Archive de la catégorie ‘P.P. Benoît XVI’

L’importance de la femme

Vendredi 17 avril 2009

L’importance de la femme

Le pape Benoît XVI a rencontré les mouvements catholiques pour la promotion de la femme dans la paroisse de Saint Antoine de Luanda. Extrait de son discours :

  »En voyant le charme fascinant qui émane de la femme de par la grâce intime que Dieu lui a donnée, le cœur de l’homme s’éclaire et se retrouve en elle : «Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair» (Gn 2, 23). La femme est un autre « moi » dans l’humanité commune. Il faut reconnaître, affirmer et défendre l’égale dignité de l’homme et de la femme : tous les deux sont des personnes, à la différence de tout autre être vivant dans le monde autour d’eux. Tous les deux sont appelés à vivre en profonde communion, dans une reconnaissance mutuelle et un don de soi réciproque, travaillant ensemble pour le bien commun avec les caractéristiques complémentaires de ce qui est masculin et de ce qui est féminin. Aujourd’hui, qui ne perçoit le besoin d’accorder plus de place aux « raisons du cœur » ? Dans une civilisation comme la nôtre, dominée par la technique, on ressent le besoin de cette complémentarité de la femme, afin que l’être humain puisse y vivre sans se déshumaniser complètement. Il suffit de penser aux terres où règne la pauvreté, aux régions dévastées par la guerre, à de nombreuses situations dramatiques découlant des migrations forcées ou non… Ce sont presque toujours les femmes qui y maintiennent intacte la dignité humaine, défendent la famille et sauvegardent les valeurs culturelles et religieuses. [...] La présence maternelle dans la famille est tellement importante pour la stabilité et la croissance de cette cellule fondamentale de la société, qu’elle devrait être reconnue, louée et soutenue par tous les moyens possibles. Et, pour le même motif, la société doit rappeler aux maris et aux pères leurs responsabilités à l’égard de leur propre famille. »

Intentions de prière du Pape pour le mois de mars

Dimanche 1 mars 2009

Intention de prière générale :

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« Pour que le rôle des femmes soit plus apprécié et valorisé de par le monde ».

(L’occasion de relire Mulieris dignitatem)

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Message de sa sainteté Benoît XVI pour le carême 2009

Vendredi 27 février 2009

MESSAGE DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LE CARÊME 2009

« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits,

il eut faim » (Mt 4, 1-2)

Chers frères et sœurs !

Au commencement du Carême, qui constitue un chemin d’entraînement spirituel intense, la Liturgie nous propose à nouveau trois pratiques pénitentielles très chères à la tradition biblique et chrétienne – la prière, l’aumône et le jeûne – pour nous préparer à mieux célébrer la Pâque et faire ainsi l’expérience de la puissance de Dieu qui, comme nous l’entendrons au cours de la Veillée Pascale, « triomphe du mal, lave nos fautes, redonne l’innocence aux pécheurs, la joie aux affligés, dissipe la haine, nous apporte la paix et humilie l’orgueil du monde » (Annonce de la Pâque). En ce traditionnel Message du Carême, je souhaite cette année me pencher plus particulièrement sur la valeur et le sens du c. Le Carême en effet nous rappelle les quarante jours de jeûne vécus par le Seigneur dans le désert, avant le commencement de sa mission publique. Nous lisons dans l’Evangile : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4,1-2). Comme Moïse avant de recevoir les Tables de la Loi, (cf. Ex 34,28), comme Élie avant de rencontrer le Seigneur sur le mont Horeb (cf. 1 R 19,8), de même Jésus, en priant et en jeûnant, se prépare à sa mission, dont le début fut marqué par une dure confrontation avec le tentateur.

Nous pouvons nous demander quelle valeur et quel sens peuvent avoir pour nous, chrétiens, le fait de se priver de quelque chose qui serait bon en soi et utile pour notre subsistance. Les Saintes Écritures et toute la tradition chrétienne enseignent que le jeûne est d’un grand secours pour éviter le péché et tout ce qui conduit à lui. C’est pourquoi, dans l’histoire du salut, l’invitation à jeûner revient régulièrement. Déjà dans les premières pages de la Sainte Écriture, le Seigneur commande à l’homme de s’abstenir de manger du fruit défendu : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangera pas, car le jour où tu en mangeras, certainement tu mourras. » (Gn 2,16-17). En commentant l’injonction divine, saint Basile observe que

 

(suite…)

Epiphanie – Angélus de Benoît XVI

Lundi 9 février 2009

SOLENNITÉ DE L’EPIPHANIE 

BENOÎT XVI

ANGELUS

Place Saint-Pierre
Samedi 6 janvier 2007

Chers frères et soeurs,

En ce jour de la solennité de l’Epiphanie, nous célébrons la manifestation du Christ aux Rois Mages, un événement auquel saint Matthieu accorde une grande importance (cf. Mt 2, 1-12). Il raconte dans son Evangile que quelques « Mages » – probablement des chefs religieux persans – arrivèrent à Jérusalem guidés par une « étoile », un phénomène lumineux céleste qu’ils avaient interprété comme le signe de la naissance d’un nouveau roi des Juifs. Personne dans la ville n’était au courant; le roi qui régnait, Hérode, fut même profondément troublé par la nouvelle et conçut le tragique dessein du « massacre des innocents », pour supprimer son rival qui venait de naître. Les Rois Mages, en revanche, se laissèrent guider par les Saintes Ecritures, en particulier la prophétie de Michée selon laquelle le Messie serait né à Bethléem, la ville de David, située à environ dix kilomètres au sud de Jérusalem (cf. Mi 5, 1). Partis dans cette direction, ils virent à nouveau l’étoile et, remplis de joie, ils la suivirent jusqu’à ce qu’elle s’arrête au-dessus d’une bergerie. Ils entrèrent et trouvèrent l’Enfant avec Marie; ils se prosternèrent devant Lui et, en hommage à sa dignité royale, ils Lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Pourquoi cet événement est-il si important? Car c’est là que commença à se réaliser l’adhésion des peuples païens à la foi dans le Christ, selon la promesse faite par Dieu à Abraham, à laquelle se réfère le Livre de la Genèse:  « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3). Si Marie, Joseph et les bergers de Bethléem représentent donc le peuple d’Israël qui a accueilli le Seigneur, les Rois Mages sont en revanche les prémices des nations appelées à faire partie elles aussi de l’Eglise, nouveau peuple de Dieu, non plus basé sur l’homogénéité ethnique, linguistique ou culturelle, mais uniquement sur la foi commune en Jésus, Fils de Dieu. Par conséquent, l’Epiphanie du Christ est en même temps épiphanie de l’Eglise, c’est-à-dire manifestation de sa vocation et de sa mission universelle. A ce propos, je suis heureux d’adresser une salutation cordiale aux bien-aimés frères et soeurs des Eglises orientales qui, conformément au calendrier Julien, célébreront demain le Saint Noël:  je leur souhaite avec affection une abondance de paix et de prospérité chrétienne.

Je suis également heureux de rappeler qu’à l’occasion de l’Epiphanie, nous célébrons la Journée mondiale de l’Enfance missionnaire. Il s’agit de la fête des enfants chrétiens qui vivent dans la joie le don de la foi et qui prient afin que la lumière de Jésus parvienne à tous les enfants du monde. Je remercie les enfants de la « Sainte Enfance », présente dans 110 pays, car ils sont de précieux coopérateurs de l’Evangile, et des apôtres de la solidarité chrétienne envers les plus démunis. J’encourage les éducateurs à cultiver l’esprit missionnaire chez les enfants, afin que naissent parmi eux des missionnaires passionnés, témoins de la tendresse de Dieu et annonciateurs de son amour.

Nous nous tournons maintenant vers la Vierge Marie, Etoile de l’évangélisation:  que les chrétiens du monde entier, par son intercession, puissent vivre comme des enfants de la lumière et conduire les hommes au Christ, véritable lumière du monde

SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

Mardi 3 février 2009

SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

BENOÎT XVI

Place Saint-Pierre
Vendredi, le 6 janvier 2006


Chers frères et soeurs,

Nous célébrons aujourd’hui l’Epiphanie du Seigneur, c’est-à-dire sa manifestation aux nations, représentées par les Rois mages, mystérieux personnages venus d’Orient, dont parle l’Evangile de saint Matthieu (Mt 2, 1-12). L’adoration de Jésus par les Rois mages fut immédiatement reconnue comme accomplissement des Ecritures prophétiques. « Les nations marcheront vers ta lumière – lit-on dans le livre d’Isaïe – et les rois, vers la clarté de ton aurore… apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur » (Is 60, 3.6). La lumière du Christ, qui est comme contenue dans la grotte de Bethléem, rayonne aujourd’hui dans toute sa portée universelle. Ma pensée se tourne en particulier vers les frères et soeurs bien-aimés des Eglises d’Orient, qui, selon le Calendrier Julien, célèbrent aujourd’hui Noël:  je leur adresse mes voeux les plus cordiaux de paix et de bien dans le Seigneur.

Aujourd’hui, vient spontanément à l’esprit la Journée mondiale de la Jeunesse. Celle-ci a rassemblé à Cologne en août dernier, et beaucoup d’entre vous étaient là-bas, plus d’un million de jeunes qui avaient pour devise les paroles des Rois mages se rapportant à Jésus:  « Nous sommes venus l’adorer » (Mt 2, 2). Combien de fois les avons-nous entendues et répétées! Maintenant nous ne pouvons pas les entendre sans revenir en esprit à cet événement mémorable, qui a constitué une authentique « épiphanie ». En effet, le pèlerinage des jeunes, dans sa dimension plus profonde, peut être vu comme un itinéraire guidé par la lumière d’une « étoile », l’étoile de la foi. Et aujourd’hui, je suis heureux d’étendre à toute l’Eglise le message que j’ai alors proposé aux jeunes rassemblés sur les rives du Rhin:  « Ouvrez tout grand votre coeur à Dieu, laissez-vous surprendre par le Christ! Ouvrez les portes de votre liberté à son amour miséricordieux! Exposez vos joies et vos peines au Christ, le laissant illuminer votre intelligence de sa lumière et toucher de sa grâce votre coeur! » (Discours du 18 août 2005 lors de la cérémonie d’accueil des jeunes).

