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Aimer c’est se donner soi-même

Mardi 27 mai 2008

Aimer c’est se donner soi-même

Je ne te connais pas, cependant laisse-moi te faire part de quelques réflexions et conseils jaillis de multiples rencontres avec de jeunes hommes et de jeunes femmes qui ont soif d’aimer, soif de se lancer à toutes voiles sur les flots de la confiance et de l’amour.
Peut-être es-tu dans cette situation.

La vie religieuse, sacerdotale t’attire-t-elle ? Ou bien, est-ce le mariage ? Où te conduira cette générosité ? Je ne sais, mais c’est probablement le cadeau le plus précieux qui t’ait été fait ; celui qui te permettra de réaliser ton bonheur et celui des autres. Tu as parfois l’impression que ta générosité te dévore, qu’elle est excessive, qu’elle ne te laisse plus de place, à toi. Parfois tu hésites à te donner davantage, craignant de tout perdre et de te trouver dans une impasse, un grand vide. Et pourtant tu continues à avancer. Tu continues à espérer. Car tu sais que « Tout ce qui n’est pas donné est perdu« , comme dit le Père Ceyrac, un vieux jésuite missionnaire.

Thérèse de Lisieux s’écrie : « Aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même… » C’est à cela que tu aspires peut-être aussi. Mais comment savoir où Dieu t’appelle ? Tant de questions se bousculent alors. Et d’ailleurs, est-on un jour sûr de sa vocation ?

Lis d’abord ce conte :
J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village, lorsque ton chariot d’or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce roi de tous les rois ! Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : « C’en est fini des mauvais jours », et déjà je me tenais prêt dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.
Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu me tendis ta main droite et dis : « Qu’as-tu à me donner ? »
Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! j’étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.
Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai: « Que n’ai-je eu le cœur de te donner mon tout ! » (Rabindranah Tagore, « L’offrande lyrique », trad. André Gide.)

Seul un cœur large et généreux trouvera ce qu’il cherche.

Seul un cœur libre se laissera trouver par Celui qui appelle.

« N’ayez pas peur ! » Tel est le premier message de Jean-Paul II aux chrétiens après son élection. De quelle peur s’agit-il ? Peur de la maladie, de l’avenir, des échecs ? Peut-être bien, mais ce n’est pas le cœur du message. La raison de la peur n’est pas à chercher à l’extérieur de soi, mais en soi. « Suivez Jésus. N’ayez pas peur de vous approcher de Lui, de dépasser le seuil de sa maison, de parler avec Lui face à face, comme l’on s’entretient avec un ami. » (Message de Jean-Paul II, pour la XIIe JMJ à Paris.) C’est la prière qui va permettre d’entrer dans l’intimité du Seigneur et le cœur de l’homme aspire à cette intimité. Le cœur de l’homme est capable de cette relation personnelle avec Dieu et il souffre de son absence. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en Toi. » (Saint Augustin, Confessions.) Alors pourquoi donc sommes-nous si hésitants parfois, nous tenant sur le seuil et n’osant pas entrer dans cette intimité ?

Peut-être parfois perds-tu le chemin de la prière ? Comment le retrouver ? Jésus enseigne ses disciples de manière très simple et pratique: « Pour toi, quand tu veux prier, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 6). Voilà en une phrase toute une école de prière ! Et de fait, l’Évangile indique fréquemment que Jésus part à l’écart pour prier. Notre mode de vie agité ne favorise guère ce recueillement et pourtant il est plus que jamais vital de trouver le chemin de « sa chambre », car c’est là que se fortifie notre relation au Père. Ne crains pas de partir à l’écart et de prolonger ces moments dans ta chambre, dans une église ou dans un monastère ; « ton Père qui voit dans le secret te le rendra« …

Faire une retraite ou un pèlerinage, c’est une manière privilégiée pour se retirer à l’écart pour prier notre Père. Des temps de retraite sont nécessaires pour fortifier la vie intérieure et la relation personnelle avec le Seigneur, sans laquelle aucune vocation chrétienne ne peut se réaliser. Le chrétien est homme des sources. Il connaît la source ou coule l’eau de la Vie ; il reconnaît aussi sa source, celle qui le désaltère lui, personnellement. Et il y revient. Parfois, la source demeure cachée et il lui faudra patience et persévérance, dans l’obscurité, pour la retrouver :

« Je connais la source qui coule et se répand,
Quoique ce soit de nuit !
Cette fontaine éternelle est cachée,
Mais comme je sais bien où elle est,
Quoique ce soit de nuit !
Dans cette nuit obscure de cette vie
Comme je connais bien, par la foi, la fontaine,
Quoique ce soit de nuit ! »
(Saint Jean de la Croix, Poésie IX)

« Aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même! » Quelque chose brûle et se donne, dans le cœur de Thérèse de Lisieux, quand elle parle ainsi. C’est seulement dans ce don que l’homme réalise ce pour quoi il est fait, et c’est seulement là qu’il se réalise pleinement.

Probablement as-tu le désir de te donner. Comment parvenir à se donner vraiment ? Certainement, l’eucharistie sera le chemin privilégié pour chercher le Seigneur et se donner à Lui. L’eucharistie est le sacrement de l’amour, alliance de deux amours qui se rencontrent : l’amour de Dieu s’allie à l’amour de l’homme pour ne faire qu’un. « Ceci est mon corps, livré pour vous. » Quand le Seigneur se livre ainsi de manière totale et inconditionnelle, il attend de nous-mêmes une réponse libre et absolue. L’eucharistie est donc aussi le moyen le plus efficace pour trouver l’amour. Il faut y boire fréquemment. Si tu en as la possibilité, inscris « l’eucharistie en semaine » sur ton agenda.

A celui qui ne trouvera pas de messe célébrée à proximité, le Seigneur donnera une grâce particulière pour « se donner » à travers d’autres formes de prière. Ainsi, en Asie, une communauté catholique a vécu plusieurs siècles sans prêtres, se nourrissant de la prière du chapelet.

 

 Père de Dinechin

Homélie du lundi de Pentecôte

Jeudi 15 mai 2008

Pour toutes celles qui n’étaient pas à Chartres ce WE, pour celles qui y étaient et qui ont dormi pendant le sermon, et pour celles aussi qui l’ont entendu…, l’homélie du Père de Blignières… à lire et méditer. 

Merci à MC !

