Archive de la catégorie ‘Année 2007 / 2008’

Femmes pour L’aimer [18]

Jeudi 18 septembre 2008

Bienheureuse Marie Rivier (1758-1838)

Bnx Marie Rivier
« Instruisez vos enfants bien plus encore par vos exemples que par vos paroles ; prenez soin d’elles comme la Sainte Vierge prenait soin de l’Enfant Jésus. »

Elle est née le 19 décembre 1768, à Montpezat-sous-Bauzon, France.
A l’âge de dix-huit ans Marie Rivier se donne sans compter à l’évangélisation et au soin des pauvres. Elle ouvre une école malgré les réticences de son curé. La Terreur règne et tout acte religieux devient suspect. A l’heure où tous les couvents se ferment, Marie Rivier va ouvrir le sien. Le 21 novembre 1796, jour de la fête de la Présentation de Marie au Temple, Marie Rivier et ses quatre compagnes se consacrent à Dieu.

Pour Marie Rivier et ses filles, l’éducation chrétienne de la jeunesse est et restera une priorité. Cependant, l’éducation de la foi s’étend aussi aux adultes. Les pauvres sont privilégiés ; le premier orphelinat s’ouvre le 21 novembre 1814. Et même si les Sœurs vivent pauvrement, l’accueil des plus pauvres est sacré.

À sa mort, le 3 février 1838, elle avait fondé 141 maisons et reçu plus de 350 sœurs pour continuer son œuvre. Marie Rivier a été béatifiée à Rome par le Pape Jean-Paul II, le 23 mai 1982.

Femmes pour L’aimer [17]

Mercredi 17 septembre 2008

Jour 4 : Des esprits missionnaires.

Madeleine Delbrêl (1904-1964)

« Dieu est mort, vive la mort« , et la vie est absurde…

Qui aurait pu imaginer que la jeune fille de 17 ans qui lance alors comme un cri de défi cette profession de foi nihiliste, s’engagerait dix ans plus tard comme « missionnaire sans bateau » au cœur de la ville pour y vivre l’Évangile ?

Madeleine Delbrêl Madeleine Delbrêl est née en 1904 à Mussidan, en Dordogne. Elle est fille unique, très choyée, et déjà sa personnalité s’affirme, vive, impulsive, artiste. Elle mène une vie très libre et poursuit ses études de manière un peu anarchique car sa santé fragile l’oblige souvent à travailler seule à la maison. De plus, étant cheminot, son père entraîne les siens dans de multiples déplacements. Dès 13 ans, à Paris, elle fréquente avec lui des milieux littéraires agnostiques ou athées, s’adonne à la poésie, à la musique. Elle aime danser et faire la fête entre amis. Elle s’inscrit à une académie de peinture et suit des cours en Sorbonne. Il y a en elle, à cette époque, un mélange de lucidité désespérée et d’amour passionné de la vie.

A 18 ans, elle fait connaissance d’un garçon brillant, Jean Maydieu. Au bal de ses 19 ans, ils ne se quittent guère et on les voit déjà fiancés. Mais Jean a déjà entendu un autre appel et il la quitte brusquement pour rejoindre le noviciat des Dominicains. Mystérieux destins croisés… Cet éloignement soudain laissera Madeleine dans le désarroi et les questions. Cinq ans plus tard, dans une lettre à sa mère, elle écrira pourtant : « Nous aurions pu manquer tragiquement notre vie, Jean et moi. Nous étions faits pour autre chose et le réveil aurait pu être terrible ». L’un et l’autre, en effet, sont appelés à une autre vocation.

Elle est en quête de vérité. La question de Dieu la taraude, et c’est une question qui ne peut être éliminée d’un trait puisque d’autres jeunes, ses camarades, « ni plus vieux ni plus bêtes ni plus idéalistes que moi, dira-t-elle plus tard, se disent chrétiens et en vivent ». Elle cherche alors à comprendre, à rejoindre leur « réel ». Elle, dont la formation religieuse s’est bornée à un catéchisme vite rejeté, se met à lire et décide de prier. Un jour, sur ce chemin, Dieu la saisit.

De cette rencontre intime qui va bouleverser sa vie, nous ne saurons rien sinon que ce fut un éblouissement et qu’il dura toute sa vie. « Car Dieu est grand et ce n’est pas l’aimer du tout que de l’aimer petitement. » Nous sommes en 1924, elle a 20 ans et songe à entrer au Carmel. Ce n’est pas là que Dieu l’appelle, mais dans un engagement dans la cité avec les pauvres. Dans sa paroisse, elle découvre peu à peu, avec l’aide du Père Lorenzo, toute la richesse et toute la radicalité de l’Évangile. Elle se lance avec passion dans le scoutisme. Avec certaines jeunes cheftaines, elle se retrouve une fois par semaine pour lire et méditer l’Évangile. Elle prie beaucoup et se laisse conduire par l’Esprit-Saint. L’Évangile va peu à peu devenir pour elle « non seulement le livre du Seigneur vivant, mais encore le livre du Seigneur à vivre ».

Ainsi trouve-t-elle sa route qui la conduite à entamer des études d’assistante sociale et à s’installer en 1933 à Ivry, en plein quartier ouvrier, pour y vivre avec deux compagnes une vie fraternelle, une vie laïque toute semblable à celle des « gens ordinaires » mais entièrement donnée à Dieu, livrée au Christ et, pour l’amour de lui, aux autres. Ivry est une ville fortement marquée par le marxisme ; le parti communiste y est très actif. Quand elle y arrive, elle ignore tout de ce qu’elle va trouver : la grande pauvreté et la misère liées à la crise économique et sociale des années trente, ainsi qu’une déchristianisation profonde, « un mur entre la classe ouvrière et l’Église » (cardinal Suhard). Elle se sent envoyée à ce monde-là. Elle va y demeurer jusqu’à sa mort.

Elle vit la mission en proximité avec « les gens des rues », « au coude à coude avec les pauvres et les incroyants », dans la vie la plus ordinaire. Dans la cité, elle prend des engagements aux côtés des militants communistes, mais sans jamais s’inféoder à cette idéologie athée qu’elle ne peut partager. Elle noue un dialogue vrai, des relations amicales et profondes avec tous, y compris avec la municipalité, tout en gardant l’entière liberté de parole qui la caractérise. Elle mène avec eux des actions communes sans pour autant cacher sa foi et son attachement filial à l’Église. « Milieu athée, circonstance favorable à notre propre conversion », tel sera le titre de sa dernière conférence à des étudiants, quelques semaines avant sa mort.

Son expérience est précieuse pour tous ceux qui veulent alors, dans les années quarante et cinquante, s’engager pour la mission ouvrière. C’est une époque bouillonnante de recherches, débats et tâtonnements dans l’Église de France et son discernement si juste sait mesurer les enjeux de cette grande aventure apostolique. En 1952, soucieuse des menaces de division à l’intérieur de l’Église autour de la question des prêtres-ouvriers, elle fait un voyage éclair à Rome. Elle y reste douze heures qu’elle passera entièrement à prier auprès du tombeau de saint Pierre. « Rome est pour moi une sorte de sacrement du Christ-Église et il me semblait que certaines grâces ne se demandent pour l’Église et ne s’obtiennent pour elle qu’à Rome » (lettre au Père Jean Gueguen). Toute la foi de Madeleine est là, tout l’élan qui l’anime. Pendant trente ans, elle vit « aux frontières », « là où l’Évangile ne retentit pas ». La maison de la rue Raspail est toujours pleine, elle est très sollicitée et se dépense sans compter en dépit d’une santé toujours très fragile et de lourdes épreuves familiales. Elle passe des nuits à écrire des lettres, des notes, des conférences. Elle répond à des appels venus de Pologne, d’Afrique. A ce rythme, elle s’épuise et se consume. « L’amour de Dieu est une chose si dévorante, si totale, si intransigeante pour ceux qui veulent l’aimer. » Le 13 octobre 1964, on la trouve inanimée à sa table de travail. Elle allait avoir 60 ans.