Je voudrais que dans toute l’Eglise on respire, comme à Cologne, l’atmosphère d’une « épiphanie », d’un authentique engagement missionnaire suscité par la manifestation du Christ, lumière du monde, envoyé par Dieu le Père pour réconcilier et unifier l’humanité par la force de l’amour. Dans cet esprit, prions avec ferveur pour la pleine unité de tous les chrétiens, afin que leur témoignage devienne ferment de communion pour le monde entier. Invoquons pour cela l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Au terme de l’Angelus:
Chers amis, en la fête de l’Epiphanie, on célèbre la Journée missionnaire des Enfants, instituée par le Pape Pie XII, de vénérée mémoire. Avec la devise, « les enfants aident les enfants », l’Oeuvre pontificale de l’Enfance missionnaire soutient des milliers d’initiatives de solidarité, enseignant aux enfants à grandir avec un esprit d’ouverture au monde et d’attention aux difficultés des enfants de leur âge plus défavorisés. Je compte moi aussi sur la prière des enfants pour mon ministère, et je vois que j’y compte à juste titre, ainsi que sur leur participation active à la mission de l’Eglise.

Chers pèlerins francophones, en ce jour de l’Epiphanie, je vous invite à adorer le Christ comme les Mages, afin de vous laisser transformer par lui et de repartir vers vos frères pour en rendre témoignage, par des chemins nouveaux. Avec mes voeux de sainte année et mon affectueuse Bénédiction.
Je souhaite à tous une bonne fête de l’Epiphanie.

Homélie de la messe d’ouverture – JMJ 2008

Dimanche 19 octobre 2008

Chers lecteurs,

Voici le dernier post de cette série consacrée aux textes de Benoît XVI lors des JMJ de Sidney.

A partir de dimanche prochain, nous consacrerons l’article dominical à Saint Paul, et c’est Madeleine qui s’en chargera ! 

 

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Bonne lecture !

Homélie de la messe d’ouverture des JMJ

Nous savons tous que le Christ notre Seigneur est souvent décrit comme le Bon Berger du psaume d’aujourd’hui. Il nous est dit qu’il nous mène vers les eaux tranquilles, qu’il nous fait revivre et qu’il nous permet de reposer en paix.
Utilisant un jour cette image, Jésus expliqua qu’un tel berger était prêt à laisser quatre-vingt-dix-neuf brebis pour partir à la recherche de la centième égarée.

De nos jours, il existe peu de pays où un berger possède un troupeau de seulement 20 ou 30 brebis et, en Australie, où les fermes sont vastes et les troupeaux immenses, le conseil de notre Seigneur n’est pas très pratique. Si la brebis égarée a de la valeur et est en bonne santé, il est possible que cela vaille la peine d’aller la chercher. Plus souvent cependant, elle est abandonnée ou son absence n’est même pas remarquée.

Jésus rappelait que Lui et Son Père ne sont pas ainsi parce qu’Il connaît chacune de ses brebis et, comme un bon père, Il part à la recherche de la brebis égarée qu’il aime, en particulier si elle est malade, qu’elle a des problèmes ou qu’elle est incapable de s’aider elle-même.

Un peu plus tôt, je vous ai tous souhaité la bienvenue pour cette semaine des Journées Mondiales de la Jeunesse et je renouvelle maintenant cette bienvenue. Je ne commence pas cependant par les quatre-vingt-dix neuf brebis bien portantes, ceux d’entre vous déjà ouverts à l’action de l’Esprit, peut-être même déjà témoins fidèles de la foi et de la charité. Je commence par accueillir et encourager tous ceux, où qu’ils soient, qui se considèrent égarés, en détresse profonde, sans espérance ou même épuisés.

Jeunes et vieux, hommes et femmes, le Christ continue d’appeler ceux qui souffrent à venir à lui pour être guéris, comme il le fait depuis deux mille ans. La cause de la blessure est quelque chose de secondaire, qu’il s’agisse de la drogue ou de l’alcool, des divisions familiales, des désirs de la chair, de la solitude ou de la mort. Peut-être même de la vacuité du succès.

L’appel du Christ s’adresse à tous ceux qui souffrent, pas seulement aux catholiques ou aux autres chrétiens, mais en particulier à ceux qui n’ont pas de religion. Le Christ vous appelle à revenir à la maison c’est-à-dire à l’amour, à la guérison et à la vie communautaire.
La première lecture d’aujourd’hui est tirée du livre d’Ézéchiel qui, avec Isaïe et Jérémie, est l’un des trois grands prophètes juifs. Beaucoup de régions d’Australie souffrent encore de la sècheresse. Tous les Australiens comprennent donc l’image de la vallée d’ossements desséchés et de squelettes sans chair. Mais cette vision sinistre est offerte avant tout à quiconque et à tous ceux d’entre vous qui sont tentés de dire « notre espérance est détruite, nous sommes perdus ».

Ce n’est jamais vrai tant que nous pouvons poser un choix. Tant qu’il y a la vie, il y a toujours la possibilité d’espérer et, avec l’espérance chrétienne, viennent la foi et la charité. Jusqu’au bout, nous sommes toujours capables de choisir et d’agir.

Cette image de la vallée d’ossements desséchés, la plus spectaculaire de toute la Bible, fut donnée lorsque la main de Dieu se posa sur Ézéchiel pendant la captivité du peuple juif à Babylone, très certainement au début plutôt qu’à la fin du sixième siècle avant J.C. Pendant environ 150 ans, le destin politique du peuple juif s’était assombri, principalement au profit des Assyriens. En 587 avant J.C, survint l’ultime et catastrophique défaite qui donna lieu à leur exil. Le peuple juif était désespéré et impuissant face à cette situation.
C’est le contexte historique de la vision dramatique d’Ézéchiel dans laquelle les morts étaient bien morts, squelettes blanchis après le festin funèbre des oiseaux prédateurs qui se rassasiaient de leur chair. C’était un immense champ de bataille d’hommes sans sépulture.
Un Ézéchiel hésitant et réticent fut envoyé par Dieu pour apporter la parole à ces ossements et, alors qu’il prophétisait, un tremblement de terre survint et les ossements se rassemblèrent avec grand bruit. Les ligaments se reconstituèrent, la chair et la peau se reformèrent autour des corps.
Une étape manquait cependant encore, et le souffle, ou l’esprit, venu des quatre coins de la terre, emplit les corps « qui revenaient à la vie, se levèrent en une grande et puissante armée ».
Alors que nous voyons aujourd’hui cette vision comme la préfiguration de la résurrection des morts, le peuple juif du temps d’Ézéchiel ne croyait pas à une telle conception de l’au-delà. Pour eux, cette immense armée de juifs ressuscités représentait tout le peuple juif, ceux venus du royaume du nord pris à l’Assyrie, ceux restés chez eux et ceux de Babylone. Ils se réuniraient en un seul peuple dans leur propre pays et sauraient que l’unique vrai Dieu était l’auteur de tout cela.

À travers les siècles, nous chrétiens avons utilisé ce passage de la liturgie au moment de Pâques, particulièrement lors du baptême des catéchumènes pendant la veillée pascale et il s’agit, bien sûr, d’une image puissante du pouvoir régénérateur de l’unique vrai Dieu pour cette vie et pour l’éternité.
La sagesse du monde prétend que les léopards ne changent pas de territoire, mais, nous chrétiens, croyons dans le pouvoir de l’esprit à convertir et transformer les hommes en les éloignant du mal pour les attirer au bien ; en les éloignant de la peur et de l’incertitude pour les rapprocher de la foi et de l’espérance.
Les croyants sont encouragés par la vision d’Ézéchiel, car nous connaissons le pouvoir du pardon de Dieu, cette capacité du Christ et de la tradition catholique à engendrer une vie nouvelle même dans les circonstances les plus désespérées.

Nous avons un aperçu de ce même pouvoir dans la vision qu’Ézéchiel offre aujourd’hui, à chacun d’entre vous sans exception. Vous, jeunes pèlerins, pouvez regarder vers le futur qui se présente à vous, ce futur si riche de promesses. La parabole de l’Évangile du semeur vous rappelle la formidable opportunité qui vous est offerte d’embrasser votre vocation et de produire une moisson abondante, une récolte au centuple.

Mathieu, Marc et Luc situent tous les trois cette parabole du semeur au début de leur recueil des paraboles de Jésus. Elle explique certaines des vérités fondamentales sur les défis posés aux disciples chrétiens et énumère les obstacles à une vie chrétienne qui porte du fruit. La fidélité n’est pas innée ou inévitable.

Un détail rend cette parabole plus plausible, car il semble que les juifs au temps de Notre Seigneur ne labouraient pas la terre avant de l’ensemencer. Ainsi nous comprenons mieux que le grain puisse tomber ailleurs que dans les sillons.
Sommes-nous parmi ceux dont la foi a déjà été enlevée par le diable, comme le traduit l’explication donnée par Notre Seigneur à l’image des oiseaux du ciel mangeant le grain ? Personne ici n’aimerait faire partie de cette catégorie. Certains sont peut-être comme le grain tombé dans les pierres qui ne peut pas s’enraciner. Ceux qui sont dans cette deuxième catégorie s’efforcent certainement de prendre un nouveau départ dans leur vie spirituelle, ou tout au moins d’examiner la possibilité de le faire. Mais la plupart d’entre nous se trouvent dans la troisième et la quatrième catégories : le grain est tombé dans de la bonne terre, a poussé et a porté du fruit. Toutefois nous sommes en danger d’être étranglés par les soucis de la vie. Nous tous, même ceux qui ne sont plus de la première jeunesse, devons prier pour obtenir sagesse et persévérance.

Je n’ai aucune difficulté à croire que Notre Seigneur a expliqué clairement la signification de cette parabole à ses disciples les plus proches et que ceux-ci lui demandaient régulièrement de leur redonner des explications. Mais la réponse du Seigneur est déconcertante ; il répartit ces disciples en deux groupes : ceux auxquels le mystère du Royaume a été révélé et ceux pour lesquels les paraboles resteront toujours des paraboles. Ce second groupe est décrit dans des mots du prophète Isaïe comme ceux qui ont beau regarder mais ne voient pas, qui ont beau entendre mais ne comprennent pas. Le contexte de cette parabole est probablement l’étonnement exprimé par les disciples de Notre Seigneur à la vue du nombre important de ceux qui n’ont pas accepté son enseignement.
Pourquoi en est-il encore ainsi ? Que devons-nous faire pour être au nombre de ceux à qui les mystères du Royaume ont été révélés ?

L’appel de l’unique vrai Dieu demeure mystérieux, en particulier de nos jours où tant de bonnes personnes ont du mal à croire. Même aux temps des prophètes, beaucoup de ceux qui les écoutaient demeurèrent spirituellement sourds et aveugles, tandis que beaucoup à travers les âges ont admiré la beauté de l’enseignement de Jésus, mais n’ont jamais été poussés à répondre à son appel.
Notre tâche est d’être ouvert à la puissance de l’Esprit, de permettre à Dieu d’agir en nous. La motivation humaine est complexe et mystérieuse. En effet, certains catholiques et autres chrétiens très croyants sont parfois dévots et agissent avec bonté mais sont déterminés à ne pas faire un pas de plus. À l’inverse, certains disciples de Christ peuvent être beaucoup moins zélés et fidèles, mais plus enclins à devenir meilleurs parce qu’ils comprennent leur pauvreté et leur ignorance. Et vous, où vous situez-vous ?