Lundi de Pentecôte, 12 mai 2008,
en la cathédrale Notre-Dame de Chartres.

 fr. Louis-Marie de Blignières
          Monseigneur, mes chers amis,

Au terme de notre marche, consacrée à la méditation des vertus, voici que l’Immaculée nous apparaît : elle est la Mère qui donne la vie, la Femme qui répand la douceur, l’Enfant qui ranime l’espérance.
I. L’Immaculée donne la vie, parce qu’elle est Mère. Si la Mère de Dieu a été préservée, dès sa conception, de toute atteinte du péché, c’est pour être le canal translucide de la naissance de Dieu en ce monde : Marie est Immaculée, parce qu’elle est la femme revêtue du Soleil de justice (cf. Ap 12, 1), qui est le Christ, elle est toute entière relative au Christ, elle nous renvoie sans cesse à lui, elle forme en nous ses vertus. Marie est l’icône incandescente de la vie morale, elle lui donne son vrai sens : être le rayonnement du mystère du Christ en nous ! C’est elle qui nous revêt du Christ par sa médiation maternelle. Or le Christ, l’Homme-Dieu, est le seul qui puisse nous faire vivre de la vraie justice, qui est le droit des autres, reconnu et respecté par nos devoirs. En une époque marquée par un égocentricisme souvent délirant, le Christ nous donne la clé de la vie sociale : « fais à autrui ce que tu désires qu’il te fasse » (cf. Mt 7, 12). Et cette attention à l’autre, qui suppose le renoncement, voire l’héroïsme, n’est cependant pas une frustration, mais un épanouissement : car le droit fondamental de chacun n’est pas une déclaration abstraite, mais un devoir, attaché à la possibilité concrète de respecter autrui et de faire grandir son humanité. Eh bien, l’Immaculée, qui est Mère, donc source et protectrice de vie, diffuse « le climat de la grâce » (Péguy), où le devoir est accompli de façon heureuse et vivante, comme un exercice de piété filiale. Marie a porté Dieu-Enfant en son sein (Notre Dame de Guadalupe nous y renvoie), Marie a assisté avec Jésus les derniers instants de saint Joseph (la vision de la Sainte Famille à Fatima nous le rappelle), Marie enfin a offert au Père la mort de son Fils : l’Immaculée a ainsi fait du respect de la vie, de sa conception à sa fin naturelle, l’élément fondamental de toute existence épanouie, ouverte sur sa finalité qui est Dieu. Aussi nous invite-t-elle, au-delà de l’égoïsme institutionnalisé qui enferme l’homme dans l’amertume d’une revendication permanente, a bâtir une Cité de la piété filiale, où nous aiderons toutes les mères à recevoir le miracle de la vie comme une nouvelle aventure de l’histoire du Christ total ; où nous accompagnerons toutes les souffrances des fins de vie, comme rayonnantes pour le salut de tous, en union avec la Passion de Jésus.

II. L’Immaculée répand la douceur, parce qu’elle est Vierge et Epouse. Elle est la femme éternelle : « C’est par Marie que le mystère métaphysique de la femme se dévoile. Le dogme de l’Immaculée conception plonge dans la splendeur de l’aurore de la création » (Gertrud von Le Fort). L’Immaculée est celle qui met de « l’ordre dans l’amour ». L’amour entre les hommes, à cause du péché, est menacé par la domination et la concupiscence. L’Immaculée structure l’amour humain dans la force et la tempérance, elle le met dans l’ordre : reposant dans l’amour de Dieu, animé par la charité du Christ reçue dans l’Esprit, ordonné aux joies éternelles. L’Immaculée est Vierge, c’est-à-dire femme passionnée de l’amour de son Créateur, à tel point qu’il est la source vive de toutes ses autres dilections ; elle est Epouse du Saint-Esprit, qui la transforme dans l’esprit des Béatitudes du Christ, condensé dans le Magnificat ; enfin elle est épouse de saint Joseph, et elle place ce bel amour humain dans le nimbe de la douceur divine. En un temps flétri par la violence et la sexualité désordonnée, où les pornocrates dégradent la femme en objet de consommation, nos cœurs ont la nostalgie de la pudeur, de l’onction, de la douceur féminines. La femme doit être par sa distinction, par sa réserve, par sa beauté sans séduction, la « sentinelle de l’invisible » (Jean-Paul II), afin que l’homme puisse – soutenu par sa compagne – être le soldat des combats de ce monde visible. Eh bien, l’Immaculée, la Vierge-Epouse, nous aidera à reconstruire une Cité du respect de la femme. « C’est le catholicisme qui a énoncé sur la femme les propositions les plus fortes qui aient jamais été prononcées » (Gertrud von Le Fort). Loin du modèle repoussant de l’érotisme des sociétés occidentales, loin de la dégradation révoltante de la condition de la femme en islam, l’Immaculée fera refleurir la discrétion, les modes et le langage qui sont ceux de mères, d’épouses et de sœurs chrétiennes, conscientes de leur immense influence sur leurs compagnons masculins. L’Immaculée nous donnera de vivre les combats du courage et de la belle chasteté, dans une courtoisie qui est fleur de charité, et dans le charme d’une douceur qui vient d’un autre monde.