Aujourd’hui, la cause de béatification de Madeleine Delbrêl est introduite à Rome. Son rayonnement est à la mesure du souffle missionnaire qui l’a habitée.

« Nous croyons que rien de nécessaire ne nous manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné »

Femmes pour L’aimer [16]

Mardi 16 septembre 2008

Moment lumière.

Je rêvais d’un chemin de lumière,…
Et sur ce chemin, je rencontrais:

scout.jpg
…la Vérité, et la Vérité m’a dit

Sois vrai !

…l’intelligence, et l’intelligence m’a dit

Comprends, respecte !

…La Volonté, et la Volonté m’a dit

Donne-toi !

…La Bonté, et la Bonté m’a dit

Aide sans te lasser

…La Beauté, et la Beauté m’a dit

Recherche le Beau

…La Joie, et la joie m’a dit

Va et répands la joie !

Je m’éveillai… et je vis ce chemin

Servir,
C’est être utile,
Mais pas seulement.

Servir,
C’est se donner pleinement.
Se donner sait tu pourquoi ?

Se donner
A la vie, au temps, au vent.
A l’Homme tout entier, à l’humanité.

Se donner
Par amour ; don gratuit de soi,
Pour aimer, pour aider, pour avancer.

Servir,
Parce qu’on n’avance pas seul,
Parce qu’on a besoin de tout homme.

Servir,
Pour construire un monde meilleur,
Pour avancer toujours plus loin.

 

Servir Dieu et son prochain

Servir c’est se donner généreusement, sans compter,
Parce qu’on ne reçoit vraiment qu’en donnant.

Seigneur, je voudrais être de ceux qui risquent leur vie, qui donnent leur vie!
A quoi bon la vie, si ce n’est pour la donner ? …
Seigneur, Vous qui êtes né au hasard d’un voyage, et êtes mort comme un malfaiteur, après avoir couru, sans argent, toutes les routes: celles de l’exil, celles des pèlerinages et des prédications itinérantes, tirez-moi hors de mon égoïsme et de mon confort.
Que marqué de votre Croix, je n’aie pas peur de la vie rude!


Seigneur, rendez moi disponible pour la belle aventure où vous m’avez appelez.
J’ai à engager ma vie, Jésus, sur Votre parole.
J’ai à jouer ma vie, Jésus,
sur Votre amour.
Les autres peuvent être bien sages,
Vous m’avez dit qu’il fallait être fou.
D’autres croit à l’ordre.
Vous m’avez dit de
croire à l’Amour.
d’autres pensent qu’il faut conserver,
Vous m’avez dit de donner.
D’autres s’installent.
Vous m’avez dit de marcher et d’être prêt à la joie et à la souffrance,
aux échecs et aux réussites,
de ne pas mettre ma confiance en moi mais en Vous,
de jouer le jeu chrétien sans me soucier des conséquences,
et, finalement de risquer ma vie, en comptant sur Votre Amour.   

 CP, Prend la barre, p116

Femmes pour L’aimer [15]

Mercredi 10 septembre 2008

Bienheureuse mère Teresa (1910 – 1997)

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bnx M teresa« Quand je touche les membres puants des lépreux, je sais que je touche le corps du Christ, tout comme je le reçois dans la communion sous l’apparence du pain. »

La jeune Gonxha Bojaxhiu est née le 26 Aout 1910 en Macédoine alors sous domination ottomane élevée dans une famille catholique fervente. A 18 ans elle souhaite devenir missionnaire et s’adresse donc aux religieuses de Notre Dame de Lorette dont la maison mère se trouve en Irlande à Dublin. Le régime de vie y est austère la discipline stricte. Pour se préparer à la vie missionnaire, elle suit un court d’Anglais intensif. En décembre 1928 elle part pour l’Inde à Darjiling. Les religieuses de Lorette y ont une mission et Gonxha y est admise comme postulante puis novice. Elle consacre son temps à la prière, à la vie en communauté, à l’apprentissage de l’enseignement et aussi à la rencontre des plus pauvres, dans un petit centre médical. Elle termine cet apprentissage à Calcutta ou elle doit obtenir ces diplômes. Elle s’appelle désormais Sœur Theresa, elle s’occupe de 52 enfants pauvre qui deviennent bientôt 300. Cette itinéraire exigent un grand dont de sois convient à Sœur Theresa. Elle y ajoute la visite à des familles pauvres des bidonvilles voisins les Slums de Calcutta.

Sa mère, à qui elle écrit régulièrement, lui rappelle une première obligation, celle à laquelle sa famille est restée toujours fidèle : partager. « Ne mange jamais une bouchée qui ne soit partagée. Ma chère enfant, n’oublie pas que si tu es partie pour un pays si lointain, c’est pour les pauvres. »

En septembre 1946 lors de son voyage annuel de Calcutta à Darjiling pour la retraite spirituelle de la congrégation elle perçoit soudain une nouvelle exigence : « Tandis que je priais à l’intime de moi-même et en silence, j’ai perçu très nettement un appel dans l’appel. Le message était très clair : Je devais quitter le couvent de Lorette pour me consacrer au service des pauvres, en vivant au milieu d’eux. C’était un ordre. Je percevais très clairement d’où venait cet appel. Ce que je voyais moins bien c’était la manière d’y répondre. J’ai sentie intensément que Jésus voulait que je le serve dans les pauvres, dans les abandonnés, les habitants des Slums, les marginaux, ceux qui n’ont aucun refuge. Jésus m’invitait à la servir et à le suivre dans une pauvreté réelle, en embrassant un genre de vie qui m’assimile aux nécessiteux dans lesquels il est présent, dans lesquels il souffre, dans lesquels il vie. »

En 1947, Calcutta est touché de plein fouet par la reconnaissance de l’indépendance de l’Inde : la partition du territoire Indien entre Hindous et Musulmans, et la création du Pakistan oriental (le futur Bangladesh) provoquent l’afflux de million de réfugiés qui fuient le nouvel état musulman. Dans le drame de ces années, la misère est partout le manque d’hygiène est absolu et les épidémies sont redoutable. N’avoir que les trottoirs pour maison est le lot de familles entières qui doivent trouver dans les ordures leurs nourritures.

En quittant les sœurs de Lorette, Sœur Theresa renonce, non seulement à la sécurité matérielle et à une famille spirituelle au sein de laquelle elle est heureuse, mais aussi à un apostolat qu’elle aime et qu’elle considère comme un apostolat authentique. Sa mission semble impossible si l’on considère la complexité et la multiplicité des causes de la pauvreté dans les pays pour lesquels la communauté internationale commence à utiliser le terme de tiers monde.

Consciente de ces défis, sœur Teresa passe la première journée de sa nouvelle existence à marcher, dès le matin, dans les rues de Calcutta, côtoyant les balayeurs et tous ceux qui ont dormi sur les trottoirs.

Peu à peu, elle se familiarise avec l’organisation de la vie dans les rues et  les taudis de Calcutta. Elle comprend que, pour les pauvres, un des moments de plus grande et d’absolue solitude est celui de la mort.

