris par l’enfant suivant la pente de sa nature jusqu’au moment de la séparation tragique des générations, jusqu’à même la perte définitive de l’enfant suite à sa destinée, ses fautes, ou du fait de la mort.[...] Ainsi la mère douloureuse a tout offert de sa vie. »

« Nous disons que, dans la mission maternelle de son apostolat, la femme touche au plus profond à l’essence de l’Eglise, cela veut dire qu’elle touche à son essence cachée: en premier lieu, l’apostolat de la femme dans l’Eglise est l’apostolat du silence. Au coeur de ce que nous vivons de réellement sacré, il est absolument nécessaire de mettre en avant le rôle joué par le caractère religieux de la femme. L’apostolat du silence pour la femme, cela signifie qu’avant tout la femme est appelée à incarner la vie cachée du Christ dans l’Eglise. A ce titre, elle devient donc, dans la mission religieuse où elle est envoyée par l’Eglise, la fille de Marie. »

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