Grain de blé qui tombe en terre

« Grain de blé qui tombe en terre,
Si tu ne meurs pas,
Tu resteras solitaire,
Ne germeras pas.

Qui à Jésus s’abandonne,
Trouve la vraie vie.
Heureux l’homme qui se donne,
Il sera béni. »

blé.

Je me suis suis souvent moquée de ce chant, le prenant pour un vain cours d’agriculture,
C’était par ignorance, voila de quoi en tirer une leçon !
 

Clarisse.

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« En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain de blé tombé à terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »

 Le grain de Froment
(St Jean, XII, 24)

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COMMENTAIRE

d’après le Père Sevin
Méditations Scoutes sur l’Evangile

« Je te prêcherai ce soir, mon Scout, une leçon austère et consolante, telle que je l’ai prêchée à mes apôtres avant que d’aller à ma Passion.
Le semeur a jeté le grain de blé en terre au vent du soir, et la terre le recouvre et l’ensevelit.
A la surface du sol, un grain de blé se remarque à peine, mais celui-ci vient de disparaître à jamais.
Longuement, silencieusement, il va se fendre, se désagréger et pourrir.
Mais de sa pourriture montera timide un brin d’herbe verdissant.
Et le brin d’herbe deviendra fort, il croîtra par la chaleur et par la pluie que je dispense à mes créatures.
Et sa cime gonflera et s’alourdira, et le soleil la revêtira de sa splendeur, et le petit grain de blé enfoui sous terre sera devenu le père d’un épi, c’est-à-dire de cent grains de blé.
Apprends, mon Scout, la leçon de l’insuccès.
Apprends le mystère de l’obscurité.
Apprends la fécondité du Sacrifice.
Et qu’un grain de blé t’enseigne ces merveilles.
S’il avait été déposé dans le creux d’un roc, après trois mille ans peut-être on l’eût retrouvé intact.
Intact, mais stérile.
Les savants se fussent émerveillés. Rare spectacle qu’une inutilité de trente siècles.
Mais il est mort le grain chétif, et  c’est de milliers de morts semblables que sont faites les moissons superbes.
Après deux semailles, après quatre semailles, évalue si tu peux la descendance d’un seul grain de blé, et calcule combien d’épis sont nés de la mort de deux épis.
Ne t’étonne pas des échecs. Il y a des échecs productifs.
Ne te scandalise pas de voir disparaître dans l’obscurité ceux qui te semblent destinés à remuer le monde. Disparaître, c’est un peu mourir. Laisse hiverner ces âmes : elles produiront leur épi l’été venu.
Et si c’est la tienne que je veux ensevelir pour un temps, ne t’impatiente pas, et laisse-toi faire : petit grain de blé, penses-tu à toi seul dorer la surface de la terre, et nourrir le monde ?
Un grain de blé, es-tu davantage, mon Scout ? Et dans la moisson des âmes, ce n’est pas grand-chose. Mais si, après de longs mois, de longues années d’attente, tu produis un épi, alors ton sacrifice aura rendu cent pour un.
Et semblablement, ne te scandalise pas de voir parfois les plus utiles quitter ce monde « avant l’heure », comme on dit. D’abord parce qu’on ne  meurt jamais avant l’heure, toute heure est bonne pour mourir, et aussi parce que ma puissance n’a pas besoin des hommes, mais de leurs sacrifices.
En vérité, je te le dis, seules mes grandes oeuvres sont bâties sur la mort prématurée de fondateurs humainement indispensables.
Vois : ne suis-je pas mort à trente-trois ans ?
Et mon Eglise, ton Eglise, est née de cette mort.
Et pourtant, j’aurai pu choisir de n’être crucifié que dans ma vieillesse.
C’est pourquoi, mon fils, si je te demandais, (je ne dis pas que je le demanderai), non seulement le sacrifice de l’échec et de l’insuccès, non seulement le sacrifice d’une vie obscure, mais le sacrifice  des sacrifices : ta vie, tout simplement…
Il faudrait encore dire Amen à ma Providence affectueuse.
Tu as quinze ans, seize ans, et comme mon prophète Daniel, tu es un homme de désirs.
Et ces désirs, je les connais, puisque c’est mon Esprit qui les met dans ton coeur.
Et si je veux récompenser déjà tes intentions, de quoi te plaindrais-tu, apprenti à qui on épargne l’ouvrage et  qui toucheras ta paie à la fin de la première heure ?
O grain de blé que je m’apprête peut-être à confier à la terre, n’aie pas peur de t’ensevelir dans le sillon, mais laisse faire la main du Semeur.
Je connais mon métier, et je t’aime, que veux-tu de plus ?
Je sais les semences qui rendront cent pour un. Toi qui dois  toujours être  prêt, ne t’effraie donc pas, mon Scout, de te voir les mains vides ; c’est ton sacrifice qui les remplira.
Le grain de blé est le père de la récolte.
Mais il ne voit pas la moisson.
Aussi  ne dis pas, si je t’appelle, que tu meurs  avant d’avoir rien fait : car c’est déjà beaucoup que de savoir mourir… »

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