Quelle étrange priorité de vouloir donner un toit aux moribonds dans une ville où tant d’émigrés ne cessent d’arriver. Celle qu’on appelle désormais Mère Teresa n’a pas d’autre ambition que de prendre soin de Jésus, quelle que soit la forme humaine sous laquelle il se présente.

En 1952, elle inaugure la maison pour les mourants abandonnés, appelée Nirmal Hriday en bengali, c’est-à-dire Maison du cœur pur.

Dans la maison, ses mains généreuses  font merveilles pour laver les plaies nauséabondes, passer un vêtement propre, donner patiemment à manger, garder les mains du mourant dans les siennes aussi longtemps qu’il le faut pour le rassurer, le plus souvent sans parler, mais toujours avec le sourire.

La religion de chacun est respectée. Prier avec la personne se fait naturellement ; lorsqu’un hindou souhaite être aspergé avec de l’eau du Gange, il est immédiatement exaucé.

Au cours de ces visites de la ville, Mère Teresa a la douloureuse surprise de trouver, déposé dans une poubelle, le corps minuscule d’un nouveau né abandonné. Elle fonde alors une autre maison, le Nirmala shishu bhavan, le foyer de l’enfant abandonné.
Dans le monde entier, Mère Teresa défendra le droit de l’enfant à naître.

Tous ceux qui arrivent au foyer apprennent à vivre, à jouer et à rire. La propreté est un souci constant de Mère Teresa : elle les lave avec les gestes d’une maman. Bon nombre d’enfants sont adoptés par des familles indiennes ou européennes. Là encore, ce qui semblait impossible se réalise : des familles de haute caste acceptent d’adopter des enfants socialement intouchables, alors même que la législation en Inde crée pour l’enfant adopté une parenté en tout point égale à celle de l’enfant légitime.

Sans qu’elle le cherche, dès 1949, des jeunes femmes, le plus souvent ses anciennes élèves, viennent la rejoindre. Quitter leurs saris chatoyants et tissés de fils d’or contre un de coton, tout simple, est un premier dépouillement. Pour celles de haute caste qui se mettent au service des sans caste, il s’agit de bien autre chose ; Mère Teresa n’hésite pas à employer le mot de révolution, la plus difficile à mener à bien, «  la révolution de l’amour ». Et elles acceptent. Il faut donc un nom et une règle à cette nouvelle communauté. En ce nommant les Missionnaire de la Charité, elles expriment tout l’idéal qui avait donné à Mère Teresa la force de quitter son pays et sa famille et qu’elle possède en plénitude : la mission auprès des pauvres. Leur vie est ainsi orientée : « En faisant des vœux évangéliques, notre projet est d’apaiser l’immense soif d’amour de Jésus Christ par notre consécration gratuite au service des plus pauvre parmi les pauvres, selon l’exemple et l’enseignement de Notre Seigneur, et d’annoncer ainsi de façon  particulière le royaume de Dieu. »
La règle est acceptée à Rome en Octobre 1950.

Mère Teresa déborde d’activités : outre la maison où elle recueille les moribonds et celle consacrée aux bébés, elle en trouve une autre assez vaste pour y installer la maison mère de la congrégation. Et, dans la même rue, elle ouvre un lieu d’accueil pour les lépreux.

De nombreux évêques indiens lui demande son concours pour agir de même dans leurs diocèses. Ce sera Ranchi, Delhi, Jansi, Agra, Asansol, Ambalâ, Bombay, Patna. A partir de 1965 alors que les sœurs sont déjà 300 Mère Teresa est autorisée par Rome à fonder des communautés hors de l’Inde.

« Ce qui est important pour nous, c’est l’individu. Pour aimer une personne, il faut venir tout près d’elle. Je crois en la relation de personne à personne : chaque personne est pour moi le Christ, et comme Jésus est unique, cet personne est alors pour moi unique au monde. Je ne soigne pas des foules, je ne commencerais jamais. »

« Nous ne sommes pas des assistantes sociales. Nous voulons apporter au gens la joie et l’amour divin, Dieu lui-même qui les aiment à travers nous. Ainsi nous aimerons Dieu en le servant à travers eux. Il y a beaucoup d’organismes à s’occuper des malades. Nous ne sommes pas l’un d’eux. Nous ne sommes pas une simple aide sociale. Nous devons être plus, donner plus, nous donner nous même et, à travers notre service, donner l’amour de Dieu. »

« Ne vous bornez à donner des soins ; donnez aussi votre cœur. Le travail pour le travail, tel est le danger qui toujours nous menace. »

Elle est comblée par ce qu’elle reçoit des pauvres ; un sourire d’eux est le sourire de son Bien Aimé ; les yeux brillants de joie des enfants sont, pour elle, des diamants. Jusqu’à sa mort, à 89 ans Mère Teresa poursuit sa mission impossible sans changer ni sa manière d’être ni sa manière de faire. Elle est certaine que la pauvreté, celle vécue par Jésus partageant la condition humaine, est l’assurance de son indépendance. Libre pour aimer de tout cœur, libre pour aimer Jésus.

Femmes pour L’aimer [14]

Mercredi 10 septembre 2008

MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À SŒUR JUANA ELIZONDO
POUR LE IV CENTENAIRE DE LA NAISSANCE
DE LA FONDATRICE DES FILLES DE LA CHARITÉ DE
SAINT-VINCENT-DE-PAUL, SAINTE LOUISE DE MARILLAC

À Sœur JUANA ELIZONDO
Supérieure générale
des Filles de la Charité
de Saint-Vincent-de-Paul

1. Le IV centenaire de la naissance de sainte Louise de Marillac donne à toute l’Église, et à la Compagnie des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul en particulier, l’occasion de faire mémoire de cette grande figure du XVII siècle français, afin de reconnaître leur dette à son égard et de puiser dans ses enseignements la matière d’une réflexion profonde et substantielle.

À une époque de déchirements politiques qui atteignirent même sa vie familiale, Louise sut venir au secours des pauvres les plus touchés par la misère. À l’exemple de son directeur, Monsieur Vincent, elle voyait en eux ses “maîtres”. Elle ira jusqu’à donner ce conseil à l’une de ses Filles: “Pour l’amour de Dieu, ma chère Sœur, pratiquez une grande douceur envers les pauvres et tout le monde; et essayez de contenter autant de paroles que d’actions; et cela vous sera facile si vous conservez une grande estime de votre prochain; des riches, parce qu’ils sont au-dessus de vous; des pauvres, parce qu’ils sont vos maîtres”. C’est ainsi que mon prédécesseur le Pape Jean XXIII l’a proclamée patronne de toutes les personnes qui se donnent aux œuvres sociales chrétiennes.

À l’époque de leur fondation, les Filles de la Charité étaient ainsi décrites par saint Vincent de Paul: “Elles auront pour monastère la maison des pauvres malades, pour cellule une chambre de louage, pour chapelle l’église de la paroisse, pour cloître les rues de la ville ou une salle d’hôpital, pour clôture l’obéissance, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie”. La vie communautaire qu’elles menaient reste un modèle pour les personnes données à Dieu aujourd’hui, et tout chrétien peut aussi s’approprier les phrases, belles et simples, qu’écrivit Louise de Marillac à ses sœurs en mission: “Si l’humilité, la simplicité et la charité qui donne le support, sont bien établies entre vous, votre petite compagnie sera composée d’autant de saintes que vous êtes de personnes. Mais il ne faut pas attendre qu’une autre que nous commence. Commençons la toute première”.