Quelle que soit notre situation, nous devons prier pour avoir un coeur ouvert, pour avoir la volonté de faire un pas de plus, même si nous nous avons peur de nous aventurer un peu plus loin. Si nous prenons la main que Dieu nous tend, Il fera le reste. La confiance est la clé. Dieu nous ne décevra pas.
Comment pouvons-nous faire pour éviter de passer de la dernière et meilleure catégorie de ceux qui portent du fruit à ceux “qui sont étranglés par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie” et ne produisent pas de fruit ?
La seconde lecture de la lettre de St Paul aux Galates nous montre la bonne direction, nous rappelant tous que chacun doit prendre position dans la lutte séculaire entre le bien et le mal, entre ce que Paul appelle la chair et l’Esprit. Ce n’est pas suffisant d’être simplement un passager, d’essayer de vivre en zone neutre entre les parties qui s’affrontent. La vie nous force à choisir et finit par détruire la possibilité de neutralité.

Nous donnerons de bons fruits en apprenant le langage de la Croix et en l’inscrivant dans nos coeurs. Le langage de la Croix nous apporte les fruits de l’Esprit qui sont énumérés par Paul, nous permettant d’être habités de la paix et de la joie, et d’être bienveillants et généreux envers notre prochain. Suivre le Christ a un coût ; ce n’est pas toujours facile, car cela requiert de combattre ce qui St Paul appelle « la chair », notre ego implacable, notre bon vieil égoïsme. C’est toujours un combat, même pour un aîné comme moi !
Ne vivez pas votre vie sans prendre position, mais posez des choix car seul l’engagement apporte la plénitude. Nous parvenons au bonheur en répondant à nos obligations, en faisant notre devoir, en particulier en nous engageant dans les petites choses et de manière régulière pour pouvoir ensuite relever les défis plus grands. Beaucoup ont trouvé l’appel de leur vie aux Journées Mondiales de la Jeunesse.

Être un disciple de Jésus requiert de la discipline, en particulier de l’autodiscipline, ce que Paul nomme la maîtrise de soi. La pratique de la maîtrise de soi ne fera pas de vous une personne parfaite (cela ne m’est pas arrivé), mais la maîtrise de soi est nécessaire pour faire grandir et protéger l’amour dans nos coeurs et empêcher que les autres, spécialement nos familles et nos amis, soient blessés par nos écarts dans la méchanceté ou la paresse.
Je prie que, par la puissance de l’Esprit, chacun d’entre vous se joigne à cette immense armée de saints, guéris et nés à la vie, qui a été révélée à Ézéchiel, a enrichi l’histoire humaine pour des générations innombrables et qui est récompensée dans l’autre vie.

Permettez-moi de conclure en adaptant l’un des plus puissants sermons de St Augustin, le plus brillant théologien du premier millénaire et évêque, il y a 1600 ans, de la petite ville d’Hippone en Afrique du Nord.
Je pense qu’au cours des cinq prochains jours de prière et de célébration, vos esprits seront élevés, comme c’est toujours le cas pour moi, dans l’enthousiasme de ces Journées Mondiales de la Jeunesse. Si Dieu le veut, nous serons tous heureux d’y avoir participé, en dépit du coût, des difficultés et de la distance parcourue. Pendant cette semaine, nous avons toutes les raisons de nous réjouir et de célébrer notre libération et le renouvellement de notre foi. Nous sommes appelés à ouvrir nos coeurs à la force de l’Esprit. À vous les plus jeunes, je vous donne un petit conseil : dans l’enthousiasme et l’excitation n’oubliez pas d’écouter et de prier !

Beaucoup d’entre vous ont fait tant de chemin que vous pensez peut-être être arrivés aux extrémités de la terre ! Si c’est le cas, tant mieux, car notre Seigneur a dit aux apôtres qu’ils seraient ses témoins à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre. Cette prophétie s’est réalisée dans le témoignage apporté par de nombreux missionnaires dans ce vaste continent austral et elle s’accomplit à nouveau par votre présence ici.

Ces journées vont passer trop vite et la semaine prochaine nous redescendrons sur terre. Pendant un temps, certains d’entre vous trouveront morose et décevant le monde réel de la famille et de la paroisse, du travail et des études.
Bientôt, trop vite, vous serez partis. Pour un court temps, nous sommes ici à Sydney au centre du monde catholique mais, la semaine prochaine, le Saint-Père rentrera à Rome, nous, habitants de Sydney, retourneront dans notre paroisse tandis que vous, pèlerins du monde, rentrerez chez vous dans des régions proches ou lointaines.
Autrement dit, la semaine prochaine, nous nous dirons au revoir. Mais lorsque nous nous quitterons après ces jours heureux, ne nous séparons pas de notre Dieu aimant et de son Fils Jésus Christ. Que Marie, Mère de Dieu, que nous invoquons pendant ces Journées Mondiales de la Jeunesse sous le titre de Notre Dame de la Croix du Sud, nous fortifie dans cette résolution.

Je prie donc. Viens, viens ô Souffle de Dieu, des quatre vents, de toutes les nations et peuples de la terre et répands tes bénédictions sur cette grande terre australe de l’Esprit Saint.
Donne-nous la force également d’être une nouvelle magnifique et immense armée d’humbles serviteurs et de fidèles témoins.

Nous adressons cette prière à Dieu notre Père au nom du Christ, Son Fils. Amen. Amen.

Homélie du Saint Père à Randwick [JMJ 2008]

Dimanche 12 octobre 2008

Aujourd’hui nous vous proposons le texte de l’homélie du Saint Père à Randwick. 

Bonne lecture  et

Bon dimanche !

Les GA.