III. L’Immaculée ranime l’espérance, car elle est l’Enfant par excellence. Elle celle dont tout l’être, dès le premier instant de la conception, est un don de grâce. Au moment même où elle est créée, le baiser du Verbe éternel la touche si intimement qu’elle est rachetée « d’une façon plus admirable encore » (Bx Pie IX) : elle est d’un seul coup pleinement réussie, tant dans l’ordre de la nature que dans celui de la grâce, elle est bellement et simplement enfant de Dieu. Elle est celle qui sort en riant, comme une aurore tout de suite brillante, des mains du Créateur, celle qui charme son cœur, telle une enfant gracieuse qui réjouit ses parents. C’est pourquoi elle nous rafraîchit dans l’espérance, comme le font tous les enfants. Le simple fait de la regarder, ou plutôt de nous laisser regarder par elle, nous rassérène et nous dynamise. « Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul regard d’enfant qui se soit levé sur notre honte et notre malheur », nous dit Bernanos. Et ce regard transmet, de façon appropriée à notre timidité, le pardon du Christ, il fait refleurir en nous la petite sœur espérance : « Ce regard est celui de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. » Nous sentir regardés par elle, qui est totalement, comme personne créée, de notre côté, cela infuse en nous la certitude d’être aimés, tels des enfants blessés, du Dieu dont elle est l’Enfant toute innocente. Ce regard enfantin se porte sur tout être humain, si handicapé, si douloureux et contradictoire qu’il soit. Il nous rappelle la dignité incommensurable de la personne humaine, dont la nature a été créée à l’image de son Fils, et qui est personnellement appelée à l’Alliance éternelle. Quelles que soient ses misères, l’homme a une certitude épanouissante, transmise par le beau regard d’une Enfant : il est aimé d’un mystérieux amour, éternel comme Dieu, et fidèle comme le Christ. En un temps de relativisme, de fausse prudence, de domination matérialiste de l’argent, quel trésor à communiquer à tous que cette certitude ! L’Immaculée nous aidera, par delà les tristes cités de la désespérance, bornées par l’injustice, l’absurde et la mort, à construire, comme lieu de l’amitié politique et de la prudence qui conduit vers le Ciel, une Cité de l’admiration. Une société, non plus obnubilée par la construction utopique du « meilleur des mondes », mais responsable du prochain concret, et ouverte sur l’éternel. Une cité attentive à s’étonner, à remercier, à combattre certes le mystère d’iniquité, mais en s’extasiant d’abord du mystère de bonté, dont l’Immaculée est le reflet le plus pur. Une cité, non plus affairée autour du seul rendement matériel et de l’efficacité à tout prix, mais qui prend son temps pour la vie de l’esprit, pour l’art, et pour l’étonnement (car une société où plus rien n’étonne serait le parvis de l’enfer). Une cité qui sait que le réel est plus grand que nous, et qui fait de la recherche du vrai le premier des droits, en respectant les cheminements de chacun et le mystère des libertés. Une cité de l’espérance, où l’enfant et le jeune sont heureux, parce que, au lieu de se voir enfermés dans leur narcissisme, ils aperçoivent un but qui les dépasse : aimés sans être adulés, ils sont encouragés et sanctionnés, et reçoivent les repères de la loi naturelle et de la loi du Christ, conditions de leur liberté. Une cité de l’admiration est une cité où l’éducation est la première charité, car elle prépare des « amants de la beauté spirituelle » (S. Augustin), à l’image de Celle qui gardait sans cesse, au milieu des plus humbles tâches, le regard de son cœur sur la Beauté souffrante et transfigurée du Christ (cf. Lc 2, 19 et 51).

Conclusion.
Mes chers amis, l’Immaculée, notre vie, notre douceur et notre espérance, nous demande d’être les apôtres des vertus qu’elle met sous nos yeux de façon si enthousiasmante. Après ces trois jours si riches, que faire ? Si ce n’est donner aux autres la joie de ce trésor ! La chrétienté est précisément une Cité de la piété filiale, du respect de la femme et de l’admiration, dont l’Immaculée nous révèle la splendeur et le rayonnement apostolique. L’Immaculée nous a donné à Fatima un grand moyen pour faire rayonner sur les autres le bonheur de connaître le Christ, et ainsi obtenir la conversion de nos nations et la paix : c’est la communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois. Une croisade de pèlerins sanctifiant les premiers samedis, en l’honneur du Cœur immaculé, s’associant massivement aux Rosaires pour la vie dans nos Cathédrales, en accord avec les pasteurs, produira des fruits immenses de sainteté. Pourquoi négliger ce pacifique moyen, qui serait aussi un puissant témoignage d’unité spirituelle de tous ceux qui – dans la communion de l’Eglise – sont attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi ? Amis pèlerins, en ce cent-cinquantième anniversaire de Lourdes, l’heure est favorable ! Le monde fatigué, issu des fausses Lumières, se fissure, et ne diffuse plus qu’impuissance à aimer et angoisse de l’âme. Ceux qui gémissent sous la dictature du relativisme, sous la tyrannie de l’hédonisme, ou sous le joug mental de l’islam, attendent que vous les meniez, par la grâce de la communion réparatrice, à l’Immaculée. Pour eux aussi, la tristesse du vieux monde doit s’effacer devant la joie de l’Immaculée, notre vie, notre douceur et notre espérance.

fr. Louis-Marie de Blignières

« Ne sois plus incrédule, mais croyant ! »

Lundi 5 mai 2008

« Ne sois plus incrédule, mais croyant ! » 

Ces paroles adressées à l’apôtre Thomas ne nous sont-elles pas destinées aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas incrédules ? Notre foi est-elle forte et inébranlable ? Ne connaît-elle pas quelques fissures ? 

N’est-elle pas parfois hésitante ? 

Il est bon de revenir de temps en temps aux fondements de notre foi. 

Pourquoi croyons-nous ? Sur quoi repose notre foi ? 

Notre seigneur s’était présenté durant sa vie publique comme le fils de Dieu, comme Dieu Lui-même. C’est d’ailleurs ce qui lui fut reproché par les pharisiens, et ce qui détermina sa mort. 

Mais ce n’est pas tout de le dire, il fallait encore le prouver. 

Certes, Il avait accompli des miracles prodigieux, avec une autorité souveraine, et en son propre nom, comme aucun prophète ne l’avait jamais fait. Mais cela ne suffisait pas à prouver sa divinité. 

C’est pourquoi Il fit ce qu’aucun homme n’aurait jamais pu faire, ce que Dieu seul était capable d’accomplir : Il annonça sa propre résurrection, il annonça qu’Il se ressusciterait Lui-même : « Nul ne m’ôte la vie, mais J’ai le pouvoir de la déposer Moi-même, et aussi le pouvoir de la reprendre. » (Jn 10, 18) 

Et, Notre seigneur ne s’est pas contenté de prédire sa résurrection d’une manière générale. Il l’annonça très précisément pour le 3ème jour. Les Juifs s’en souvenaient bien, eux qui firent garder le sépulcre après la mise au tombeau, avec quelque inquiétude sans doute, car ils n’avaient pas pu oublier que Jésus n’avait jamais fait une prédiction qui ne se réalisât par la suite. 

Et cette résurrection, Il en avait parlé, non comme un simple espoir, mais avec la plus ferme assurance, comme une chose déjà acquise. N’avait-Il pas dit à ses apôtres : « Quand je serai ressuscité, je vous précèderai en Galilée. » 

Et le Christ est ressuscité. 

Sa résurrection est un fait historique, daté et localisé. Fait historique authentifié par une multitude de témoins dignes de foi. 