2. En se donnant à Dieu sans retour, elle s’unit de plus en plus étroitement à la volonté de son Maître: “Il nous faut être à Dieu, qui veut que nous ne voulions autre chose que ce qu’il veut”. Dans cette union intime, elle rejoignait le Christ crucifié qu’elle n’avait cessé de mettre sous les yeux de ses sœurs en leur donnant pour devise: “La charité de Jésus crucifié nous presse”. Ainsi pouvait-elle sortir victorieuse des épreuves que la vie lui faisait traverser en s’écriant, dans une admirable formule: “Souffrir et aimer, c’est une même chose”.

Vous avez, en sainte Louise, un exemple à suivre et à proposer. Loin d’avoir connu une vie facile, alors que sa naissance la mettait à l’abri de bien des préoccupations matérielles, elle a surmonté de nombreuses difficultés, à commencer par l’épreuve de la foi. Elle a connu la tristesse du veuvage et a su la transformer en offrande de sa personne à Dieu. En un mot, elle a su passer de l’anxiété à la sainteté, elle a accepté de remettre à Dieu sa vie, de trouver la sérénité et la paix de l’âme en Lui seul. Cette attitude fondamentale de l’existence chrétienne sera tout à la fois votre soutien et le critère de votre fidélité au charisme de celle qui fonda, avec saint Vincent de Paul, la Compagnie des Filles de la Charité.

3. En jetant les bases de la Compagnie, sainte Louise de Marillac donnait naissance à une nouvelle forme de vie dans l’Église, pratiquée aujourd’hui dans les sociétés de vie apostolique qui sont actives dans de nombreux champs de la mission ecclésiale. À l’époque de leur fondation, saint Vincent de Paul écrivait: “Les Filles de la Charité ne sont pas religieuses, mais des filles qui vont et viennent comme des séculiers”. Dans son désir ardent de rejoindre plus facilement les pauvres et de leur apporter un secours efficace, dans sa volonté de se faire toute à tous, sainte Louise eut à cœur de visiter, de développer et de conseiller les “charités” établies dans toute la France, et même au-delà de ses frontières, pour mettre en œuvre la puissance de l’amour et de la miséricorde. Une voie s’ouvrait à un nouvel ordre de choses dans l’Église. Des centaines d’institutions hospitalières ou enseignantes féminines allaient adopter un mode de vie analogue, au service du prochain dans le monde.

Jamais cet essor admirable n’eût été possible sans le soutien d’une prière intense. La vie spirituelle de sainte Louise se caractérise notamment par son accueil constant de l’Esprit Saint. Par une de ces intuitions qui portent en elles-mêmes la marque de leur authenticité, elle conjoint la dévotion au “oui” de l’Annonciation et la dévotion à la fête de la Pentecôte. Comme la Vierge Marie, comblée de grâce par la puissance de l’Esprit et présente aux côtés des Apôtres dès les origines de l’Église, celle a trouvé dans l’action de Dieu la source de sa force; elle a bien senti que la fidélité de la Compagnie aurait dans le “fiat” marial son modèle et son guide. Elle a su faire grandir chez les autres l’esprit de prière dans lequel elle vivait à l’exemple de Marie.

4. Renouvelez aujourd’hui le don de vous-mêmes au Seigneur! Accueillez à nouveau la grâce qu’Il fit à son Église en lui donnant sainte Louise! Puisez dans son action, dans ses écrits, les nourritures nécessaires à votre route! En cette année où, avec l’encyclique “Centesimus Annus”, j’ai appelé le peuple chrétien à porter une attention plus grande à l’enseignement social de l’Église, suivez le chemin qu’elle vous trace pour donner aux pauvres l’amour préférentiel qu’ils attendent de vous! Le service des pauvres demeure l’axe majeur de la pensée et de l’action de Louise de Marillac. Continuez à vous dépenser pour eux sans compter! Je le redis en reprenant ses propres paroles: “Continuez, je vous prie, à servir nos chers maîtres avec grande douceur, respect et cordialité, regardant toujours Dieu en eux!”. Dans la persévérance de votre fondatrice, vous avez le meilleur des exemples; dans son intercession, le plus sûr des soutiens.

Votre Compagnie peut être légitimement fière d’avoir pour protectrice une telle figure qui, en chaque pauvre, reconnaissait un membre souffrant du Christ, le Fils de Dieu qui nous a aimés et s’est livré pour nous. Ainsi, en se donnant tout entière au service des pauvres, en vivant “l’état de charité”, elle ne voulait pas s’occuper d’une forme particulière de pauvreté à l’exclusion des autres. Au contraire, son champ d’action demeurait très ouvert et c’est cela qu’elle vous invite à imiter. Par elle, le Seigneur appelle aujourd’hui encore beaucoup de jeunes femmes à tout quitter pour se rendre totalement disponibles à ces “petits” qui sont ses frères. Pour que leur cœur et leur esprit restent ouverts à toute détresse, la diversité des activités de la Compagnie doit être conservée et même développée. Avec les centres de soins ou les hôpitaux, les crèches ou les dispensaires, les écoles ou les foyers, les maisons de retraite ou les services d’entraide, sans compter bien d’autres initiatives en fonction des formes nouvelles de la pauvreté que connaît le monde actuel, vous devez rester celles par qui le Seigneur “relève le pauvre de sa misère”, celles par qui “il fait largesse, il donne au pauvre”.

5. En gardant l’élan de sainte Louise, vous rejoindrez sa spiritualité de l’action missionnaire. En effet, l’Évangile se répandra à mesure que les hommes, rétablis dans leur dignité, pourront reconnaître dans leur Créateur la source de leur vie. Il faut que l’on puisse entendre à nouveau résonner cette parole du Christ: “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres”. En servant les pauvres, vous “quittez Dieu pour Dieu”, comme aurait dit saint Vincent de Paul, et vous le faites de multiples manières. Vous recevez et vous vivez la parole du Christ à ses Apôtres: “Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous”. Vous recevez du Christ ces pauvres que la vie a blessés et vous avez mission de les lui amener. La Bonne Nouvelle est effectivement annoncée aux pauvres que vous secourez, dès lors qu’ils reconnaissent en votre action ce que le Christ aurait fait pour eux et qu’ils reçoivent en vérité la révélation de Dieu, lui qui nous a aimés le premier en nous donnant son Fils.

6. Cette action, évangélisatrice et caritative, vous place au cœur de l’Église d’où vous rayonnez comme un foyer brûlant d’amour. À la suite de sainte Louise de Marillac, vous collaborez étroitement avec les communautés chrétiennes des lieux où vous vivez. Le sens de l’ÉgIise qu’elle voulut transmettre à ses Filles vous aide à mener à bien vos tâches apostoliques dans l’esprit même qui l’inspirait. Vous remplissez ainsi votre rôle proprement féminin dans le Corps mystique du Christ, dans l’Église virginale et sponsale, en veillant sur la naissance, sur la vie et la mort de ses membres. L’amour des pauvres vous fait œuvrer pour l’avènement d’une société plus juste, sur tous les continents, afin que s’accomplissent les paroles du Psalmiste: “Les pauvres mangeront et seront rassasiés; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent”.

7. Dans la joie de ce quatrième centenaire, j’invoque l’Esprit de force et de sainteté sur les Filles de la Charité et sur leurs Supérieures; je demande au Christ, médecin des corps et des âmes, de venir au secours des malades, des affligés, des pauvres que l’on oublie. Comme l’avait fait sa fondatrice, je confie la Compagnie à l’intercession de la Vierge Marie et j’accorde ma Bénédiction Apostolique à ses membres et à toutes les personnes qui, de par le monde, se sont mises à l’école de sainte Louise de Marillac.

