Le coucher tardif comme frein à la vie chrétienne

 Voici de quoi nous faire prendre conscience de quelque chose que nous considérons comme banal… l’heure du coucher ; et peut être faire tout spécialement des efforts sur ce point.

Les GA vous souhaitent à toutes et à tous une bonne entrée en Carême.


 

Le coucher tardif comme frein à la vie chrétienne 

Nous avons parfois le sentiment de stationner, de ne point progresser en matière spirituelle. Notre vie de prière est chaotique ou au moins irrégulière. Nous supportons avec difficulté les limites ou les défauts de ceux qui nous entourent: notre patience s’émousse et nous sommes facilement agacés. Nous avons du mal à tenir nos résolutions, si toutefois nous en avons, des vraies, non pas celles que nous aurions prises seuls, mais celles que nous avons soumises aux conseils de notre directeur spirituel. Nous ressentons de la lassitude ou nous sommes tentés de céder à l’à quoi bon ? Nous manquons de ferveur ou d’entrain. 

De ce genre de situations, d’états d’âme ou de tendances, il peut nous arriver de rechercher bien loin ou bien haut les motifs. Nous faisons des choses une lecture sublimée, comme diraient les psys, cherchant en haut ce qui est en bas, demandant au ciel ce que la terre pourrait nous donner. 

La terre, c’est encore toujours le ciel: les premières conditions favorables au maintien et au développement de la vie spirituelle, ou même seulement, d’une vie chrétienne fidèle et régulière, sont sinon purement matérielles, du moins corporelles. Ainsi de la question du sommeil, qu’il faut inscrire dans le cadre plus large du soin que nous devons à notre propre corps. De Joffre, le vainqueur de la Marne, on dit qu’il dormait 10 heures par nuit ! Et nous ? 

Le prétexte de cette petite réflexion, en forme de rappel au respect de notre propre corps en matière de sommeil, nous a été fourni par la lecture de quelques pages (344-355) d’un maître ouvrage, l’Histoire des crises du clergé français, de Paul Vigneron. 

Cet historien de première main raconte comment, à partir du début des années 60, l’arrivée de la télévision dans les presbytères change les habitudes de vie et les façons de voir du clergé français. Rappelant les conditions, les choix ou les mots d’ordre qui ont contribué à affaiblir les habitudes de prière du même clergé dans la quinzaine d’années précédentes (1945-1960), il écrit: « On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, de voir de nombreux prêtres ingurgiter le soir, jusqu’à une heure avancée, des milliers d’images et se soucier beaucoup moins qu’autrefois de fixer avec rigueur l’heure du coucher. Quand le prêtre ne passera pas sa soirée assis devant sa télévision, il participera à des réunions, paroissiales ou autres, qui seront elles aussi, puisque tout le monde prend l’habitude de ‘vivre la nuit’, de plus en plus tardives. Quand il se retrouvera seul, dans sa chambre, vers onze heures, minuit ou davantage, selon les occasions, pourra-t-il encore prier, l’esprit alourdi de tant de conversations ou de tant d’images qui portent si peu au recueillement ? Et le matin, épuisé par des veilles répétées qui usent même les tempéraments les plus solides, aura-t-il encore le désir de la prière personnelle et la force de s’y consacrer ?» 

Le lecteur voudra bien faire lui-même la transposition éventuelle: quel est le fidèle qui ne serait pas concerné par ces lignes, au moins de temps à autre? Dès les années 60, tout le monde prend l’habitude de ‘vivre la nuit’. Serait-on sorti de ce travers ? Et comme l’observe notre auteur, les motifs de la veillée tardive peuvent être louables, voire même spirituels ! 

Paul Vigneron cite encore Mgr Renard, évêque de Versailles, écrivant en 1962 (italiques dans l’original): «Pour assurer sa vie spirituelle et une meilleure efficacité de son action sacerdotale au service du règne du Christ, un prêtre ne doit pas hésiter… à abréger sa présence aux réunions de mouvements et d’œuvres. Mieux vaut terminer une réunion vers 22h30 ou parfois, s’en abstenir, et assurer le bréviaire et un moment de prière personnelle. La vie spirituelle et pastorale dépend aussi d’une discipline de vie; l’heure du coucher commande l’heure du lever et toute la piété du lendemain matin : messe avec préparation et action de grâces, qui seront d’ailleurs un précieux témoignage pour les fidèles… » 

Là aussi, on peut facilement appliquer l’observation à la vie laïque et contemporaine : la vie chrétienne dans le monde dépend aussi d’une certaine discipline de vie : vraie prière du matin, voire méditation, qui seront un témoignage auprès des membres de la famille, et, hors de la maison, la source d’un vrai rayonnement missionnaire. 