Que le tombeau ait été trouvé vide, nul ne le conteste, pas même les Juifs, qui essaient d’en falsifier l’interprétation. 

Que le Christ soit ensuite apparu, vivant d’une vie nouvelle, les témoignages sont encore innombrables. 

D’autre part, la lenteur et la difficulté à croire des disciples eux-mêmes est une garantie supplémentaire de la réalité de la résurrection. 

Voyez les pèlerins d’Emmaüs : ils n’attendaient pas la résurrection ; ils n’avaient rien compris aux prophéties Le concernant, et ils avaient déjà abandonné la cause du Christ comme une cause perdue. 

Et l’apôtre Thomas, Thomas l’incrédule ! N’est-il pas le type même de l’ensemble des disciples ? 

Notez encore, que Notre Seigneur n’apparaît pas à des hommes et des femmes exaltés, victimes d’une pathologie visionnaire, ou dans un état d’hallucination. Non, les disciples étaient tout au contraire des gens ayant les pieds sur terre, prudents et enclins au doute. 

Et ils ont témoigné que le Christ est vraiment ressuscité. 

Et ils ont fait de la résurrection la base inébranlable de leur enseignement, le fondement sûr de notre foi. 

« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, (…) nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1, 1)  Et les pleutres qui avaient laissé leur maître seul hier, le rénégat qui avait tremblé devant une servante du grand-prêtre, les voilà transformés jusqu’à embrasser joyeusement le martyre pour témoigner que Jésus qui était mort est ressuscité. 

Oui, croyons le fermement: le Christ est vraiment ressuscité comme Il l’avait annoncé.  Il est ressuscité, donc Il est vraiment Dieu. La résurrection est la preuve la plus éclatante de sa Divinité. Il est vraiment Dieu, donc tout ce qu’Il a dit est vrai. 

C’est pourquoi nous croyons. 

Nous croyons parce que Dieu a parlé et qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper. C’est ce que nous récitons dans l’acte de foi.  La foi repose sur l’autorité infaillible de Dieu. 

Mais que croyons-nous? 

Puisque Dieu est infaillible, nous croyons tout ce qu’Il nous a révélé. Il n’y a pas de tri à faire. Si on choisit parmi les vérités révélées, c’est qu’on ne fait finalement pas confiance à Dieu qui a parlé, c’est qu’on estime qu’Il a pu se tromper ou nous tromper. 

Recevons l’enseignement de Jésus tel qu’Il nous le donne et que l’Eglise nous le transmet. C’est à elle que le Christ a confié l’interprétation authentique du dépôt révélé, Ecriture et Tradition. Elle ne peut pas errer quand elle interprète la Révélation.  Et, le Christ n’enseigne pas seulement une somme de vérités à croire. Sa doctrine est une doctrine de vie, qui commande une manière de vivre

On ne peut dissocier la foi et la morale, la foi et les oeuvres, la foi et la pratique. La foi sans les oeuvres est une foi morte. «Tu crois vraiment si tu pratiques ce que tu crois » disait un père de l’Eglise. 

Ne soyons donc pas seulement des auditeurs de la parole mais mettons-la en pratique. 

Souvenons-nous que Dieu ne demande rien d’impossible. Il connaît certes bien la faiblesse humaine, mais Il connaît aussi la Toute-Puissance Divine qui vient au secours de notre faiblesse. 

N’ayons pas peur! Ne faisons pas la sourde oreille! Penchons-nous un peu plus sur ce Dieu veut nous dire. Ecoutons-le attentivement. C’est pour nous qu’Il a parlé, pour notre bien. 

On voudrait ne dépendre que de soi, penser et vouloir pour soi, indépendamment de tous, parfois même de Dieu. Ecrasons ce fol orgueil et redevenons de petits enfants devant Dieu, de petits enfants de Dieu. 

« Comme des enfants nouveaux nés, désirons ardemment le pur lait spirituel » de la doctrine céleste; pensons en Dieu, comme Dieu, avec Dieu; entrons dans son Sein pour renaître de l’Esprit et confessons que Jésus est LAVérité. Alors nous serons vainqueurs du monde, comme nous le rappelait tout à l’heure l’épître de St Jean: « Quiconque est né de Dieu triomphe du monde. » « La victoire sur le monde, c’est notre foi. » 

Oui, ayons la foi, vivons de la foi. Ne soyons plus incrédules mais croyants; et nous goûterons la joie immense de ceux qui ont cru sans avoir vu, assurés que cette béatitude suffit à la vie présente. La première de l’Evangile, adressée à Marie disait: « Bienheureuse celle qui a cru. » La dernière, nous l’avons entendue aujourd’hui, s’adresse à Thomas: « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Sermon de Mr l’abbé de MONTJOIE,

Dimanche 30 mars 2008.

Sur la doctrine sociale de l’Église

Jeudi 1 mai 2008

On désigne par ce terme l’ensemble des textes de l’Église catholique qui décrivent la position de l’Église en matière sociale. On considère que le texte fondateur est l’encyclique Rerum Novarum (Des choses nouvelles) du pape Léon XIII en 1891.
 

I-Les principes élaborés par la doctrine sociale de l’Eglise.

Celle ci s’appuie sur 10 Principes fondamentaux (CF Compendium de la doctrine sociale de l’église)

1) La dignité de la personne humaine
« L’homme est la seule créature voulue pour elle-même » (Jean-Paul II)

2) Le respect de la vie Humaine
« Aussi l’ordre social et son progrès doivent-ils toujours tourner au bien des personnes, puisque l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse ». Le respect de la dignité humaine ne peut en aucune façon ne pas tenir compte de ce principe: il faut « que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme “un autre lui-même”, [qu'il] tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement ». Il faut que tous les programmes sociaux, scientifiques et culturels, soient guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain. (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église N° 132)

3) Le principe d’association

4) Le principe de participation

5) Le principe de l’option préférentielle pour les pauvres et les personnes vulnérables
 L’option préférentielle pour les pauvres est un principe élaboré dans la doctrine sociale de l’Eglise. La tradition chrétienne le rapproche constamment des principes de charité et justice: « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu’accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice » (Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis).
L’encyclique Centesimus annus développe ce principe au N° 57.Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église résume ce principe aux N° 182 à 184.