Du Vatican, le 3 juillet 1991.
IOANNES PAULUS PP. II

Femmes pour L’aimer [13]

Mardi 9 septembre 2008

Louise de Marillac (12 août 1591, 15 mars 1660)

sr Louise de Marillac

Louise de Marillac (1591-1660) a vécu toute sa vie à Paris. D’une famille auvergnate ancienne mais seulement anoblie en 1569 en la personne de son grand-père Guillaume II de Marillac (1518-1573), elle naît le 12 août 1591 dans des conditions mystérieuses. Dans un acte notarié passé trois jours plus tard, Louis Ier de Marillac (1556-1604), chevalier, seigneur de Ferrières-en-Brie et de Villiers-Adam, enseigne d’une compagnie de 50 lances des ordonnances du roi, lui octroie une rente et la nomme sa « fille naturelle ». Toutefois, il est possible qu’il n’ait fait qu’endosser cette naissance, pour éviter un scandale à l’un de ses frères. Toujours est-il que, lorsque Louis de Marillac se remarie, le 15 janvier  1595, il a sans doute déjà placé la petite Louise en pension au monastère royal Saint-Louis de Poissy. Là, les dominicaines apprennent à la jeune Louise à connaître Dieu, à lire et à écrire, à peindre, puis lui donnent une solide formation humaniste, sous la houlette de l’une de ses tantes, mère Louise de Marillac, première du nom (1556-1629). C’est très probablement à cette époque que Louise connaît la spiritualité de Catherine de Sienne qui transparaîtra plus tard dans ses écrits spirituels. 
Mais, bientôt, Louise est placée dans un foyer pour jeunes filles, à Paris, sans doute après la mort de Louis de Marillac (le 25 juillet 1604), par Michel de Marillac (1560-1632), le futur chancelier de France, qui devient son tuteur. Là, Louise apprend à tenir une maison et bénéficie du climat de réforme catholique qui embrase le Paris dévot. Elle fréquente alors les capucines du Faubourg Saint-Honoré, les « filles de la Croix », et, pensant devenir l’une d’entre elles, fait vœu de servir Dieu et son prochain.

Ancien ligueur devenu maître des requêtes, Michel de Marillac prend alors une part active à la fondation du Carmel réformé en France et fréquente assidûment le cercle Acarie. C’est là qu’il fait connaissance des pères Pierre de Bérulle (1575-1629) et Charles Bochard de Champigny (1568-1624), dit « Honoré de Paris ». Ce dernier est provincial des capucins en 1612, lorsque, tenant compte de sa faible complexion, il conseille à Louise de Marillac de ne pas se faire capucine, l’assurant que Dieu a sur elle un « autre dessein ». 
Louise est bientôt accompagnée dans son cheminement spirituel par Jean-Pierre Camus (1584-1652), évêque de Belley, grand ami de François de Sales, et neveu par alliance de Louis de Marillac. Malgré ses absences prolongées, Louise s’attachera beaucoup à cet homme de Dieu aux multiples facettes, qui terminera sa vie parmi les « Incurables ». Parmi les nombreux romans pieux que publie Mgr Camus, plusieurs ont pour but « de faire voir la jalousie de Dieu par les justes châtiments qu’Il fait sentir à ceux qui par force ou par ruse s’essaient de Lui arracher ses épouses d’entre les bras ».

Or, Michel de Marillac et son beau-frère Octavien II Doni d’Attichy (mort en 1614), d’origine florentine, voyant en Louise une nouvelle occasion de se rapprocher du pouvoir, choisissent de lui faire épouser un secrétaire des commandements de la reine mère, Marie de Médicis. C’est ainsi que, le 5 février  1613, Louise de Marillac épouse en l’église Saint-Gervais Antoine Gras (né en 1575 ou 1580), issu d’une vieille famille de Montferrand qui accèdera plus tard à la noblesse. Comme ce dernier prétend se rattacher aux nobles Le Gras dont il porte le nom et les armes plutôt que ceux de ses ancêtres, son épouse sera appelée « mademoiselle », titre alors réservé aux épouses et aux filles d’écuyers, c’est-à-dire de nobles non titrés. En octobre, la jeune femme donne prématurément naissance à un petit Michel. Mais le bonheur familial des Le Gras est de courte durée ; dès 1622, Antoine tombe gravement malade. Croyant que par cette maladie Dieu la punit de ne pas s’être donnée à Lui comme elle le lui a promis étant plus jeune, Louise connaît alors une longue période de dépression et de nuit spirituelle. 
Toutefois, le jour de la Pentecôte 1623, alors que Louise prie en l’église Saint-Nicolas des Champs, son esprit est illuminé et ses doutes se dissipent en un instant. Par le parchemin où elle relate cette “Lumière de Pentecôte” et qu’elle portera sur elle le reste de ses jours, nous savons qu’elle acquiert ce jour-là la certitude que sa place était au chevet de son mari et qu’un temps viendra où elle pourra prononcer des vœux, vivre en communauté, et trouver un nouvel accompagnateur. Justement, fin 1624 ou début 1625, elle rencontre Vincent de Paul (1581-1660) qui établit alors des confréries de Charité à la fin de ses missions qu’il prêche dans les nombreuses paroisses des Gondi et qui, avec l’aide de ces derniers, va bientôt établir la congrégation de la Mission, dite des lazaristes. Terrassé par la tuberculose, Antoine Le Gras s’éteint le 21 décembre 1625, laissant Louise et le jeune Michel dans une certaine précarité économique. Néanmoins, Louise place alors ce dernier en pension à Saint-Nicolas du Chardonnet.

De 1625 à 1629, monsieur Vincent réussit peu à peu à tourner mademoiselle Le Gras vers le salut des autres plutôt que vers sa propre piété ou son inquiétude maternelle, si bien que, dans une lettre du 6 mai 1629, il en fait solennellement sa chargée de mission auprès des dames de la Charité. Issues de la noblesse et de la bourgeoisie, ces dernières s’engagent à donner de leur temps au service corporel et spirituel des pauvres, mais certaines envoient leurs servantes ou font faire la cuisine plutôt que de la préparer elles-mêmes. Mais mademoiselle Le Gras, qui arrive généralement chargée de vêtements et de remèdes, réunit ces dames, les écoutes et les encourage à voir le Christ à travers les pauvres qu’elles servent, passe les comptes en revue et forme des maîtresses d’école pour instruire les jeunes filles. Dorénavant, la personnalité de Louise se révèle à mesure qu’elle surmonte ses infirmités physiques et ses craintes pour sillonner les paroisses afin d’y organiser ou d’y renforcer les charités. 
Pendant ce temps, Michel de Marillac, nommé garde des sceaux le 1er juin 1626, est devenu chef du parti dévot après la mort du cardinal de Bérulle (2 octobre 1629), tandis que son demi-frère Louis de Marillac (1573-1632) a été nommé maréchal de France le 3 juin 1629. Depuis le siège de La Rochelle (août 1627-octobre 1628), leur opposition à la politique du cardinal de Richelieu est patente. Cette opposition sera la cause de leur chute, lors de la fameuse journée des Dupes (11 octobre 1630). Disgraciés, le maréchal et le chancelier sont respectivement emprisonné et assigné à résidence. Accusé de malversations et jugé par un tribunal tout acquis à Richelieu, le premier sera décapité publiquement en place de Grève le 10 mai 1632. Enfermé en la forteresse de Châteaudun où il traduira le Livre de Job et commencera un Traité de la vie éternelle, le second y mourra le 7 août  1632.