Homélie du Saint Père à Randwick


Chers amis,
« Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous » (Actes 1,8). Nous avons vu cette promesse s’accomplir ! Le jour de la Pentecôte, comme nous l’entendions dans la première lecture, le Seigneur ressuscité, assis à la droite du Père, envoya l’Esprit sur les disciples réunis dans la chambre haute. Avec la force de cet Esprit, Pierre et les apôtres partirent annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la Terre. À travers les âges, dans toutes les langues, l’Église dans le monde entier continue à proclamer les merveilles de Dieu et à appeler tous les peuples et nations à la foi, à l’espérance et à une vie nouvelle dans le Christ.
Je suis venu en ces jours, en tant que successeur de Saint Pierre, dans ce magnifique pays qu’est l’Australie. Je suis venu, mes jeunes frères et sœurs, pour vous conforter dans votre foi et pour vous encourager à ouvrir votre cœur à la force de l’Esprit du Christ et à la richesse de ses dons. Je prie que cette belle assemblée, qui unit des jeunes « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (cf. Actes 2,5), soit une nouvelle chambre haute. Puisse le feu de l’Amour de Dieu descendre remplir votre cœur, vous unisse toujours plus étroitement au Seigneur et à son Église, et vous envoie de l’avant, nouvelle génération d’apôtres, pour mener le monde à Dieu.
« Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous ». Ces mots du Seigneur ressuscité prennent un sens particulier pour les jeunes qui vont être confirmés, marqués du don de l’Esprit Saint, à la messe d’aujourd’hui. Mais ils sont également adressés à chacun d’entre nous – à tous ceux qui ont reçu, dans le baptême, le don de l’Esprit de la réconciliation et d’une vie nouvelle, qui l’ont accueilli dans leur cœur le jour de leur confirmation comme leur soutien et leur guide, et qui grandissent chaque jour dans ses dons de grâce par la Sainte Eucharistie. À chaque messe en effet, le Saint Esprit descend à nouveau, invoqué par la prière solennelle de l’Église, non seulement pour transformer nos offrandes du pain et du vin en corps et sang du Seigneur, mais aussi pour transformer nos vies, pour faire de nous, par sa force, « un seul corps, un seul esprit dans le Christ ».
Mais quelle est cette « force » de l’Esprit Saint ? C’est la force de la vie divine ! C’est la force de ce même esprit qui plana sur les eaux à l’aube de la création et qui, quand vint la plénitude des temps, ressuscita Jésus des morts. C’est la force qui nous montre, à nous et à notre monde, la venue du Royaume de Dieu. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus déclare qu’un nouvel âge a commencé, dans lequel l’Esprit Saint sera déversé sur toute l’humanité. (cf. Luc 4:21). Il est venu lui-même parmi nous pour nous donner cet Esprit. Comme la source de notre vie nouvelle dans le Christ, le Saint Esprit est aussi, d’une manière très réelle, l’âme de l’Église, l’Amour qui nous unit au Seigneur et les uns avec les autres, et la lumière qui nous ouvre les yeux pour voir tout autour de nous les merveilles de la grâce de Dieu.
Ici en Australie, cette grande « terre australe du Saint Esprit », nous avons tous eu une expérience inoubliable de la présence et de la force de l’Esprit dans la beauté de la nature. Nos yeux ont été ouverts pour voir le monde qui nous entoure tel qu’il est réellement : « chargé » comme dit le poète « de la grandeur de Dieu », rempli de la gloire de son amour créateur. Ici aussi, dans cette grande assemblée de jeunes chrétiens du monde entier, nous avons eu une expérience intense de la présence et de la force du Saint-Esprit dans la vie de l’Église. Nous avons vu l’Église telle qu’elle est réellement : le Corps du Christ, une communauté d’amour vivante, embrassant des gens de toutes races, pays et langues, de tous temps et de tous lieux, dans l’unité née de notre foi dans le Christ ressuscité.
La force de l’Esprit ne cesse jamais de remplir l’Église de vie ! Par la grâce des sacrements de l’Église, cette force circule au plus profond de notre être, comme une rivière souterraine qui nourrit notre esprit et nous attire toujours plus près de la source de la vraie vie : le Christ. Saint Ignace d’Antioche, qui est mort martyr à Rome au début du second siècle, nous a laissé une splendide description de la force de l’Esprit demeurant en nous. Il parlait de l’Esprit comme d’une fontaine d’eau vive jaillissant dans son cœur et murmurant : « viens, viens vers le Père » (cf. Ad Rom., 6,1-9).
Cependant, cette force, la grâce de l’Esprit, n’est pas quelque chose que nous pouvons mériter ou atteindre, mais que nous pouvons seulement recevoir comme un don. L’amour de Dieu ne peut déployer sa force que lorsque nous le laissons nous convertir de l’intérieur. Nous devons le laisser pénétrer l’épaisse carapace de notre indifférence, de notre lassitude spirituelle, de notre conformité aveugle à l’esprit de notre temps. Alors seulement, pouvons-nous laisser cet amour enflammer notre imagination et modeler nos aspirations les plus profondes. C’est pourquoi la prière est si importante : la prière quotidienne, la prière personnelle dans le secret de nos cœurs et devant le Saint Sacrement, et la prière liturgique au cœur de l’Église. La prière est pure réceptivité à la grâce de Dieu, amour en action, communion avec l’Esprit qui demeure en nous, nous conduisant, par Jésus, vers notre Père céleste. Par la force de son Esprit, Jésus est toujours présent dans nos cœurs, attendant calmement que nous fassions silence, que nous entendions sa voix, que nous trouvions notre réconfort dans son amour, que nous recevions sa « force venue d’en haut », qui nous permettra de devenir le sel et la lumière de notre monde.
À son Ascension, le Seigneur ressuscité dit à ses disciples : « Vous serez mes témoins … jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8). Ici, en Australie, remercions le Seigneur pour le don de la foi, qui est descendu sur nous comme un trésor transmis de génération en génération dans la communion de l’Église. Ici, en Océanie, rendons grâce d’une manière particulière pour tous ces missionnaires héroïques, prêtres et religieux dévoués, parents et grands-parents chrétiens, enseignants et catéchistes qui édifièrent l’Église sur ces terres – des témoins comme Mary Mac Killop, Saint Pierre Chanel, Bienheureux Pierre To Rot et tant d’autres ! La force de l’Esprit, révélée dans leur vie, est toujours à l’œuvre dans les bonnes choses qu’ils ont laissées derrière eux, dans la société qu’ils ont modelée et qui vous est confiée.
Chers jeunes, laissez-moi maintenant vous poser une question. Et vous, qu’allez-vous laisser à la prochaine génération ? Bâtissez-vous votre vie sur des fondations solides, construisez-vous quelque chose qui perdurera ? Vivez-vous votre vie de manière à laisser la place à l’Esprit au milieu d’un monde qui veut oublier Dieu, voire le rejeter au nom d’une fausse conception de la liberté ? Comment utilisez-vous les dons que vous avez reçus, la « force » que l’Esprit Saint s’apprête à libérer en vous ? Quel héritage allez-vous transmettre à la jeune génération à venir ? Quelle différence allez-vous faire ?
La force de l’Esprit Saint ne fait pas que nous éclairer et nous consoler. Elle nous indique aussi le futur, la venue du Royaume de Dieu. Quelle magnifique vision d’une humanité rachetée et renouvelée pouvons-nous voir dans le nouvel âge promis par l’Évangile d’aujourd’hui ! Saint Luc nous dit que Jésus-Christ est l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu, le Messie qui possède pleinement l’Esprit-Saint afin de le répandre sur tous les hommes. L’effusion de l’Esprit du Christ sur l’humanité est une promesse d’espérance et de délivrance de tout ce qui nous appauvrit. Elle rend aux aveugles la vue ; libère les opprimés, et crée l’unité dans et à travers la diversité (cf. Luc 4,18-19; Is 61,1-2). Cette force peut créer un monde nouveau : elle peut « renouveler la face de la terre » (cf. Ps 104,30) !
Ayant reçu la force de l’Esprit, et s’appuyant sur la riche vision de la foi, une nouvelle génération de chrétiens est appelée à construire un monde dans lequel le don de la vie de Dieu est accueilli, respecté et chéri – et non rejeté, craint comme une menace et détruit. Un nouvel âge dans lequel l’amour n’est pas cupide ni égoïste, mais pur, fidèle et authentiquement libre, ouvert aux autres, respectueux de leur dignité, cherchant leur bien, rayonnant de joie et de beauté. Un nouvel âge dans lequel l’espérance nous libère de la superficialité, de l’apathie et de l’égocentrisme qui affaiblissent nos âmes et empoisonnent nos relations. Chers jeunes amis, le Seigneur vous demande d’être les prophètes de ce nouvel âge, les messagers de son amour, attirant les hommes vers le Père et construisant un futur rempli d’espérance pour l’humanité entière.
Le monde a besoin de ce renouveau ! Dans tant de nos sociétés, parallèlement à la prospérité matérielle, se répand le désert spirituel : un vide intérieur, une peur indéfinissable, un sentiment caché de désespoir. Combien de nos contemporains se sont creusé des citernes lézardées et vides (cf. Jr 2:13) dans leur quête désespérée de sens – le sens ultime que seul l’amour peut donner ? C’est le grand don libérateur que nous apporte l’Évangile : il révèle notre dignité d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance. Il révèle la sublime vocation de l’humanité : trouver la plénitude dans l’amour. Il révèle la vérité sur l’homme et la vérité sur la vie.
L’Église aussi a besoin de ce renouveau ! Elle a besoin de votre foi, de votre idéalisme et de votre générosité afin de pouvoir rester jeune dans l’Esprit (cf. Lumen Gentium, 4) ! Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, Paul nous rappelle que tout chrétien a reçu un don destiné à construire le Corps du Christ. L’Église a tout particulièrement besoin des dons des jeunes, de tous les jeunes. Elle a besoin de grandir dans la force de L’Esprit qui, aujourd’hui encore, donne de la joie à votre jeunesse et vous inspire à servir le Seigneur avec joie. Ouvrez vos cœurs à cette force ! Je lance cet appel d’une manière particulière à ceux d’entre vous que le Seigneur appelle à la prêtrise et à la vie consacrée. N’ayez pas peur de dire « oui » à Jésus, de trouver votre bonheur en faisant sa volonté, en vous donnant complètement pour parvenir à la sainteté, et en mettant tout vos talents aux services des autres !
Dans quelques instants, nous célébrerons le sacrement de Confirmation. L’Esprit Saint descendra sur les confirmands ; ils seront « scellés » par le don de l’Esprit et envoyés pour être les témoins du Christ. Que signifie recevoir le « sceau » de l’Esprit Saint ? Cela signifie être marqué de manière indélébile, transformé de manière inaltérable, être une nouvelle création. Pour ceux qui ont reçu ce don, rien ne sera comme avant ! Être « baptisé » en un seul Esprit (cf. 1 Co 12,13) signifie être embrasé de l’amour de Dieu. Être « abreuvé » de l’Esprit signifie être rafraîchi par la beauté du plan de Dieu pour nous et pour le monde, et devenir à notre tour une source de rafraîchissement spirituel pour les autres. Être « scellé de l’Esprit » signifie ne pas avoir peur de défendre le Christ, laissant la vérité de l’Évangile imprégner notre manière de voir, de penser et d’agir, tandis que nous œuvrons pour le triomphe de la civilisation de l’amour.
Alors que nous prions pour les confirmands, demandons que la force du Saint-Esprit ravive la grâce de notre propre confirmation. Qu’il répande ses dons en abondance sur vous qui êtes ici présents, sur la ville de Sydney, sur cette terre australienne et sur tout son peuple ! Que chacun d’entre nous soit renouvelé dans l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété, l’esprit d’admiration et de crainte face à la présence de Dieu !
Par l’intercession aimante de Marie, Mère de l’Eglise, que ces vingt-troisièmes Journées Mondiales de la Jeunesse soient vécues comme une nouvelle chambre haute, depuis laquelle, chacun d’entre nous, brûlant du feu et de l’amour de l’Esprit Saint, se mette en route pour proclamer le Christ ressuscité et attirer tous les cœurs à lui ! Amen.

Angélus à Randwick – JMJ 2008

Dimanche 28 septembre 2008

 

  Ce dimanche, je vous propose le texte de Benoît XVI, lors de l’Angélus à Randwick.

Bonne lecture !

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Saluto di cuore i giovani di lingua italiana, ed estendo il mio affettuoso pensiero a quanti sono originari dell’Italia e vivono in Australia. Al termine di questa straordinaria esperienza di Chiesa, che ci ha fatto vivere una rinnovata Pentecoste, tornate a casa rinvigoriti dalla forza dello Spirito Santo. Siate testimoni di Cristo risorto, speranza dei giovani e dell’intera famiglia umana!

Chers jeunes francophones, l’Esprit Saint est la source du message de Jésus-Christ et de son action salvifique. Il parle au cœur de chacun le langage qu’il comprend. La diversité des dons de l’Esprit vous fait comprendre la richesse de grâces qui est en Dieu. Puissiez-vous vous ouvrir à son souffle ! Puissiez-vous permettre son action en vous et autour de vous ! Vous vivrez ainsi en Dieu et vous témoignerez que le Christ est le Sauveur que le monde espère.

Auch euch, liebe junge Freunde deutscher Sprache, gilt mein herzlicher Gruß. Der Heilige Geist ist ein Geist der Gemeinschaft und wirkt Verständigung und Kommunikation. Sprecht mit anderen über eure Hoffnungen und Ideale, und sprecht von Gott und mit Gott! Glücklich ist der Mensch, der in der Liebe Gottes und in der Liebe zum Nächsten lebt. Gottes Geist führe euch auf Wegen des Friedens!

Queridos jóvenes, en Cristo se cumplen todas las promesas de salvación verdadera para la humanidad. Él tiene para cada uno de vosotros un proyecto de amor en el que se encuentra el sentido y la plenitud de la vida, y espera de todos vosotros que hagáis fructificar los dones que os ha dado, siendo sus testigos de palabra y con el propio ejemplo. No lo defraudéis.

Amados jovens de língua portuguesa, queridos amigos em Cristo! Sabeis que Jesus não vos quer sozinhos; disse Ele: «Eu rogarei ao Pai e Ele vos dará outro Consolador para estar convosco para sempre, o Espírito da verdade (…) que vós conheceis, porque habita convosco e está em vós» (Jo 14, 16-17). É verdade! Sobre vós desceu uma língua de fogo do Pentecostes: é a vossa marca de cristãos. Mas não foi para a guardardes só para vós, porque «a manifestação do Espírito é dada a cada um para proveito comum» (1 Cor 12, 7). Levai este Fogo santo a todos os cantos da terra. Nada e ninguém O poderá apagar, porque desceu do céu. Tal é a vossa força, caros jovens amigos! Por isso, vivei do Espírito e para o Espírito!

Mes biens chers jeunes,
Dans la belle prière que nous sommes sur le point de réciter, nous méditons sur Marie jeune femme quand elle reçut l’appel de Dieu à Lui consacrer sa vie d’une manière très particulière, d’une manière qui allait impliquer le don généreux d’elle-même, de sa féminité, de sa maternité. Imaginez ce qu’elle dût ressentir. Elle fut remplie d’appréhension, complètement bouleversée par la perspective offerte à elle.

L’ange comprit son anxiété et chercha immédiatement à la rassurer. « Sois sans crainte, Marie ; […] L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre […] » (Luc 1,30 ; 35). C’est l’Esprit qui lui donna la force et le courage de répondre à l’appel de Dieu. C’est l’Esprit qui l’aida à comprendre le grand mystère qui allait s’accomplir par elle. C’est l’Esprit qui l’enveloppa de son amour et lui permis de concevoir le Fils de Dieu en son sein.