6) Le principe de solidarité
La solidarité est une « vertu humaine et chrétienne » (encyclique Sollicitudo Rei Socialis, n°41-42). Voir aussi : Matth. 25, 31-46 : chacun sera jugé selon la manière dont il a vécu cette solidarité entre les hommes.

7) Le principe de gérance

8 ) Le principe de subsidiarité
Ce principe signifie qu’il est « impossible de promouvoir la dignité de la personne si ce n’est en prenant soin de la famille, des groupes, des associations, des réalités territoriales locales, bref de toutes les expressions associatives de type économique, social, culturel, sportif, récréatif, professionnel, politique, auxquelles les personnes donnent spontanément vie et qui rendent possible leur croissance sociale effective.»(Catéchisme de l’Église Catholique, 1882)
Parmi ses différentes implications, ce principe «impose à l’État de s’abstenir de tout ce qui restreindrait, de fait, l’espace vital des cellules mineures et essentielles de la société. Leur initiative, leur liberté et leur responsabilité ne doivent pas être supplantées.»
«À l’application du principe de subsidiarité correspondent: le respect et la promotion effective de la primauté de la personne et de la famille; la mise en valeur des associations et des organisations intermédiaires, dans leurs choix fondamentaux et dans tous ceux qui ne peuvent pas être délégués ou assumés par d’autres.»
Dans certaines « situations où il est nécessaire que l’État stimule l’économie, à cause de l’impossibilité pour la société civile d’assumer cette initiative de façon autonome; que l’on pense aussi aux réalités de grave déséquilibre et d’injustice sociale où seule l’intervention publique peut créer des conditions de plus grande égalité, de justice et de paix. À la lumière du principe de subsidiarité, cependant, cette suppléance institutionnelle ne doit pas se prolonger ni s’étendre au- delà du strict nécessaire, à partir du moment où elle ne trouve sa justification que dans le caractère d’exception de la situation.» (Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, N. 185-188).

9) Le principe de l’égalité humaine

10) Le principe du bien commun
Le bien commun est l’ »ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les être humains le développement intégral de la personne » (Jean XXIII). Voir aussi l’encyclique Pacem in Terris (n°53).

Le principe de la destination universelle des biens
Dans la tradition chrétienne, la première origine de tout bien est l’acte de Dieu lui-même qui a créé la terre et l’homme, et qui a donné la terre à l’homme pour qu’il la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits. Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne. C’est l’origine de la destination universelle des biens de la terre.
Le principe de la destination universelle des biens appelle une économie inspirée des valeurs morales qui ne perde jamais de vue ni l’origine, ni la finalité de ces biens, de façon à réaliser un monde juste et solidaire, où la formation de la richesse puisse revêtir une fonction positive. (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église N° 171-174).
Destination universelle des biens et propriété privée
Parce que la propriété privée « assure à chacun une zone indispensable d’autonomie personnelle et familiale; il faut la regarder comme un prolongement de la liberté humaine. Enfin, en stimulant l’exercice de la responsabilité, ils constituent l’une des conditions des libertés civiles ». La doctrine sociale exige que la propriété des biens soit équitablement accessible à tous (Encyclique Centesimus annus, 6: 800-801).
La tradition chrétienne n’a jamais reconnu le droit à la propriété privée comme absolu ni intouchable: « Au contraire, elle l’a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous à utiliser les biens de la création entière: le droit à la propriété privée est subordonné à celui de l’usage commun, à la destination universelle des biens » (encyclique Laboratorem exercens,). L’église considère que ce principe ne s’oppose pas au droit de propriété, mais indique la nécessité de le réglementer.

II-Les préoccupations sociales de l’Église

Dès les premiers temps du christianisme, l’amour du prochain a été considéré comme l’un des principaux messages de l’évangile et de la Bible. C’est ainsi que la charité est considérée comme l’une des trois vertus théologales (voir à ce propos l’encyclique Deus Caritas est).
Un des plus grands représentants de l’action sociale chrétienne est sans doute saint Vincent de Paul : après avoir aidé dès son plus jeune âge les plus démunis, il fonda les Lazaristes en 1625, puis l’ordre des Filles de la Charité en 1634.

1) Origines du renouveau de la pensée sociale contemporaine
La pensée moderne de l’Église trouve son origine dans la période de grands changements économiques et sociaux qui a accompagné la Révolution industrielle. Le bouleversement des méthodes de production, la disparition des trois ordres de l’Ancien Régime et l’émergence de nouvelles classes sociales (bourgeoisie, ouvriers) avec l’opposition capital / travail, ont fait prendre conscience d’un fossé grandissant entre les ouvriers et les classes dirigeantes.
L’un des premiers à avoir pris conscience des injustices sociales fut aussi Frédéric Ozanam, qui vécut de près la révolte des Canuts à Lyon en 1831. Après une altercation avec un saint-simonien, il abandonna les études d’Histoire et fonda avec quelques amis la Société saint Vincent de Paul, encore très active aujourd’hui.
En Allemagne, ce fut l’évêque de Mayence, Monseigneur Ketteler, qui fut le principal initiateur du renouveau social de l’Église dans ce pays.
C’est précisément les œuvres de Mgr Ketteler qui permirent à Albert de Mun de découvrir cette pensée sociale, lors de sa captivité en Allemagne. Il fonda les cercles catholiques ouvriers (1871), fut l’inspirateur de la plupart des textes de loi sociaux de la IIIe République, et participa à l’élaboration de l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII (1891).

2) Les textes de la doctrine sociale
La doctrine sociale de l’Église comporte, outre l’encyclique Rerum Novarum (1891), un ensemble de textes, en particulier les mises à jour de Rerum novarum qui ont eu lieu à plusieurs anniversaires décennaux, ainsi que d’autres textes de l’Église :
• Deus caritas est, Benoît XVI (2006)
• Pour une meilleure répartition de la Terre, Conseil Pontifical Justice et Paix (1997),
• Centesimus annus, Jean-Paul II (1er mai 1991),
• Sollicitudo rei socialis, Jean-Paul II (1987),
• Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, Congrégation pour la doctrine de la foi (1986).
• Laborem exercens, Jean-Paul II (14 septembre 1981),
• Redemptor hominis (L’homme, le premier chemin de l’Église), Jean-Paul II (1979)
• Populorum progressio, Paul VI (1967),
• Gaudium et spes, concile Vatican II (1965),
• Pacem in Terris, Jean XXIII (1963),
• Mater et magistra, Jean XXIII (1961),
• Radiomessage pour le 50e anniversaire de Rerum novarum, Pie XI (1941).
• Quadragesimo anno, Pie XI (15 mai 1931),
• Graves de communi, Léon XIII (18 janvier 1901),
• Rerum novarum, Léon XIII (15 mai 1891).