Entre temps, le 5 février  1630, ayant visité la charité d’Asnières et se préparant à partir visiter celle de Saint-Cloud, Louise de Marillac veut célébrer l’anniversaire de ses noces en assistant à la messe. En recevant la communion, elle fait l’expérience du mariage mystique avec le Christ, qu’elle relate peu après par ces mots : « il me sembla que Notre Seigneur me donnait pensée de Le recevoir comme l’époux de mon âme ». Cette expérience, elle ne va pas tarder à la partager avec d’autres. Le 19 février 1630, monsieur Vincent revenant d’une mission à Suresnes, lui envoie Marguerite Naseau, une jeune vachère de ce village, qui a appris à lire pour instruire la jeunesse des environs, et qui s’offre pour le service des pauvres. Du moins Marguerite ne craindra-t-elle pas de mettre la main à la pâte. 
Ayant soigné des malades de la peste, Marguerite Naseau meurt peu après le 24 février 1633, mais déjà d’autres paysannes ont pris la relève. Le 29  novembre  1633, en accord avec monsieur Vincent, Louise les réunit sous son toit pour les former. Le 25 mars 1642, Louise et quatre des premières sœurs font vœu de s’offrir totalement au service du Christ en la personne des pauvres. Tels furent les humbles débuts de la compagnie des filles de la Charité.

Liés par une étroite collaboration et une grande amitié, Louise et monsieur Vincent répondent ensemble aux appels des plus démunis de leur temps, grâce à la nouvelle compagnie qu’ensemble ils ont établie. Éducation des enfants trouvés, secours des victimes de la guerre de Trente Ans et de la Fronde, soin des malades à domicile ou dans les hôpitaux, service des galériens et des personnes handicapées mentales, instruction des filles pauvres, participation à la création de l’hospice du Saint-Nom de Jésus et de l’hôpital général de Paris, rien n’arrête ces nouvelles sœurs non cloîtrées, ces filles « de plein vent » qui ont pour voile « la sainte humilité », « pour monastère une maison de malade, pour cellule une chambre de louage, pour cloître les rues de la ville, ou les salles des hôpitaux » et pour devise : « La charité de Jésus Crucifié nous presse ». Peu à peu, mademoiselle Le Gras envoie ou installe elle-même de nouvelles communautés partout où l’urgence s’en fait vraiment sentir : dans près de trente villes de France, et jusqu’en Pologne : Paris, Richelieu, Angers, Sedan, Nanteuil-le-Haudouin, Liancourt, Saint-Denis, Serqueux, Nantes, Fontainebleau, Montreuil/Mer, Chars, Chantilly, Montmirail, Hennebont, Brienne, Étampes, Varsovie, Bernay, Sainte-Marie du Mont, Cahors, Saint-Fargeau, Ussel, Calais, Metz et Narbonne. 
En 1657, Vincent de Paul dit que Louise de Marillac est « comme morte » depuis plus de vingt ans, mais elle s’éteint seulement le 15 mars 1660, quelques mois avant lui. Son corps, tout d’abord inhumé en l’église Saint-Laurent de Paris, repose aujourd’hui en la chapelle de l’actuelle maison-mère des filles de la Charité, au 140 rue du Bac, à Paris.

Louise de Marillac sera béatifiée le 9 mai  1920 par Benoît XV, canonisée le 11 mars  1934 par Pie XI et proclamée patronne des œuvres sociales en 1960 par le bienheureux Jean XXIII. Fille illégitime, épouse éprouvée, veuve contemplative et active, mère inquiète et grand mère sereine, enseignante et soignante, travailleuse sociale et organisatrice de la Charité, elle continue à inspirer bien des hommes et des femmes, parmi lesquels les 21 000 filles de la Charité, souvent appelées sœurs de saint Vincent de Paul, qui servent dans le monde entier, et leurs nombreux collaborateurs.

Femmes pour L’aimer [12]

Samedi 6 septembre 2008

Jour 3: des modèles de Charité.

Sœur Rosalie Rendu (1786- 1856) 

soeurrosalierendu.jpg Sœur Rosalie Rendu a incarné la charité dans le Paris du XIXe siècle. Née juste avant la Révolution de 1789, c’est dans une société post-révolutionnaire déchristianisée et appauvrie qu’elle donne sa vie au service des plus pauvres. Jean-Paul II l’a béatifiée le 9 novembre 2003.

 Jeanne-Marie Rendu naît le 9 septembre 1786 à Confort, au pays de Gex, dans le Jura. Ses parents, petits propriétaires montagnards, vivent dans l’aisance et la simplicité et sont estimés dans tout le pays.

 Jeanne-Marie a trois ans lorsqu’éclate la Révolution. Dès 1790, l’adhésion par serment à la Constitution civile du clergé est imposée. La maison de la famille Rendu devient un refuge pour les prêtres réfractaires. Jeanne-Marie grandit dans ce contexte de foi chrétienne, sans cesse exposée au danger de la dénonciation. Elle fait même sa première communion une nuit, au fond d’une cave. Ce climat d’héroïque piété forge son caractère : elle devient une jeune fille vive, espiègle, droite et volontaire.

 En 1796, la famille est bouleversée par le décès du père et de la dernière petite sœur, âgée de quatre mois. C’est l’aînée qui va aider la mère à élever ses trois sœurs. Au lendemain de la Terreur, les esprits s’apaisent et la vie reprend. Madame Rendu envoie Jeanne-Marie étudier au pensionnat des sœurs Ursulines, à Gex. Au cours d’une promenade, elle découvre un hôpital où les Filles de la Charité s’occupent des malades et des pauvres. Elle y effectue un stage à la fin duquel elle exprime le grand désir de devenir elle aussi Fille de la Charité.

 Le 25 mai 1802, Jeanne-Marie a 16 ans. Elle entre déjà au noviciat de la maison mère des Filles de la Charité, rue du Vieux  Colombier à Paris. Mais sa santé est fragile et son zèle à vouloir répondre aux exigences de sa nouvelle vie la détériore. Elle est donc envoyée dans la petite communauté de la rue des Franc-bourgeois qui sera transférée plus tard rue de l’Epée-de-Bois, dans le quartier Mouffetard. Là, elle reçoit le nom de Rosalie, pour la distinguer d’une autre religieuse qui porte le même prénom qu’elle. Elle y restera cinquante-quatre ans au cours desquels elle ne tendra que vers un but : « Traquer la misère pour rendre à l’homme sa dignité. »

 En ce début du XIXe siècle, le quartier Mouffetard est le plus misérable d’une capitale en pleine expansion. Les pauvres s’y entassent, victimes de la misère et de tous les vices : taudis insalubres, maladies, détresse du chômage, vols, alcoolisme… Sœur Rosalie y fait son apprentissage, accompagnant les sœurs dans la visite des pauvres et des malades. Elle enseigne déjà le catéchisme et la lecture aux petites filles accueillies à l’école gratuite. Elle prononce ses vœux en 1807, entourée de sa communauté.