Notre historien observe (italiques dans l’original) : « En 1965, dans une petite étude consacrée à l’équilibre psychologique de la vie sacerdotale, le Père R. Matignon constate que bien des prêtres ont des horaires anarchiques : `Compte tenu des nécessités permanentes du ministère et des imprévus venant imposer leurs à coups, il est nécessaire’, écrit-il, `que d’une façon ordinaire la vie soit ordonnée, dosée quant aux activités, dans un cadre horaire stable (lever, repas, coucher). Et cela dès les premières années. Le jeune clergé actuel risque d’oublier, dans les plus louables intentions, cette nécessité qui, si elle n’est pas remplie, contribuera grandement à ces craquements nerveux subits survenant dans l’âge mûr. Cela demande une discipline, une organisation de son travail, une répartition de ses activités, un choix des choses à accomplir et de celles à refuser… Nécessité d’un temps de sommeil suffisant. La vie moderne s’est déplacée vers le soir…’ Et l’auteur adjure les prêtres de ne pas se coucher `tous les soirs vers minuit’. » 

Profitons de l’expérience malheureuse de ce jeune clergé : soyons attentifs, dans la mesure du possible, à respecter des horaires réguliers et raisonnables, qui font partie du cadre favorable à la culture des vertus chrétiennes. 

         Autre remarque : « En 1966, dans un livre rédigé en commun par `une équipe de prêtres’, on trouve le même aveu attristé concernant les couchers tardifs : `En vérité’, constate-t-on, `ce qui réclame le plus d’ascèse, c’est de savoir se coucher…’ On rentre souvent dans sa chambre après minuit : `Cela devient tout doucement une norme qui nous rassure en conscience sur la qualité d’emploi du temps de la journée.’ 

Ce qui réclame le plus d’ascèse, c’est de savoir se coucher… L’observation ne manque pas d’actualité ni de pertinence. Que celui ou celle qui ne maîtrise pas l’heure de son coucher se pose la question de savoir si une décision en ce domaine ne peut pas constituer une forme d’ascèse et de maîtrise de soi. 

Bien sûr, il y a de vraies nécessités, de vraies urgences, de vrais contretemps : en général, tout ce qui est lié à nos devoirs d’état et aux imprévus permis par la Providence. Bien sûr aussi, il y a des tempéraments plus sensibles que d’autres au manque de sommeil ; que chacun apprenne à se connaître. Il reste que la prudence s’impose ; la désorganisation générale, profonde et multiforme de la vie moderne amène assez de difficultés pour que nous n’en rajoutions pas ! 

Abbé Pierre RINEAU

Une réponse à “Le coucher tardif comme frein à la vie chrétienne”

  1. Le Téméraire dit :

    La société actuelle impose au laïcs le « coucher tard » par deux biais. D’abord, la télévision, ensuite, la normalisation sociale de sortir le soir.
    Comment lutter?
    Pour la première, rien n’est plus simple, il faut simplement se débarrasser (comme je l’ai fais) de sa télé!
    Pour le deuxième, en revanche, la tâche est plus ardue. Le travail actuel est à la fois, physiquement moins dur qu’autrefois et paradoxalement psychiquement plus stressant. Et beaucoup ont besoin de sortir le soir, pour « décompresser ». En outre, il y a cette normalisation sociale. Celui qui ne sort pas est vu par les autres comme un « asocial »; « Il n’a pas de vie », »Je n’aimerais pas être à sa place », pourrait-on entendre.
    L’individualisme et la perte des repères familiaux traditionnels ont rendu indispensables les fameuses « sorties du soir », chez des amis, en pub etc…
    Lorsque l’on a une vie familiale harmonieuse et équilibrée, ce manque n’existe plus, et la « sortie du soir », n’a plus lieu d’être.
    On peut alors, après le repas en famille, lire, aller sur le blog « Feu Bienheureuse Mère Térésa » prier et se coucher tôt.

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