3) L’engagement social de l’Église
La pensée sociale de l’Église a compté pour beaucoup dans la création de nombreux mouvements d’action sociale et œuvres chrétiennes, parmi lesquels on peut citer :
• le Secours catholique (Caritas),
• le Ceras, Centre de recherche et d’action sociales de la province de France des Jésuites, créé en 1903 sous le nom d’Action Populaire
• le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD),
• la Société saint Vincent de Paul.

À propos de la pureté

Mercredi 30 avril 2008

PuretéLa chasteté est une gageure impossible et ridicule si elle n’a pour armature que des préceptes négatifs. Elle est possible et belle et enrichissante si elle s’appuie sur une base positive : l’amour de Dieu, vivant, total, seul capable de contenter l’immense besoin d’amour qui remplit notre cœur d’homme. […]

La danse est la grande joie du jeu libre de tous les muscles portés par le rythme de l’orchestre, avec tout ce qu’ajoute de grâce et de charme une présence féminine. Avec de saines et claires partenaires, elle est jeu de roi. Mais, si elle se résume en la possibilité de s’étreindre pourvu que l’on tourne, alors elle devient mauvaise et source de péché.
Il faut faire de toute faute un rebondissement vers un plus grand amour. 

Nous ne sommes que des âmes déficientes dans de pauvres corps lourds de désirs. Mais nous vous aimons, mon Dieu, nous vous aimons de toute la force de ces pauvres âmes, de toute la force de ces pauvres corps. […]
Il est des heures lourdes où la tentation du mal vous tient si fort, si irrésistiblement, par tout le corps, que l’on ne sait plus que dire machinalement du bout des lèvres et sans presque plus y croire : Mon Dieu, je vous aime tout de même ; mais ayez pitié de moi.

Il est certains soirs où, assis au fond d’une église sans pouvoir prier, ou dehors sous les étoiles pour sentir tout de même près de soi quelque chose de grand, on ne peut plus que répéter cette pauvre phrase, à laquelle on se raccroche comme à une bouée pour ne pas couler : Mon Dieu je vous aime tout de même ! […]
Les pensées mauvaises choisissent le soir pour nous envahir, parce que les heures nocturnes sont propices à la fièvre de l’imagination et du corps. Une bonne manière de s’en rendre maître est de prendre sa couverture et de coucher tout bonnement à côté de son lit, sur le plancher. Notre frère l’âne, calmé, en demeure tout pantois et, dominées, les pensées mauvaises s’éloignent.

 Au moment d’une tentation violente, alors que la volonté se défibre et que le corps tout entier s’alanguit prêt à céder, il est bon, pour témoigner malgré tout un peu d’amour à Dieu, de s’obliger à une mortification minime : ne pas mettre de sel dans le potage trop fade, ou ne pas déplacer un objet qui vous gêne. Cet acte infime d’amour, mais qui demeure possible dans la pire débâcle apparente de l’âme, est comme un appel de la grâce et la volonté s’en trouve raffermie. 
Ce devait être une métisse. Elle avait des épaules splendides et cette beauté animale des sang-mêlés, aux lèvres lourdes et aux yeux immenses. Elle était belle., sauvagement belle. Il n’y avait vraiment qu’une chose à faire. Je ne l’ai pas faite. Je suis remonté à cheval et je suis parti à toute allure, sans me retourner, en pleurant de désespoir et de rage. Je crois qu’au jour du jugement, si je n’ai pas autre chose à donner, je pourrai offrir à Dieu comme une gerbe, toutes ces étreintes que, pour son amour, je n’ai pas voulu connaître. […]

 Notes de Guy de Larigaudie, provenant de son livre  » Etoile au grand large » ( Ed. du Seuil )

Merci à Blandine.

Lettre à un jeune qui veut jouer avec l’amour

Vendredi 28 mars 2008

Cette semaine, je vous propose trois lettres de Dominique Morin que m’a fait passer MC.  

« Dominique Morin m’a demandé de diffuser ce témoignage auprès des jeunes. Après avoir mené une vie dépravée, il s’est converti. Voulant se marier, il a découvert qu’il était malade du sida et a renoncé à se marier, pour le bien de celle qu’il aimait. Il est donc devenu oblat et passe son temps à témoigner dans des écoles, des aumôneries, etc. pour expliquer aux jeunes ce qu’est l’amour vrai.
Je l’ai entendu deux fois et je dois dire qu’on est ’scotché’ par ce qu’il raconte. Et malgré la maladie qui le fait souffrir (il a un visage squelettique), il arrive encore à parler aux jeunes avec toute la force de son expérience et avec le soutien de la prière. « 
 

A diffuser largement donc !     

   

Lettre à un jeune qui veut jouer avec l’amour.

« Adolescent, j’ai joué à l’amour avec des filles. Je n’en ai aimé et respecté aucune, j’ai surtout joui égoïstement et vite cessé de croire en l’amour. Je me suis un jour converti, changeant de comportements. J’ai ainsi retrouvé la foi dans l’amour à travers de véritables amitiés avec des femmes catholiques sans convoitise sexuelle grâce à la chasteté. Je voulais me marier avec une amie que j’aime toujours quand j’ai découvert que j’avais contracté le sida dans ces années de débauche. J’ai alors choisi raisonnablement de renoncer au mariage. 

Quand on me parle de prévention, je vois désormais plus loin que le sida. Jouant sans accepter de règles avec l’amour, j’ai perdu mes capacités de fécondité, de don de soi nécessaires pour construire ma vie avec la personne que j’aime. A qui pourrais-je souhaiter ce malheur, sans même parler du sida? Le vagabondage sexuel et les pratiques contre nature propagent le sida, le préservatif n’incite pas à s’en éloigner mais juste à en limiter les risques. Est-ce une prévention sérieuse? Au lieu de réduire l’amour à un jeu dangereux, pensez plutôt à fonder vos relations sur de solides amitiés. L’avenir c’est déjà demain! Enfermés dans des relations décevantes qui ne tiennent pas leurs promesses, passant d’un partenaire à l’autre, vous blessez vos cœurs et vos corps. L’amour libre est une illusion mortelle. Regardez toutes ses victimes et ajoutez-y celle de l’avortement où mènent parfois préservatifs et contraceptifs, montrant ainsi leurs limites. 