En 1815, lors de l’occupation étrangère de Paris, après la chute de Napoléon, sœur Rosalie est nommée Supérieure de sa petite communauté du Ve arrondissement. Sa soif d’action, son dévouement, son autorité naturelle, son humilité, sa compassion et ses capacités d’organisation se révèlent dans sa lutte contre la misère. Les ravages du libéralisme économique de l’époque accentuent le nombre et la misère de « ses pauvres », comme elle les appelle. Ses sœurs sont envoyées dans tous les recoins de la paroisse Saint-Médard, pour apporter vivres, vêtements, soins, ou paroles réconfortantes. Pour venir en aide à tous ceux qui souffrent, elle ouvre une pharmacie, une école, un dispensaire, un orphelinat, une crèche, un patronage pour les jeunes ouvrières, une maison pour les vieillards sans ressources… Son exemple stimule ses sœurs à qui elle répète souvent : « Une fille de la Charité est comme une borne sur laquelle tous ceux qui sont fatigués ont le droit de déposer leur fardeau. » Elle est sévère sur la manière dont les sœurs reçoivent les pauvres : « Ils sont nos seigneurs et nos maîtres ! » On l’appelle « l’ange du quartier » et « la mère de toute les mères. »

Elle incite ses sœurs à prendre le temps de l’oraison avant les visites aux pauvres. La maison des malades est son monastère, les murs de la ville et les salles d’hôpitaux, son cloître. Sa foi, ferme comme un roc, lui révèle Jésus Christ en toute circonstance : « Jamais je ne fais si bien l’oraison que dans la rue », dit-elle. Sa vie de prière est intense. Plus que l’action, le plus précieux à ses yeux est de sauver les âmes. Elle instruit, catéchise, évangélise particulièrement les malades et les mourants. Elle élève les âmes vers des réalités surnaturelles par la prière et la réception des sacrements. Dans ce quartier où Dieu est souvent méconnu, personne ne repousse le prêtre envoyé par sœur Rosalie. Ses supérieures lui confient les postulantes et les jeunes sœurs, pour les former. Un jour, elle donne à une de ses sœurs en difficulté ce conseil qui était le secret de sa vie :

« Si vous voulez que quelqu’un vous aime, aimez d’abord en premier ; et si vous n’avez rien à donner, donnez-vous vous-même. »

 Sa renommée se répand dans tous les quartiers de la capitale et au-delà, dans les villes de province. Les particuliers, les associations, les ordres religieux, l’Église, l’État : tout le monde s’adresse à elle ! Elle finit par entraîner la charité publique et privée dans la lutte contre la pauvreté. Les dons affluent vite, car les riches ne savent pas résister à cette femme si persuasive. Les souverains qui se succèdent à la tête du pays ne l’oublient pas dans leurs libéralités. Les riches comme les pauvres viennent dans son parloir. Ils viennent trouver auprès d’elle du soutien, des conseils, ou encore « une bonne œuvre » à accomplir. Sœur Rosalie accueille des personnalités éminentes telles que l’ambassadeur d’Espagne, Donoso Cortés, Charles X, le général Cavaignac, des écrivains et des hommes politiques, des évêques, et même l’empereur Napoléon III et sa femme. Pleine de compassion, de délicatesse et de clairvoyance, d’une autorité quasi maternelle, elle se montre franche dans ses paroles, avec un brin de sévérité s’il le faut.

 Les étudiants de tous les horizons viennent frapper à sa porte ou à sa modeste « Banque de la Providence ». Parmi eux, elle inspire, oriente et appuie les projets du cofondateur de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, le bienheureux Frédéric Ozanam, et le vénérable Jean-Léon Le Prévost, futur fondateur des Religieux de Saint-Vincent-de-Paul. Elle a été au centre du déploiement d’un réseau de charité qui caractérisa Paris et la France dans la première moitié du XIXe siècle.

Durant la Révolution de 1830 et 1848, les émeutiers élèvent des barricades. Des luttes sanglantes opposent le pouvoir à une classe ouvrière déchaînée. Sans crainte de perdre sa vie, cette dame en cornette blanche monte sur les barricades et s’interpose entre les belligérants. Elle parcourt les rues, parlemente avec les insurgés, secourt les blessés, protège les réfugiés. Sœur Rosalie clame : « On ne tue pas ici ! » Comme jadis ses parents, elle donne asile à l’archevêque.

La guerre civile terminée, une épidémie de choléra fait des centaines de victimes par jour, à Paris. Courant tous les risques, sœur Rosalie va jusqu’à ramasser elle-même les corps abandonnés dans les rues. Avec ingéniosité et courage, et grâce au dévouement des Filles de la Charité, elle organise les secours.
En 1852, Napoléon III décide de lui remettre la Croix de la Légion d’honneur qu’elle reçoit très humblement, mais qu’elle ne portera jamais. De santé fragile, sœur Rosalie surmonte fatigues et fièvres. Mais l’absence de repos, l’âge, et l’accumulation des tâches finissent par venir à bout de sa résistance et de sa volonté. Durant les deux dernières années de sa vie, elle devient progressivement aveugle.

 Elle meurt le 7 février 1856, après une courte maladie. Ses obsèques sont célébrées à l’église Saint-Médard. Une foule immense suit sa dépouille jusqu’au cimetière Montparnasse, manifestant ainsi son admiration pour l’œuvre accomplie par cette sœur hors du commun. Un hommage discret mais visible encore aujourd’hui est rendu à ce témoin de la miséricorde de Dieu. Sur sa tombe il est gravé : « À la bonne mère Rosalie, ses amis reconnaissants, les pauvres et les riches ».

Femmes pour L’aimer [11]

Jeudi 4 septembre 2008

Moment Lumière.

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Etre là devant Toi Seigneur, et c’est tout.
Clore les yeux de mon corps,
Clore les yeux de mon âme,
Et rester immobile, silencieux,
M’exposer à Toi qui es là, exposé à moi,
Etre présent à Toi, l’infini Présent.

J’accepte de ne rien sentir, Seigneur,
De ne rien voir,
De ne rien entendre.
Vide de toute idée, de toute image.
Dans la nuit
Me voici simplement
Pour Te rencontrer sans obstacle.
Dans le silence de la Foi
Devant Toi, Seigneur.

Femmes pour L’aimer [10]

Mercredi 3 septembre 2008

Sainte Edith Stein (1891-1942)

Edith Stein 

« Dieu est la vérité.
Qui cherche la vérité, cherche Dieu,
qu’il en soit conscient ou non. »

 

 

Philosophe et carmélite, Edith Stein vient au monde dans une famille juive le 12 octobre 1891. Malgré une éducation marquée par le judaïsme, elle s’éloigne pendant un temps de toute croyance religieuse. Sa vive intelligence l’engage à rechercher la vérité et à mener une vie respectueuse de tous et de chacun.

Edith est l’une des rares femmes de son époque à fréquenter l’université. Élève de Husserl, ses travaux philosophiques la rendent attentive au phénomène religieux, et la question de la foi en Dieu s’impose progressivement à elle. En 1921, la lecture de l’autobiographie de Thérèse d’Avila la décide à entrer dans l’Église catholique. Unissant ses compétences philosophiques à la lumière que lui donne la foi, Edith Stein se consacre pendant une dizaine d’années à l’enseignement. Son principal souci est de mettre en valeur une vision chrétienne de la personne humaine.

Pleinement lucide sur la signification de la montée du nazisme, elle entre au Carmel en 1933 et y prend le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix. Elle poursuit son combat contre le mal qui se déchaîne dans le monde à un niveau de radicale profondeur : avec le Christ, sous le signe de la Croix.

Le 9 août 1942, Edith Stein meurt dans les chambres à gaz d’Auschwitz, à la fois victime de la Shoah et témoin du Christ. Elle sera canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998.