Cet épisode constitue sans doute un pivot dans l’histoire de la relation de Dieu avec son peuple. Tout au long de l’Ancien Testament, Dieu se révéla partiellement, graduellement, comme nous le faisons tous dans nos relations personnelles. Cela prend du temps d’apprendre à connaître et à aimer une autre personne. Cela prit du temps au peuple élu d’approfondir sa relation avec Dieu. L’Alliance avec Israël fut comme un long temps de fiançailles. Puis vint le moment définitif, le moment du mariage, l’établissement d’une nouvelle alliance éternelle. À cet instant, Marie debout devant le Seigneur représentait toute l’humanité. Dans le message de l’ange, c’était comme si Dieu demandait en mariage la race humaine. Et en notre nom, Marie dit oui.

Dans les contes de fées, l’histoire se termine là et tous « vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Dans la réalité, ce n’est pas si simple. Pour Marie, nombreuses furent les difficultés qui l’attendaient comme conséquence de son « oui » donné au Seigneur. Siméon prophétisa qu’une épée transpercerait son cœur. Quand Jésus avait douze ans, elle vécut le pire cauchemar que des parents puissent vivre lorsque son enfant resta introuvable pendant trois jours. Et après sa vie publique, elle souffrit l’agonie d’être témoin de sa crucifixion et de sa mort. Dans les épreuves, elle resta fidèle à sa promesse, soutenue par l’Esprit de courage. Et elle fut glorieusement récompensée.

Chers jeunes, nous aussi devons rester fidèles au « oui » que nous avons donné en répondant à l’offre d’amitié du Seigneur. Nous savons qu’Il ne nous abandonnera jamais. Nous savons qu’Il nous soutiendra toujours par les dons de l’Esprit. Marie accepta la demande du Seigneur en notre nom. Tournons-nous donc vers elle et demandons-lui de nous guider quand nous luttons pour rester fidèles à la relation vitale que Dieu a établie avec chacun de nous. Elle est notre exemple et notre inspiration, elle intercède pour nous auprès de son Fils et, de son amour maternel, elle nous protège du mal.

Veillée à Randwick – JMJ 2008

Dimanche 21 septembre 2008

     Comme chaque dimanche, je vous propose un texte de Benoît XVI, adressé plus particulièrement aux jeunes, puisqu’il s’agit de l’homélie de la veillée de Randwick.

Bonne lecture !

Homélie de Benoît XVI pour la veillée à Randwick.

Chers jeunes,
Une fois de plus ce soir, nous avons entendu la grande promesse du Christ – « vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous ». Et nous avons entendu son appel – « soyez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » – (Actes 1,8). Ce sont les tout derniers mots de Jésus avant son Ascension au ciel. Nous ne pouvons qu’imaginer ce que ressentirent alors les disciples en les entendant. Mais nous savons que leur grand amour pour Jésus et leur confiance dans ses paroles les inspirèrent à se réunir et à attendre ; à attendre non pas sans raison, mais ensemble, unis dans la prière, dans la chambre haute, avec les femmes et Marie (cf. Actes 1,14). Ce soir, nous faisons de même. Rassemblés devant la Croix qui a parcouru le monde et l’icône de Marie, et sous la magnifique constellation de la Croix du Sud, nous prions. Ce soir, je prie pour vous et les jeunes du monde entier. Soyez inspirés par l’exemple de vos Patrons ! Acceptez dans le cœur et l’esprit les sept dons de l’Esprit Saint ! Reconnaissez et croyez en la force de l’Esprit dans votre vie !

Jeudi, nous évoquions l’unité et l’harmonie de la création de Dieu et notre place au sein de cette création. Nous rappelions comment, dans le don du baptême, nous, qui sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, sommes renés à la vie, que nous sommes devenus les enfants adoptifs de Dieu, une nouvelle création. C’est donc en enfants de la lumière du Christ, symbolisée par la flamme des bougies que vous tenez, que nous témoignons dans notre monde du rayonnement que les ténèbres ne peuvent vaincre (cf. Jn 1:5).

Ce soir, nous tournons notre attention sur comment devenir des témoins. Nous devons pour cela comprendre la personne de l’Esprit Saint et sa présence vivifiante dans notre vie. Ce n’est pas quelque chose de facile à saisir. En effet, la variété des images utilisées dans les Écritures pour faire référence à l’Esprit – vent, feu, souffle – indique notre difficulté à en formuler un entendement. Cependant, nous savons que c’est l’Esprit Saint qui, bien que silencieux et invisible, donne la direction et la définition de notre témoignage de Jésus Christ.

Vous êtes déjà bien conscients du fait que notre témoignage chrétien est offert à un monde fragile sous bien des aspects. L’unité de la création de Dieu est affaiblie par des blessures qui sont particulièrement profondes lorsque les rapports sociaux se disjoignent ou que l’esprit humain est écrasé dans l’exploitation et l’abus de la personne. La société d’aujourd’hui subit un processus de fragmentation à cause d’un mode de pensée qui, par essence, ne voit pas loin parce qu’il ne tient pas compte de l’horizon entier de la vérité, la vérité sur Dieu et sur nous. Par nature, le relativisme ne parvient pas à voir tout le tableau. Il ignore les principes même qui nous permettent de vivre et de croître dans l’unité, l’ordre et l’harmonie.

Quelle est notre réponse, en tant que témoins chrétiens, à un monde divisé et fragmenté ? Comment peut-on offrir l’espérance de la paix, de la guérison et de l’harmonie à ces “stations” de conflit, de souffrance et de tension que vous avez décidé de traverser avec cette Croix des Journées Mondiales de la Jeunesse ? L’unité et la réconciliation ne peuvent pas être obtenues par nos seuls efforts. Dieu nous a faits l’un pour l’autre (cf. Ge 2,24) et c’est seulement en Dieu et dans son Église que nous pouvons trouver l’unité que nous cherchons. Pourtant, face aux imperfections et aux déceptions, à la fois personnelles et institutionnelles, nous sommes parfois tentés de construire artificiellement une communauté « parfaite ». Cette tentation n’est pas nouvelle. L’histoire de l’Église offre de nombreux exemples de tentatives pour contourner ou outrepasser les faiblesses ou échecs humains afin de créer une unité parfaite, une utopie spirituelle.

En réalité de telles tentatives de construire l’unité l’infirment. Séparer l’Esprit Saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait l’unité de la communauté chrétienne, qui est précisément le don de l’Esprit ! Cela trahirait la nature de l’Église comme temple vivant du Saint Esprit (cf. 1 Co 3,16). C’est l’Esprit en réalité qui guide l’Église sur la voie de la pleine vérité et qui l’unifie dans la communion et les œuvres du ministère (cf. Lumen Gentium, 4). Malheureusement, la tentation de « faire cavalier seul » persiste. Certaines personnes aujourd’hui parlent de leur communauté locale comme quelque peu séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme flexible et ouverte à l’Esprit et de la dernière comme rigide et privée de l’Esprit.

L’unité appartient à l’essence de l’Église (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 813); c’est un don que nous devons reconnaître et chérir. Prions ce soir pour la décision de cultiver l’unité : contribuez-y ! Résistez à toute tentation de vous en éloigner ! Car c’est précisément l’ampleur, la vaste vision de notre foi – à la fois solide et ouverte, cohérente et dynamique, vraie et toutefois toujours porteuse d’une connaissance plus approfondie – que nous pouvons offrir à notre monde. Chers jeunes, n’est-ce pas à cause de votre foi que vos amis en difficulté ou cherchant un sens à leur vie s’adressent à vous ? Soyez vigilants ! Écoutez ! Dans les dissonances et les divisions de notre monde, pouvez-vous entendre la voix concordante de l’humanité ? De l’enfant abandonné du Darfour, de l’adolescent délinquant, du parent anxieux, voire du plus profond de votre cœur, émerge le même cri humain qui aspire à la reconnaissance, à l’appartenance, à l’unité. Qui comble le désir humain fondamental d’être un, d’être immergé dans la communion, d’être édifié, d’être conduit à la vérité ? L’Esprit Saint ! C’est le rôle de l’Esprit : apporter l’accomplissement à l’action du Christ. Riches des dons de l’Esprit, vous aurez la force d’aller au-delà du partiel, de l’utopie vide, du fugace, pour offrir la cohérence et la certitude du témoignage chrétien !

Mes amis, lorsque nous récitons le Crédo, nous affirmons : « Nous croyons en l’Esprit Saint, le Seigneur qui donne la vie ». L’ « Esprit créateur » est la force de Dieu qui donne la vie à toute la création et la source d’une vie nouvelle en abondance dans le Christ. L’Esprit maintient l’Église unie au Seigneur et fidèle à la tradition apostolique. Il inspira les Saintes Écritures et il guide le peuple de Dieu à la plénitude de la vérité (cf. Jn 16,13). Dans tous ces cas, l’Esprit est celui « qui donne la vie », qui nous conduit au cœur même de Dieu. Par conséquent, plus nous laissons l’Esprit nous diriger, plus parfaite sera notre configuration au Christ et plus profonde notre immersion dans la vie du Dieu trinitaire.
Cette participation à la nature même de Dieu (cf. 2 P 1,4) survient dans le quotidien de notre vie, dans laquelle il est toujours présent (cf. Ba 3,38). Il y a des moments, cependant, où nous pouvons être tentés de chercher une certaine satisfaction en dehors de Dieu. Jésus lui-même demanda aux Douze : « Voulez-vous partir vous aussi ? ». Un tel écart offre peut-être l’illusion de la liberté. Mais où cela mène-t-il ? À qui aurions-nous ? Car nous savons au fond de notre cœur que seul le Seigneur a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,67-68). Se détourner de lui n’est qu’une tentative futile pour échapper à nous-mêmes (cf. Saint Augustin, Confessions VIII, 7). Dieu est avec nous dans la réalité de la vie et non pas dans le fantasme ! Affronter la réalité et non la fuir, c’est cela que nous recherchons ! Ainsi l’Esprit Saint, doucement mais sûrement, nous réoriente vers ce qui est réel, ce qui dure, ce qui est vrai. C’est l’Esprit qui nous ramène dans la communion de la Sainte Trinité !

Le Saint Esprit est sous plusieurs aspects la Personne délaissée de la Sainte Trinité. Une claire compréhension de l’Esprit semble presque hors de notre portée. Lorsque j’étais un petit garçon, mes parents, comme les vôtres, m’ont enseigné le Signe de Croix. J’ai donc vite fini par réaliser qu’il y a une Dieu unique en trois Personnes et que la Trinité est au cœur de la foi et de la vie chrétienne. En grandissant et approfondissant ma connaissance de Dieu le Père et le Fils – dont les noms signifiaient déjà beaucoup – ma connaissance de la troisième personne de la Trinité restait incomplète. Par conséquent, comme jeune prêtre enseignant la théologie, j’ai décidé d’étudier les témoins remarquables de l’Esprit dans l’histoire de l’Église. C’est sur ce chemin que je me suis retrouvé à lire entre autres le grand St Augustin.

