Le Bon Dieu sans confession?

 

Nous vous proposons aujourd’hui un article sur la confession… utile en ce temps de carême. 

Le Bon Dieu sans confession ?
 

 Quel étrange paradoxe, le sacrement de la réconciliation semble en perte de vitesse alors qu’on ne s’est jamais autant confessé… à son psy, à la radio ou même à la télévision.

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Dans le Nouveau Testament Jésus-Christ se présente comme celui qui libère de la servitude du péché. Il le dit lui-même quand il affirme que «le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés.» (Marc 2, 10). Le Christ veut que cette mission, que le Père lui a confiée, se poursuive dans son Eglise: «Jésus souffla vers eux (les apôtres) et leur dit: Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous enlèverez les péchés, ils leur seront enlevés; quand vous les maintiendrez, ils seront maintenus.» (Jean 20, 22-23). Depuis lors, à travers les aléas de l’histoire humaine, l’Eglise poursuit cette charge que le Sauveur lui a confiée.

Une histoire mouvementée…
Le sacrement de la réconciliation a évolué durant l’histoire. Dans les premiers temps (Ier-VIe siècle), il est accordé aux seuls pécheurs publics et une seule fois dans la vie. Il est réservé aux péchés graves et se caractérise par une longue pénitence. Du VIIe au XIe siècle, sous l’impulsion des moines, le sacrement se «tarifie» et peut se renouveler. A partir du XIe, la réconciliation se «privatise» de plus en plus. Dès le XVIe, sous l’impulsion du Concile de Trente, la confession devient un élément central de la pratique pastorale et sa fréquence est proposée comme un pivot de la vie spirituelle. Le Concile Vatican II renouvelle la discipline pénitentielle en soulignant sa dimension ecclésiale et communautaire avec les célébrations pénitentielles. D’aucuns ont pu croire que cela justifiait les absolutions collectives (qui sont réservées à certaines circonstances exceptionnelles). Plus récemment, le Saint-Siège et les évêques suisses ont rappelé l’obligation de la confession et de l’absolution individuelle pour ce sacrement, sans négliger les bienfaisantes cérémonies pénitentielles.

… pour une réalité qui ne change pas
Malgré les changements intervenus au long des siècles, «on discerne la même structure fondamentale. Elle comporte deux éléments également essentiels; d’une part, les actes de l’homme qui se convertit sous l’action de l’Esprit Saint (…); d’autre part, l’action de Dieu par l’intervention de l’Eglise. L’Eglise qui, par l’évêque et ses prêtres, donne au nom de Jésus-Christ le pardon des péchés (…)» (CEC 1448)
On pourrait dire que la théologie du sacrement est synthétisée dans la prière d’absolution (cf. encadré): «Le Père des miséricordes est la source de tout pardon. Il réalise la réconciliation des pécheurs par la Pâque de son Fils et le don de son Esprit, à travers la prière et le ministère de l’Eglise.» (CEC 1449)

Se confesser directement à Dieu?
Ne peut-on pas directement se confesser à Dieu? Oui, bien sûr, mais on ne peut en rester là. Cela contredirait la «logique de l’Incarnation»: Dieu s’est fait homme pour sauver les hommes. La grâce veut nous pacifier réellement et de façon humainement concrète. Le prêtre ne prend pas la place du Sauveur, mais il doit être sacramentellement les yeux, les oreilles, le cœur, les mains, la miséricorde.

Quand se confesser?
Tout en se défiant d’une vision légaliste du sacrement de la réconciliation, l’Eglise enseigne qu’il y a dans la vie humaine des moments où la confession devient indispensable: dès que l’on a conscience d’avoir péché gravement, une fois par an durant le temps de Pâques. Une chose est le service minimum et une autre, très différente, est ce qui est nécessaire pour maintenir l’organisme spirituel en bonne santé, et augmenter l’amour du Christ dans la vie du croyant!
La confession fréquente est d’une grande utilité pour la vie chrétienne. Les auteurs spirituels conviennent que bien des avantages y sont attachés: elle augmente la vraie connaissance de soi, favorise l’humilité chrétienne, tend à déraciner les mauvaises habitudes, combat la négligence spirituelle, purifie la conscience se prête à la direction spirituelle, augmente la grâce et surtout nous met en relation très profonde et très réelle avec le Dieu vivant et vrai, le Dieu sauveur.

Comment se confesser?
Bon nombre de personnes semblent «bloquées» par une conception trop formelle de la confession. En fait, il n’y a pas de recette ou de méthode pour bien se confesser. Le cardinal Martini propose trois étapes qui peuvent aider les personnes qui «sont dans l’incapacité de reprendre une pratique (…) formelle, à cause d’un certain malaise intérieur». Le mot latin confessio signifie: louer, reconnaître et proclamer. Tout d’abord la confession de louange: il s’agit de se mettre en présence de Dieu avec action de grâce et de reconnaître ce qu’Il accomplit dans la vie du croyant, de percevoir les signes de sa présence et de son action. Ensuite, la confession de vie: le pénitent reconnaît ce qui l’empêche d’accueillir pleinement l’amour de Dieu et du prochain. Plutôt que de s’arrêter à une simple «liste à commissions» de péchés plus ou moins graves. Il faudrait s’attacher à la source fondamentale des dysfonctionnements spirituels tels que les répertorie Jésus-Christ (Marc 7, 21): «Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et rendent l’homme impur.» Impur, c’est-à-dire «non-saint», non «image de Dieu» comme Jésus. Pour finir la confession de foi: «La confession ne consiste pas simplement à déposer nos péchés, comme on dépose une somme sur une table. On place notre cœur dans le cœur du Christ, pour que sa toute-puissance le transforme.» De cette attitude naît la prière de repentir ou acte de contrition qui dispose le croyant à recevoir la grâce du pardon, dans la joie et la louange.

CHANOINE YANNICK-MARIE ESCHER,

RÉDACTEUR À PAROISSES VIVANTES

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