« La pensée que la miséricorde de Dieu pourrait se limiter aux frontières de l’Église visible m’a toujours été étrangère. Dieu est la vérité. Qui cherche la vérité, cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non. »

« L’essence la plus profonde de l’amour, c’est le don total de soi. Dieu qui est l’amour, s’offre à ses créatures qu’il a créées pour l’amour.
Mais aimer c’est vivre dans la plus haute perfection : celle de l’être qui se donne à l’infini sans connaître le moindre déclin, fécondité sans limites. »

« Naturellement, la religion n’est pas quelque chose pour un petit coin tranquille, ou pour quelques heures de célébration ; mais elle doit, comme vous l’avez déjà ressenti, être la racine et la base de toute la vie, et cela, non pour quelques rares élus, mais pour tout vrai chrétien (à vrai dire, il n’y en a toujours qu’un petit troupeau) … »

« Dans la période qui a précédé immédiatement ma conversion, et encore longtemps après, j’ai pensé que mener une vie chrétienne signifiait renoncer à tout ce qui est de la terre et ne penser qu’aux choses de Dieu. Mais peu à peu j’ai compris qu’en ce monde autre chose nous est demandé, et que même dans la vie la plus contemplative le lien avec le monde ne peut être entièrement rompu. Je crois même que, plus quelqu’un est profondément absorbé en Dieu, plus il doit en un certain sens, ’sortir de soi’ pour pénétrer le monde et y apporter la vie divine. »

« Il s’agit seulement d’avoir concrètement un petit coin tranquille où l’on puisse converser avec Dieu comme si rien d’autre n’existait – et cela chaque jour. Les heures du matin me semblent les plus favorables, avant de commencer le travail de la journée ; ensuite, il faut que l’on trouve là sa mission particulière, si possible pour chaque jour, et non par choix personnel ; enfin, que l’on se considère entièrement comme un instrument ; et spécialement que l’on regarde les forces avec lesquelles on doit travailler – dans notre cas, l’intelligence comme quelque chose dont nous ne nous servons pas nous-mêmes, mais dont Dieu se sert en nous. »Vous avez là ma recette. Chaque matin ma vie commence à nouveau, et chaque soir elle se termine. D’autres plans et projets, je n’en ai pas – naturellement, il y en a qui font partie du travail quotidien de la journée : la profession d’enseignante, par exemple, est impraticable autrement. Mais du souci pour le lendemain, il ne faut jamais en avoir. Vous comprendrez donc que je ne puis laisser passer ce que vous dites : que je suis « devenue quelque chose ». Il me semble que le rayon de mon travail doive s’étendre, mais cela ne change rien pour moi, je le pense réellement. On m’a demandé cela, et je l’ai entrepris, sans savoir encore ce que cela comporte et quel sera pratiquement le chemin. »

Femmes pour L’aimer [9]

Mardi 2 septembre 2008

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

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L’affectivité de Thérèse est blessée à la mort de sa mère en 1877. Elle devient une enfant hypersensible, assoiffée de tendresse, au point de tomber malade (une sorte de névrose) lorsque sa sœur Pauline (sa seconde mère) entre au Carmel. Guérie miraculeusement en voyant sourire une statue de la Vierge Marie, elle va suivre un chemin de pacification intérieure qui lui donnera la force de surmonter plus tard les pires épreuves. De cette sensibilité, elle gardera un talent d’écriture.

« Toi seul, ô Jésus, peux contenter mon âme, car jusqu’à l’infini, j’ai besoin d’aimer. »

En 1887, elle obtient par son intercession la conversion d’un condamné à mort, Pranzini. Elle demande à rentrer au Carmel (« pour sauver des âmes et prier pour les prêtres ») à 14 ans et va faire un voyage à Rome pour obtenir une dispense.

Les grandes qualités spirituelles de Thérèse seront vite reconnues puisqu’en 1893 (à 20 ans), Mère Marie de Gonzague lui demande de l’assister pour s’occuper des novices et trois ans plus tard, elle devient responsable des novices. Chaque jour, elle les enseigne une demi-heure, leur lit la règle et répond à leurs questions. Elle aide chacune à régler ses cas de conscience avec patience, calme et douceur, en soulignant combien le chemin spirituel de chacun peut être différent.
En 1894, Mère Agnès lui donne l’ordre de rédiger ses souvenirs d’enfance. En 1895, Thérèse s’offre en victime à l’amour miséricordieux de Dieu. Un premier Père blanc missionnaire est confié à ses prières.

En 1896 débute une longue épreuve intérieure, une nuit spirituelle (dépouillement de la conscience de l’amour de Dieu) qu’elle traversera avec la force de sa volonté d’aimer dans la nuit. Le jeudi saint, elle a sa première crise de tuberculose.
Thérèse meurt le 30 septembre 1897, dans une extase d’amour : « Mon Dieu, oh, je l’aime ».

Peu de temps après sa mort (1898), la Mère supérieure publie ses écrits sous le titre « Histoire d’une âme ».
Tout se passe très vite comme si Dieu voulait que cette sainte éclaire le siècle à venir. Sa cause de béatification est introduite en 1914 par Pie X. Le 14 août 1921, Benoît XV déclare l’héroïcité des vertus de la servante de Dieu et prononce à cette occasion un discours sur la voie de l’enfance spirituelle; Pie XI la proclamait bienheureuse le 29 avril 1923. Peu après, le 17 mai 1925, le même Pape la canonise en la Basilique Saint-Pierre devant une foule immense ; deux ans plus tard, le 14 décembre 1927, il la proclame patronne des missions (et deuxième patronne de la France) en même temps que saint François Xavier, à la demande de nombreux évêques missionnaires.

Thérèse nous enseigne tout d’abord à aimer l’humilité et la petitesse en nous, ce qui ne l’empêche pas de lutter contre ses faiblesses avec une force de volonté terrible. La conscience de nos défauts peut aussi nous aider à lutter contre l’orgueil intérieur.
Dans la même veine, elle choisit « une petite voie » : s’appliquer aux petites choses par amour (chemin hérité de la spiritualité du Carmel).
Elle nous enseigne que l’on peut être missionnaire dans sa prière, par l’intercession, et le rester après sa mort :
« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre! »

Elle nous montre enfin que la prière contemplative est accessible à tous, faisant en cela écho aux écrits de la fondatrice du Carmel, Thérèse d’Avila.
Thérèse est proclamée docteur le 19 octobre 1997 par le pape Jean Paul II.
Voici quelques extraits de la lettre apostolique proclamant Thérèse docteur :

« Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d’une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, moniale professe de l’Ordre des Carmélites déchaussées, dont le centenaire de l’entrée dans la patrie céleste est célébré cette année…
Son enseignement n’est pas seulement conforme à l’Écriture et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur et la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l’Église, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s’exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu.
L’enseignement de Thérèse exprime avec cohérence et intègre dans un ensemble harmonieux les dogmes de la foi chrétienne considérés comme doctrine de vérité et expérience de vie. Il ne faut pas oublier à ce sujet que l’intelligence du dépôt de la foi transmis par les Apôtres, ainsi que l’enseigne le Concile Vatican II, progresse dans l’Église sous l’assistance du Saint-Esprit: « En effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît tant par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc 2,19.51) que par l’intelligence intérieure des réalités spirituelles qu’ils expérimentent ainsi que par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Vatican II : Dei Verbum, n. 8)…
On peut donc à juste titre reconnaître dans la sainte de Lisieux le charisme d’enseignement d’un Docteur de l’Église, à la fois à cause du don de l’Esprit Saint qu’elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de la loi nouvelle, c’est-à-dire la grâce de l’Esprit Saint, qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité. »

Bien souvent notre prière est terne, sans goût, chargée d’ennui, comme si entre Jésus et nous il n’y avait jamais rien eu… Thérèse témoigne de sa prière et nous accompagne sur ce chemin de confiance et de gratuité dans l’amour.

« Qu’elle est donc grande la puissance de la Prière ! On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu’elle demande. Il n’est point nécessaire pour être exaucée de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s’il en était ainsi… hélas ! Que je serais plaindre !… En dehors de l’office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n’ai pas le courage de m’astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !… et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres… Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend… Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. » (Ms C, 25rv)

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