Sa compréhension de l’Esprit Saint se développa progressivement ; ce fut un combat. Jeune homme, il avait été un disciple du manichéisme, l’une des tentatives mentionnées précédemment de créer une utopie spirituelle en séparant de manière radicale les choses de l’esprit et celles de la chair. C’est pour cette raison qu’il se méfia au début de l’enseignement chrétien sur l’incarnation de Dieu. Pourtant, son expérience de l’amour de Dieu présent dans l’Église l’amena à faire des recherches sur la source de l’amour dans la vie du Dieu trinitaire. Ceci l’amena à trois conclusions sur l’Esprit Saint comme le véhicule de l’unité au sein de la Sainte Trinité : unité comme communion, unité comme amour durable, et unité comme action de donner et don. Ces trois points ne sont pas seulement théoriques. Ils contribuent à expliquer comme agit l’Esprit. Dans un monde où les individus comme les communautés souffrent souvent d’une absence d’unité ou de cohésion, ces points nous aident à rester à l’écoute de l’Esprit et à élargir et clarifier la portée de notre témoignage.

Donc, avec l’aide d’Augustin, cherchons à illustrer l’action du Saint-Esprit. Il remarqua que les deux mots « Saint » et « Esprit » renvoient à ce qui appartient à la nature divine, en d’autres termes ce qui est partagé par le Père et le Fils – leur communion. Par conséquent, si la caractéristique propre à l’Esprit Saint est d’être ce qui est partagé entre le Père et le Fils, Augustin en conclut que la qualité particulière de l’Esprit Saint est l’unité. C’est l’unité d’une communion vécue : une unité de personnes dans une relation de don permanent, le Père et le Fils se donnant l’un à l’autre. Nous commençons à apercevoir, je pense, combien est éclairante la compréhension de l’Esprit Saint comme unité, comme communion. La vraie unité ne pourrait jamais être fondée sur des relations niant l’égale dignité des autres personnes. L’unité n’est pas non plus la somme des groupes par lesquels nous sommes parfois tentés de nous définir. En réalité, c’est seulement dans la vie de communion que l’unité se maintient et que l’identité humaine se réalise pleinement : nous reconnaissons le besoin commun de Dieu, nous répondons à la présence unificatrice du Saint Esprit, et nous nous donnons l’un à l’autre dans le service.

Le deuxième point d’Augustin – c’est-à dire l’Esprit Saint comme amour perpétuel –vient de son étude de la première lettre de Saint Jean. Jean mous dit que « Dieu est amour » (1 Jn 4,16). Augustin suggère que, si ces mots renvoient à la Trinité comme un tout, ils expriment toutefois une caractéristique particulière du Saint-Esprit. En réfléchissant sur la nature durable de l’amour – « Celui qui demeure dans l’Amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » (ibid.) – il se demanda : est-ce l’Amour ou l’Esprit Saint qui garantit le don durable ? Et voici la conclusion à laquelle il parvint : « Ainsi l’Esprit Saint, que Dieu nous a donné, fait que nous demeurons en Dieu et Dieu en nous. Or c’est là l’effet de l’Amour. » (De Trinitate, 15.17.31). C’est une belle explication : Dieu se partage comme amour dans l’Esprit Saint. Quoi d’autre pouvons-nous savoir sur la base de cette conclusion ? L’amour est le signe de la présence de l’Esprit Saint ! Les idées ou les voix qui manquent d’amour – même si elles paraissent sophistiquées ou savantes – ne peuvent pas être « de l’Esprit ». En outre, l’Amour a un trait particulier : loin d’être indulgent ou inconstant, il a une tâche ou un but à accomplir : demeurer. Par sa nature, l’Amour ne passe pas. Encore une fois, chers amis, nous avons un autre aperçu sur combien l’Esprit Saint donne à notre monde : l’amour qui chasse le doute ; l’amour qui vainc la peur de la trahison ; l’amour qui porte l’éternité en lui ; la vérité qui nous attire dans une unité qui dure.

Le troisième point – le Saint Esprit comme don – Augustin la tire d’une méditation d’un passage de l’Évangile que nous connaissons tous et aimons : la conversation de Jésus avec la samaritaine au puits. Dans ce passage, Jésus se révèle comme la source d’eau vive (cf. Jn 4,10), qui est plus tard définie comme le Saint-Esprit (cf. Jn 7,39; 1 Co 12,13). L’Esprit est un « don de Dieu » (Jn 4,10) – la source intérieure (cf. Jn 4,14), qui comble notre plus profonde soif et nous guide vers le Père. De cette observation, Augustin conclut que Dieu qui se partage avec nous comme un don est le Saint-Esprit (cf. De Trinitate, 15, 18, 32). Mes amis, nous obtenons encore une fois un aperçu de la Trinité à l’œuvre : l’Esprit Saint est Dieu se donnant éternellement; comme une source intarissable qui ne jaillit de rien moins que Lui-même. Connaissant ce don éternel, nous en venons à voir les limitations de tout ce qui périt, la folie de la mentalité consumériste. Nous commençons à comprendre pourquoi la quête de nouveauté nous laisse insatisfaits et désireux de quelque chose de plus. Ne sommes-nous pas à la recherche d’un don éternel ? D’une source qui ne s’assèchera jamais ? Avec la samaritaine, exclamons nous : Donne moi de cette eau afin que je n’aie plus jamais soif ! (cf. Jn 4,15).
Chers jeunes, nous avons vu que c’est le Saint Esprit qui réalise la magnifique communion des croyants en Jésus-Christ. Parce qu’il est à la fois le don et celui qui donne, il est actuellement à l’œuvre en vous. Inspirés par les intuitions de Saint Augustin laissez l’amour unificateur être votre mesure, l’amour qui dure votre défi, et l’amour oblatif votre mission !

Demain, ce même don de l’Esprit va être solennellement donné aux confirmands. Je dirai alors cette prière : « donne leur en plénitude l’Esprit qui reposait sur ton fils Jésus, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de crainte de dieu… et remplis-les de l’esprit d’adoration. » Ces dons de l’Esprit Saint –chacun d’eux étant, comme nous le rappelait Saint François de Salle, une manière de participer à l’amour unique de Dieu –ne sont ni des prix ni des récompenses. Ils sont donnés gratuitement (cf. 1 Co 12,11). Et ils exigent seulement une réponse de la part de celui qui les reçoit : j’accepte ! Nous percevons ici quelque chose du mystère profond qu’est celui d’être chrétien. Ce qui constitue notre foi n’est pas d’abord ce que nous faisons mais ce que nous recevons. Après tout, nombre de personnes généreuses qui ne sont pas chrétiennes peuvent réaliser bien plus que nous. Chers amis, acceptez-vous d’être attirés dans la vie trinitaire de Dieu ? Acceptez-vous d’entrer dans sa communion d’amour ?

Les dons de l’Esprit qui agissent en nous donnent direction et définition à notre témoignage. Orientés vers l’unité, les dons de l’Esprit nous rapprochent du Corps tout entier du Christ (cf. Lumen Gentium, 11), nous donnant de meilleurs moyens de construire l’Église dans le but de servir le monde (cf. Ep 4,13). Ils nous appellent à une participation active et joyeuse à la vie de l’Église : en paroisses et dans les mouvements ecclésiaux, dans les cours d’éducation religieuse, dans les aumôneries universitaires et les autres organisations catholiques. Oui, l’Église doit grandir dans l’unité, doit s’affermir dans la sainteté, doit se rajeunir, se renouveler constamment (cf. Lumen Gentium, 4). Mais selon quels critères ? L’Esprit Saint ! Tournez-vous vers lui, chers jeunes, et vous trouverez le vrai sens du renouveau.

Ce soir, réunis sous la beauté du ciel étoilé, nos cœurs et nos esprits sont remplis de gratitude envers Dieu pour le merveilleux don de notre foi en la Trinité. Nous nous rappelons nos parents et grands-parents qui ont marché à nos côtés lorsqu’enfants, nous faisions nos premiers pas sur le chemin de la foi. Aujourd’hui, beaucoup d’années plus tard, vous êtes rassemblés comme jeunes adultes avec le successeur de Pierre. Je suis profondément heureux d’être avec vous. Invoquons l’Esprit Saint : il est l’artisan de l’œuvre de Dieu (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 741). Laissez ces dons vous modeler. De même que l’Église partage le même voyage que toute l’humanité, vous êtes également appelés à exercer les dons du Saint Esprit à travers les hauts et les bas de votre vie quotidienne. Laissez votre foi mûrir grâce à vos études, votre travail, le sport, la musique et l’art. Qu’elle soit soutenue par la prière et par les sacrements et soit ainsi une source d’inspiration et d’aide pour ceux qui vous entourent. En définitive, la vie ne se résume pas à accumuler ; il s’agit bien plus que d’avoir du succès. Être réellement vivants, c’est être transformés de l’intérieur, ouverts à la force de l’amour de Dieu. En acceptant la force du Saint Esprit vous pouvez à votre tour transformer votre famille, votre communauté, et votre pays. Libérez ces dons ! Laissez la sagesse, l’intelligence, la force, la science et la piété être le signe de votre grandeur !

Chers jeunes de langue française, vous êtes venus prier ce soir l’Esprit-Saint. Sa présence silencieuse en votre cœur vous fera comprendre peu à peu le dessein de Dieu sur vous. Puisse-t-Il vous accompagner dans votre vie quotidienne et vous conduire vers une meilleure connaissance de Dieu et de votre prochain! C’est Lui qui du plus profond de votre être vous pousse vers l’unique Vérité divine et vous fait vivre authentiquement en frères.