Ce que l’Eglise nous propose, c’est de rendre l’amour porteur de joie et de paix en l’ouvrant à la vie par l’exigence de la vérité et de la justice. A cause du sida, je ne peux me donner totalement à la femme que j’aime sans lui faire courir un risque. La seule vérité du sida, c’est le mensonge, la peur et la solitude au bout du chemin. Ne parler aux jeunes que de prendre du plaisir sans aimer en courant des risques est la conclusion logique d’une société qui ne leur parle plus de la fécondité du véritable amour. La chasteté, maîtrise joyeuse de sa sexualité, permet de ne pas la subir ni la faire subir à d’autres. La véritable liberté est un chemin ou amour ne rime pas avec peur et déception solitaire mais avec confiance et joie partagée.  Sans avoir besoin pour cela d’être catholique, faire rimer amour avec méfiance et peur caché derrière le préservatif, est profondément malsain. Si vous voulez du plaisir, prenez vos risques, vos précautions et bonne chance! Mais je ne vous encouragerais dans cette médiocre dérision de l’amour. L’amour n’apporte que paix et joie si on le respecte. Vous et tous les adolescents à qui on ment avez le droit de le savoir avant de choisir librement votre voie. Quand je sautais en parachute, si on m’avait averti que la voile que j’allais utiliser était abîmé mais qu’il y avait peu de risque qu’elle se déchire en vol, qu’aurais-je choisi? Le plaisir du saut très puissant d’un côté, le risque minime, mais j’aurais préféré rester au sol. Aucun plaisir ne mérite d’y laisser sa vie. Avec le préservatif, on vous cache que le risque existe à chaque fois et qu’un jour ça peut être pour vous. De nombreux témoignages d’échec par des personnes concernées m’ont montré les limites de cette prévention. Finalement qui sont les inconscients? Ceux qui vous laissent prendre des risques en vous préparant l’enfer ou ceux qui vous invitent à réfléchir à l’amour et à ne pas le réduire à un risque. Plutôt que de cacher ou déformer le discours catholique, n’avez-vous pas le droit de savoir toute la vérité avant de courir des risques que vous seul finalement aurez à assumer? L’Eglise a toujours un discours raisonnable et réaliste, ne cherchant pas à s’adapter à l’évolution des mœurs qui s’impose, aux jeunes qui veulent suivre leurs désirs. Elle rappelle à temps et à contretemps qu’on ne peut se moquer de l’amour sans risque mortel pour notre corps, notre cœur et notre âme. Elle voit le bien des âmes avant la satisfaction des désirs. Cette exigence est une promesse qui vous donnera les moyens d’accéder au véritable bonheur. 

Choisissez la liberté d’aimer dans la confiance et la vérité qui va vers la vie plutôt que la recherche de plaisir à tout prix qui mène au mensonge et à la mort. « 

Dominique Morin. 

Lettre à une jeune catholique à la mode

Vendredi 28 mars 2008

Lettre à une jeune catholique à la mode. 

Chère jeune fille, J’aimerais, à partir de ma propre expérience, réfléchir avec vous sur certaines attitudes. 

J’ai brûlé mon adolescence dans des expériences désordonnées, avec le désir sexuel comme moteur et une affectivité exacerbée comme boussole. Croyant à l’époque que ces pratiques seraient une initiation sans conséquences, j’y ai pourtant appris à mentir et à tricher, en amour, et j’y ai contracté le sida. Un jour, j’ai enfin quitté tout ça pour essayer de construire ma vie. Mon retour vers la foi catholique a donné un sens à cette quête. Il y a dix ans que je connais mon infection et, tout en combattant la maladie, je témoigne de la beauté de la chasteté et de l’amitié. Car même si mon cœur et mon corps restent marqués au fer rouge, le pardon de Dieu a guéri mon âme et les relations très chastes que j’entretiens depuis avec des femmes m’ont appris à croire en l’amour. Autour de nous règne le culte du plaisir et de la superficialité. Monde de mensonge et de solitude ou l’homme et la femme, orphelins d’un Père qu’il ne connaisse pas ou ont renié, cherchent là une raison d’être. Cette influence, que nous subissons tous, d1une façon ou d’une autre, s’appuie sur la faiblesse humaine livrée à elle-même. 

A l’adolescence, le corps se transforme et l’imagination sexuelle s’éveille. La fille découvre sa fécondité, transformation intérieure de son corps qui fera d’elle un jour une femme. Ce même corps commence à prendre des formes féminines explicites qui va attirer naturellement le regard des garçons. Elle devient une jeune femme et lui un jeune homme. La pudeur lui permet alors de protéger l’intimité de son corps qui se transforme, du regard de convoitise que cette découverte peut provoquer chez le garçon. Cette chasteté peut-être inconsciente est en tout cas un signe évident de délicatesse. Le garçon découvre sa sexualité très extérieurement à travers une génitalité bien envahissante. La première image que la jeune fille donne d’elle étant souvent sa tenue, quel sera l’impact sur lui d’une cuisse dévoilée, d1un pantalon très collant ou d’un décolleté? N’oubliez pas que le garçon vous regardera avec sa psychologie à un âge où ce qui n’est que séduction innocente pour la fille sollicite sexuellement le garçon. Vos relations s’en ressentiront forcément, même si le garçon n’ose vous avouer sa faiblesse. Aidez-le à s’élever et à grandir en étant délicate à son égard par votre exigence, en ne tentant pas sa grande fragilité. La séduction cherche à attirer à tout prix le regard de l’autre. La provocation et le souci de choquer aussi, d’une autre manière. Êtes-vous sûre de respecter sa liberté en provoquant son regard? Supporteriez-vous qu’avec sa force physique, qui est son point faible avec l’instinct sexuel, il vous force à s’intéresser à lui? Chacun a la responsabilité envers l’autre de le laisser libre de son choix. Quelle tristesse que des femmes, jeunes ou adultes, sollicitent notre convoitise envers un corps que, malgré notre nature fragile, nous sommes aussi capables de regarder chastement! Si chacun n’aide pas l’autre, dans un souci de respect mutuel, cela sera vite une source de conflits entre nous. Observez simplement autour de vous une société ou ne règne que la séduction, le besoin de paraître et l’égoïsme. La souffrance et la solitude ne sont jamais bien loin et la satisfaction bien éphémère et dérisoire. 