Message aux jeunes – JMJ 2008

Dimanche 14 septembre 2008

Message du Pape aux jeunes à l’occasion des JMJ de Sidney

Chers jeunes,

1. La XXIIIe Journée mondiale de la Jeunesse

Je me souviens toujours avec grande joie des différents moments que nous avons passés ensemble à Cologne en août 2005. À la fin de cette inoubliable manifestation de foi et d’enthousiasme, qui demeure gravée en mon esprit et en mon cœur, je vous ai donné rendez-vous pour la prochaine rencontre qui aura lieu à Sydney en 2008. Ce sera la XXIIIe Journée mondiale de la Jeunesse et elle aura pour thème: «Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins» (Ac 1, 8). Le fil conducteur de la préparation spirituelle pour le rendez-vous de Sydney est l’Esprit Saint et la mission. Si en 2006, nous nous sommes arrêtés pour méditer sur l’Esprit Saint comme Esprit de vérité, en 2007 nous avons cherché à découvrir plus profondément l’Esprit d’amour, pour nous acheminer ensuite vers la Journée mondiale de la Jeunesse de 2008, en réfléchissant sur l’Esprit de force et de témoignage, qui nous donne le courage de vivre l’Évangile et l’audace de le proclamer. Il est donc fondamental que chacun de vous les jeunes, dans sa communauté et avec ses éducateurs, puisse réfléchir sur le Protagoniste de l’histoire du salut qu’est l’Esprit Saint, ou Esprit de Jésus, pour parvenir aux buts élevés suivants: reconnaître la véritable identité de l’Esprit, d’abord en écoutant la Parole de Dieu dans la Révélation biblique; prendre conscience lucidement de sa présence continue, active, dans la vie de l’Église, en particulier en redécouvrant que l’Esprit Saint se présente comme “âme”, souffle vital de la vie chrétienne, grâce aux sacrements de l’initiation chrétienne – Baptême, Confirmation et Eucharistie; devenir ainsi capable de mûrir une compréhension de Jésus toujours plus approfondie et plus joyeuse, et en même temps de réaliser une mise en pratique efficace de l’Évangile à l’aube du troisième millénaire. Par ce message, je veux vous offrir une trame de méditation à approfondir durant cette année de préparation qui vous permettra de vérifier la qualité de votre foi dans l’Esprit Saint, de la retrouver si elle est perdue, de la fortifier si elle est affaiblie, de la goûter comme compagnie du Père et du Fils Jésus Christ, précisément grâce à l’action indispensable de l’Esprit Saint. N’oubliez jamais que l’Église, et même l’humanité qui vous entoure et qui vous attend dans l’avenir, compte beaucoup sur vous les jeunes, parce que vous avez en vous le don suprême du Père, l’Esprit de Jésus.

2. La promesse de l’Esprit Saint dans la Bible

L’écoute attentive de la Parole de Dieu en ce qui concerne le mystère et l’œuvre de l’Esprit Saint nous ouvre à de grandes et stimulantes connaissances, qui se résument dans les points suivants.

Peu avant son Ascension, Jésus dit à ses disciples: «Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis» (Lc 24, 49). Cela s’est réalisé le jour de la Pentecôte, lorsqu’ils étaient réunis en prière au Cénacle avec la Vierge Marie. L’effusion de l’Esprit Saint sur l’Église naissante fut l’accomplissement d’une promesse de Dieu beaucoup plus ancienne, annoncée et préparée tout au long de l’Ancien Testament.

En effet, dès les premières pages, la Bible évoque l’esprit de Dieu comme un souffle «qui planait au-dessus des eaux» (Gn 1, 2) et précise que Dieu insuffla dans les narines de l’homme un souffle de vie (cf. Gn 2, 7), lui donnant ainsi la vie elle-même. Après le péché originel, l’esprit vivifiant de Dieu se manifestera sous différentes formes dans l’histoire des hommes, suscitant des prophètes pour inciter le peuple élu à revenir vers Dieu et à observer fidèlement ses commandements. Dans la célèbre vision du prophète Ézéchiel, Dieu fait revivre par son esprit le peuple d’Israël, représenté par des «ossements desséchés» (cf. 37, 1-14). Joël prophétise une «effusion de l’esprit» sur tout le peuple, dont nul n’est exclu: «Après cela – écrit l’Auteur sacré –, je répandrai mon esprit sur toute créature… Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon esprit en ces jours-là» (3, 1-2).

À la «plénitude des temps» (cf. Ga 4, 4), l’ange du Seigneur annonce à la Vierge de Nazareth que l’Esprit Saint, «puissance du Très-Haut», descendra sur elle et la prendra sous son ombre. Celui qu’elle enfantera sera donc saint et appelé Fils de Dieu (cf. Lc 1, 35). Selon l’expression du prophète Isaïe, le Messie sera celui sur qui reposera l’Esprit du Seigneur (cf. 11, 1-2; 42, 1). C’est précisément cette prophétie que Jésus reprit au début de son ministère public, dans la synagogue de Nazareth: « L’Esprit du Seigneur – dit-il devant ses auditeurs étonnés – est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur» (Lc 4, 18-19; cf. Is 61, 1-2). S’adressant aux personnes présentes, il s’appliquera à lui-même ces paroles prophétiques en affirmant: «Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit» (Lc 4, 21). Et encore, avant sa mort sur la croix, il annoncera à plusieurs reprises à ses disciples la venue de l’Esprit Saint, le “Consolateur”, dont la mission sera de lui rendre témoignage, d’assister les croyants, de les enseigner et de les conduire vers la Vérité tout entière (cf. Jn 14, 16-17. 25-26; 15, 26; 16, 13).

3. La Pentecôte, point de départ de la mission de l’Église

Au soir de sa résurrection, apparaissant à ses disciples, Jésus «répandit sur eux son souffle et il leur dit: “Recevez l’Esprit Saint”» (Jn 20, 22). Avec encore plus de force, l’Esprit Saint descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte: «Soudain, il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent – lit-on dans les Actes des Apôtres – : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux» (2, 2-3).

L’Esprit Saint renouvela intérieurement les Apôtres, les revêtant d’une force qui leur donna l’audace d’annoncer sans peur: «Le Christ est mort et il est ressuscité!» Libérés de toute peur, ils commencèrent à parler avec assurance (cf. Ac 2, 29; 4, 13; 4, 29. 31). Ces pêcheurs craintifs de Galilée étaient devenus de courageux annonciateurs de l’Évangile. Même leurs ennemis ne comprenaient pas comment «des hommes quelconques et sans instruction» (Ac 4, 13) pouvaient faire preuve d’un tel courage et supporter avec joie les contrariétés, les souffrances et les persécutions. Rien ne pouvait les arrêter. À tous ceux qui cherchaient à les contraindre au silence, ils répondaient: «Quant à nous, il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu» (Ac 4,20). C’est ainsi qu’est née l’Église, qui, depuis le jour de la Pentecôte, n’a cessé de répandre la Bonne Nouvelle «jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8).

4. L’Esprit Saint, âme de l’Église et principe de communion

Mais pour comprendre la mission de l’Église, nous devons revenir au Cénacle où les disciples restèrent ensemble (cf. Lc 24, 49), priant avec Marie, la “Mère”, dans l’attente de l’Esprit promis. C’est de cette icône de l’Église naissante que toute communauté chrétienne doit en permanence s’inspirer. La fécondité apostolique et missionnaire n’est pas d’abord le résultat de méthodes et de programmes pastoraux savamment élaborés et “efficaces”, mais le fruit de l’incessante prière communautaire (cf. Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi, n. 75). En outre, l’efficacité de la mission présuppose que les communautés soient unies, à savoir qu’elles aient «un seul cœur et une seule âme» (Ac 4, 32), et qu’elles soient disposées à témoigner de l’amour et de la joie que l’Esprit Saint répand dans le cœur des fidèles (cf. Ac 2, 42). Le Serviteur de Dieu Jean-Paul II écrivait qu’avant même d’être une action, la mission de l’Église est un témoignage et un rayonnement (cf. Encycl. Redemptoris missio, n. 26). C’est ce qui se passait au début du christianisme, quand les païens, écrit Tertullien, se convertissaient en voyant l’amour qui régnait entre les chrétiens: «Voyez – disent-ils – comme ils s’aiment» (cf. Apologétique, n. 39 § 7).

En concluant ce rapide aperçu sur la Parole de Dieu dans la Bible, je vous invite à remarquer combien l’Esprit Saint est le don le plus grand que Dieu fait à l’homme, et donc le témoignage suprême de son amour pour nous, un amour qui s’exprime concrètement comme un «oui à la vie» que Dieu veut pour chacune de ses créatures. Ce «oui à la vie» prend sa forme la plus accomplie en Jésus de Nazareth et dans sa victoire sur le mal par la rédemption. À ce propos, n’oublions jamais que l’Évangile de Jésus, en raison même de l’Esprit, ne se réduit pas à une simple constatation, mais qu’il veut devenir «bonne nouvelle pour les pauvres, libération pour les prisonniers, retour à la vue pour les aveugles…». C’est ce qui s’est produit avec vigueur le jour de la Pentecôte, devenant pour l’Église une grâce et un devoir envers le monde, sa mission prioritaire.

Nous sommes les fruits de cette mission de l’Église par l’action de l’Esprit Saint. Nous portons en nous le sceau de l’amour du Père en Jésus Christ qu’est l’Esprit Saint. Ne l’oublions jamais, parce que l’Esprit du Seigneur se souvient toujours de chacun et qu’il veut, en particulier à travers vous les jeunes, susciter dans le monde le vent et le feu d’une nouvelle Pentecôte.

5 L’Esprit Saint, «Maître intérieur»

Chers jeunes, aujourd’hui encore l’Esprit Saint continue donc à agir avec puissance dans l’Église et ses fruits sont abondants dans la mesure où nous sommes disposés à nous ouvrir à sa force rénovatrice. C’est pourquoi il est important que chacun de nous Le connaisse, qu’il entre en relation avec Lui et qu’il se laisse guider par Lui. Mais à ce point, une question surgit naturellement: qui est l’Esprit Saint pour moi? Pour de nombreux chrétiens en effet, Il est encore le «grand inconnu». Voilà pourquoi, en nous préparant à la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse, j’ai voulu vous inviter à approfondir votre connaissance personnelle de l’Esprit Saint. Dans la profession de foi, nous proclamons: «Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils» (Symbole de Nicée-Constantinople). Oui, l’Esprit Saint, esprit d’amour du Père et du Fils, est Source de vie qui nous sanctifie, «puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5, 5). Cependant il ne suffit pas de le connaître; il faut L’accueillir comme le guide de nos âmes, comme le «Maître intérieur», qui nous introduit dans le Mystère trinitaire, parce que Lui seul peut nous ouvrir à la foi et nous permettre d’en vivre chaque jour en plénitude. C’est Lui qui nous pousse vers les autres, allumant en nous le feu de l’amour, et qui nous rend missionnaires de la charité de Dieu.

Je sais bien toute l’estime et tout l’amour envers Jésus que vous, les jeunes, vous portez dans votre cœur et combien vous désirez Le rencontrer et parler avec Lui. Rappelez-vous donc que c’est précisément la présence de l’Esprit en nous qui atteste, qui constitue et qui construit notre personne sur la Personne même de Jésus crucifié et ressuscité. Devenons donc familiers de l’Esprit Saint pour l’être aussi de Jésus.

6. Les Sacrements de la Confirmation et de l’Eucharistie

Alors, me direz-vous, comment nous laisser renouveler par l’Esprit Saint et comment grandir dans notre vie spirituelle? La réponse est, vous le savez, que cela est possible par les Sacrements, car la foi naît et se fortifie grâce aux Sacrements, en particulier ceux de l’initiation chrétienne: le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie, qui sont complémentaires et inséparables (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1285). Cette vérité sur les trois Sacrements qui sont à l’origine de notre être chrétien est sans doute négligée dans la vie de foi de nombreux chrétiens, pour lesquels ce sont des gestes accomplis dans le passé, sans incidence réelle sur le présent, comme des racines sans sève vitale. Il arrive qu’une fois la Confirmation reçue, des jeunes s’éloignent de la vie de foi. Il y a également des jeunes qui ne reçoivent même pas ce sacrement. C’est pourtant par les sacrements du Baptême, de la Confirmation et, de manière continuée, par l’Eucharistie, que l’Esprit Saint nous rend fils du Père, frères de Jésus, membres de son Église, capables de rendre un vrai témoignage envers l’Évangile, de goûter la joie de la foi.

Je vous invite donc à réfléchir sur ce que je vous écris. Il est particulièrement important aujourd’hui de redécouvrir le sacrement de la Confirmation et d’en retrouver la valeur pour notre croissance spirituelle. Que celui qui a reçu les sacrements du Baptême et de la Confirmation se souvienne qu’il est devenu «temple de l’Esprit»: Dieu habite en lui. Qu’il en soit toujours conscient et fasse en sorte que le trésor qui est en lui porte des fruits de sainteté. Que celui qui est baptisé, mais qui n’a pas encore reçu le sacrement de la Confirmation, se prépare à le recevoir en sachant qu’il deviendra ainsi un chrétien «accompli», parce que la Confirmation parfait la grâce baptismale (cf. CCC, nn. 1302-1304).

La Confirmation nous donne une force spéciale pour témoigner de Dieu et pour le glorifier par toute notre vie (cf. Rm 12, 1); elle nous rend intimement conscients de notre appartenance à l’Église, «Corps du Christ», dont nous sommes tous des membres vivants, solidaires les uns des autres (cf. 1 Co 12,12-25). Tout baptisé peut apporter sa contribution à l’édification de l’Église en se laissant guider par l’Esprit, grâce aux charismes qu’Il donne, car «chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien commun» (1 Co 12, 7). Et quand l’Esprit agit, il apporte dans l’âme ses fruits, qui sont «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi» (Ga 5, 22). À ceux d’entre vous qui n’ont pas encore reçu le sacrement de la Confirmation, j’adresse une invitation cordiale à se préparer à l’accueillir, en demandant l’aide de leurs prêtres. C’est une occasion de grâce toute particulière que le Seigneur vous offre: ne la laissez pas passer!

Je voudrais encore ajouter une parole sur l’Eucharistie. Pour croître dans la vie chrétienne, il est nécessaire de se nourrir du Corps et du Sang du Christ: en effet, nous sommes baptisés et confirmés en vue de l’Eucharistie (cf. CCC, 1322; Exhort. apost. Sacramentum caritatis, n. 17). «Source et sommet» de la vie ecclésiale, l’Eucharistie est une «Pentecôte perpétuelle», parce que chaque fois que nous célébrons la Messe, nous recevons l’Esprit Saint, qui nous unit plus profondément au Christ et qui nous transforme en Lui. Chers jeunes, si vous participez fréquemment à la célébration eucharistique, si vous prenez un peu de votre temps pour l’adoration du Saint-Sacrement, alors, de la Source de l’amour qu’est l’Eucharistie, vous sera donnée la joyeuse détermination à consacrer votre vie à la suite de l’Évangile. Vous ferez en même temps l’expérience que là où nous ne réussissons pas par nos propres forces, l’Esprit Saint vient nous transformer, nous remplir de sa force et faire de nous des témoins remplis de l’ardeur missionnaire du Christ ressuscité.

7. La nécessité et l’urgence de la mission

Bien des jeunes regardent leur vie avec appréhension et se posent de nombreuses questions sur leur avenir. Et ils se demandent avec préoccupation: comment nous insérer dans un monde marqué par des injustices et des souffrances nombreuses et graves? Comment réagir face à l’égoïsme et à la violence qui semblent parfois l’emporter? Comment donner tout son sens à la vie? Comment faire en sorte que les fruits de l’Esprit que nous avons rappelés précédemment, «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi» (n. 6), inondent notre monde blessé et fragile, le monde des jeunes en particulier? À quelles conditions l’Esprit vivifiant de la première création et surtout de la seconde création, ou rédemption, peut-il devenir l’âme nouvelle de l’humanité? N’oublions pas que plus le don de Dieu est grand – et celui de l’Esprit de Jésus est éminent – plus est grand le besoin du monde de le recevoir et donc grande et passionnante la mission de l’Église d’en donner un témoignage crédible. Et vous les jeunes, par la Journée mondiale de la Jeunesse, d’une certaine façon vous attestez votre volonté de participer à cette mission. À ce propos, il me tient à cœur de vous rappeler, chers amis, quelques vérités de base sur lesquelles méditer. Une fois encore, je vous répète que seul le Christ peut combler les aspirations les plus intimes du cœur de l’homme; Lui seul est capable d’humaniser l’humanité et de la conduire à sa «divinisation». Par la puissance de son Esprit, Il répand en nous la charité divine qui nous rend capables d’aimer notre prochain et prêts à nous mettre à son service. L’Esprit Saint éclaire, nous révélant le Christ mort et ressuscité; il nous indique la route pour devenir davantage semblables à Lui, à savoir pour être «expression et instrument de l’amour qui émane de lui» (Encycl. Deus caritas est, n. 33). Et celui qui se laisse guider par l’Esprit comprend que se mettre au service de l’Évangile n’est pas une option facultative, parce qu’il perçoit combien il est urgent de transmettre aussi aux autres cette Bonne Nouvelle. Cependant, il convient de le rappeler encore, nous ne pouvons être des témoins du Christ que si nous nous laissons guider par l’Esprit Saint, qui est «l’agent principal de l’évangélisation» (Evangelii nuntiandi, n. 75) et «le protagoniste de la mission» (Redemptoris missio, n. 21). Chers jeunes, comme l’ont rappelé à maintes reprises mes vénérés Prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II, annoncer l’Évangile et témoigner de sa foi est aujourd’hui plus que jamais nécessaire (cf. Redemptoris missio, n. 1). Certains pensent que présenter le précieux trésor de la foi aux personnes qui ne la partagent pas signifie être intolérants à leur égard, mais il n’en est pas ainsi, car proposer le Christ ne signifie pas l’imposer (cf. Evangelii nuntiandi, n. 80). D’ailleurs, cela fait deux mille ans que douze Apôtres ont donné leur vie afin que le Christ soit connu et aimé. Depuis lors, l’Évangile continue à se répandre au cours des siècles grâce à des hommes et à des femmes animés par le même zèle missionnaire. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, des disciples du Christ n’épargnent ni leur temps, ni leur énergie pour servir l’Évangile. Il faut que des jeunes se laissent embraser par l’amour de Dieu et qu’ils répondent généreusement à son appel pressant, comme tant de jeunes bienheureux et saints l’ont fait dans le passé, mais aussi à des époques plus récentes. En particulier, je vous assure que l’Esprit de Jésus vous invite aujourd’hui, vous les jeunes, à porter la belle nouvelle de Jésus aux jeunes de votre âge. L’indéniable difficulté des adultes à rejoindre de manière compréhensible et convaincante le monde des jeunes peut être un signe par lequel l’Esprit entend vous pousser, vous les jeunes, à prendre en charge cette tâche. Vous connaissez les idéaux, les langages, ainsi que les blessures, les attentes, et le désir du bien qu’ont les jeunes de votre âge. S’ouvre à vous le vaste monde des affections, du travail, de la formation, de vos souhaits, de la souffrance des jeunes… Que chacun de vous ait le courage de promettre à l’Esprit Saint d’amener un jeune à Jésus Christ, selon le moyen qui lui semble le meilleur, en sachant «rendre compte de l’espérance qui est en lui, avec douceur» (cf. 1 P 3, 15).

Mais pour atteindre ce but, chers amis, soyez saints, soyez missionnaires, parce qu’on ne peut jamais séparer la sainteté de la mission (cf. Redemptoris missio, n. 90). N’ayez pas peur de devenir des saints missionnaires comme saint François-Xavier, qui a parcouru l’Extrême Orient en annonçant la Bonne Nouvelle jusqu’à l’extrémité des ses forces, ou comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui fut missionnaire sans avoir quitté son Carmel: l’un comme l’autre sont «Patrons des Missions». Soyez prêts à mettre en jeu votre vie pour illuminer le monde avec la vérité du Christ; pour répondre avec amour à la haine et au mépris de la vie; pour proclamer l’espérance du Christ ressuscité en tout point de la terre.

8. Invoquer une «nouvelle Pentecôte» sur le monde

Chers jeunes, je vous attends nombreux en juillet 2008 à Sydney. Ce sera une occasion providentielle de faire pleinement l’expérience de la puissance de l’Esprit Saint. Venez nombreux, pour être un signe d’espérance et un soutien précieux pour les communautés de l’Église en Australie, qui se préparent à vous accueillir. Pour les jeunes du pays qui nous accueillera, ce sera une opportunité exceptionnelle d’annoncer la beauté et la joie de l’Évangile à une société à bien des égards sécularisée. L’Australie, comme toute l’Océanie, a besoin de redécouvrir ses racines chrétiennes. Dans l’exhortation post-synodale Ecclesia in Oceania, Jean-Paul II écrivait: «Par la puissance du Saint-Esprit, l’Église en Océanie se prépare à une nouvelle évangélisation des peuples qui aujourd’hui ont soif du Christ… La première priorité pour l’Église en Océanie, c’est de procéder à une nouvelle évangélisation» (n. 18).

Je vous invite à consacrer du temps à la prière et à votre formation spirituelle en cette dernière étape du chemin qui nous conduit à la XXIIIe Journée mondiale de la Jeunesse, afin qu’à Sydney, vous puissiez renouveler les promesses de votre Baptême et de votre Confirmation. Ensemble, nous invoquerons l’Esprit Saint, demandant avec confiance à Dieu le don d’une Pentecôte renouvelée pour l’Église et pour l’humanité du troisième millénaire.

Que Marie, réunie en prière au Cénacle avec les Apôtres, vous accompagne durant ces mois et qu’elle obtienne pour tous les jeunes chrétiens une nouvelle effusion de l’Esprit Saint qui embrase vos cœurs. Rappelez-vous que l’Église a confiance en vous! Nous les Pasteurs, nous prions en particulier pour que vous aimiez et fassiez aimer Jésus toujours plus et que vous marchiez à sa suite fidèlement. Dans ces sentiments, je vous bénis tous avec une grande affection.

De Lorenzago, le 20 juillet 2007.

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