L’instabilité affective et l’impudeur actuels découlent d’une méconnaissance voire d’un refus de la faiblesse humaine et de l’absence d’une éducation à la pudeur et à la prudence. La beauté féminine est appelée à être mise en valeur autrement que par une médiocre entreprise de séduction charnelle. Mais les modes vestimentaires sont parfois si ambiguës qu’il est souvent difficile, voire impossible de ne pas être attiré par le spectacle d’un corps outrageusement mis en valeur. Est-ce que la femme n’aurait d’intérêt que pour les formes de son corps offertes à tous? Je ne l’ai jamais pensé mais que faire sinon se résigner à subir ou protester comme je m’exerce à le faire?  Ce que je sais d’expérience, c’est ce que va penser un garçon en voyant un corps dévoilé. Sa pensée va s’arrêter à ce qu’il voit et il risque de ne pas aller plus loin. En quelque sorte, de réduire la femme aux formes qu’elle met excessivement en valeur. J’en parle souvent avec des garçons qui me confient sincèrement leur gêne qu’ils n’avoueront jamais aux filles.  Venons-en maintenant à l’essentiel. 

Notre foi catholique nous enseigne que notre corps est le temple du saint Esprit. Nous allons nous confesser pour lui avoir manqué de respect afin de retrouver l’amitié de Dieu en redevenant disponible à sa grâce. Chacun de nos actes visibles témoigne de notre foi. Il n’est pas certains actes relevant du spirituel ou Dieu aurait droit de cité dans notre vie, et d’autres ou il devrait rester à l’écart. Notre attitude à l’égard de notre corps est comme une façon d’exprimer notre pensée. Qui se néglige ou met trop d’attention à son apparence déforme le miroir de la création que Dieu a mis en lui en s’attachant excessivement à la superficialité à notre seul profit, souvent en plus au détriment de la vie intérieure. Ce qui est le cas de la séduction ou de l’agressivité vestimentaire. Notre corps est un instrument qui doit nous permettre de réaliser de grandes choses. C’est pour cela qu’il faut le respecter et être délicat à son égard car notre âme a besoin d’un écrin qui la mette en valeur, pas d’un écran qui la cache ou la déforme. Notre Dieu n’est pas un Dieu sévère et cruel. Il s’est incarné, a vécu notre condition et est mort ignominieusement sur la Croix pour nous racheter. C’est la preuve évidente de son amour sans bornes pour nous. Egarer sa volonté dans une pauvre entreprise de séduction ne risque-t-il pas de vous éloigner d’un Amour si doux et miséricordieux? Vous n’y aviez probablement jamais songé auparavant, où vous aviez confondu indulgence avec complaisance. Est-ce qu’en allant à la messe, en priant un peu, en respectant certaines règles morales exigeantes, vous pensez en faire bien assez? Je comprends que le monde est fascinant, brillant, tentant, comme le mal l’est bien plus que le bien qui ne brille ni ne fascine mais tiendra ses promesses qui sont d’un autre ordre, vrai et fécond. Suivre l’esprit du monde dans le domaine de la mode puis, qui sait, notre nature est si fragile, des relations dangereuses est vraiment un risque spirituel pour vous. Dieu, qui ne reprend pas sa fidélité, vous dit sans cesse «je t’aime comme tu es, mon enfant! » mais le beau jeune homme qui vous regarde séduit ou émoustillé, flatte votre vanité et vos sentiments et risque de vous faire tout oublier. Pourtant, vous devez faire des choix aussi dans ce domaine et les attitudes provocantes sont un choix dont vous n’aviez peut-être pas conscience jusque là. Je précise que si je parais m’en prendre aux femmes plus qu’aux hommes, c’est que Dieu leur a confié d’éduquer les hommes et que, si le péché originelles a réduit à séduire, elles restent néanmoins appelées à redevenir nos éducatrices. Prenez cette lettre comme un hommage à votre vocation. 

Dès le matin, je m’arme par la prière afin dl inspirer le respect et la discrétion. Ma vie spirituelle m’a appris que la vie intérieure compte plus que tout, apaise les sentiments et les passions, rend plus délicat et disponible à Dieu et aux autres en nous éloignant des obstacles de notre nature et notre volonté. La délicatesse à l’égard des autres est un de ces signes d’une âme apaisée par la prière. Commencez par-là ou plutôt continuez, revenez sans vous lasser à la prière qui laisse Dieu agir en vous et vous rend disponible à son amour. Laissez sur le bord de la route les influences, les tentations, le désir de paraître et allez à l’essentiel. Vous y trouverez Dieu et votre véritable valeur. En découvrant que vous êtes aimable et aimée pour vous, comme vous l’êtes réellement, vous serez moins sensible aux influences de recherche de séduction ou de provocation, venant souvent de personnes mal dans leur peau. Vous cesserez d’être superficielle quand vous aurez repris le chemin de la Vie intérieure. Je vous souhaite ce merveilleux cheminement vers la vraie beauté de l’âme d’une femme. Beauté dont ont aussi besoin les hommes pour que nous puissions monter et grandir ensemble.

 Dominique Morin 

Cet amour qui nous sauve.

Vendredi 28 mars 2008

Cet amour qui nous sauve.

 » Entre dix sept et vingt et un ans, j’ai vécu dans la drogue, la violence politique et le plaisir sexuel sans règles. Bien ancré dans ces pratiques, je me suis retrouvé un jour avec une arme automatique chargée en mains et le projet précis de m’en servir. Que faire devant un tel choix impossible?    . J’étais seul, comme un gosse abandonné, j’avais peur et j’étais pauvre comme jamais dans ma vie. J’ai pleuré, implorant intérieurement ».Si quelqu’un est là, qu’il m’aide, je n’en peux plus! » Ce fut certainement ma première prière. Ma mère accepterait sûrement, encore une fois, de m’héberger afin de m’aider à m’éloigner de la pression de ce milieu. Il fallait que je choisisse vite et j’ai penché du bon coté. A ce moment-là, j’ai été aidé par Dieu, à qui j’en rends grâce et ma mère qui a pris le risque de me tendre la main, une fois de plus. C’est vrai que de la part d’une mère ça parait normal. 

Il fallait encore fuir radicalement sexe, drogues, alcool, violence car, si j’étais dégoûté de ce milieu, je n’étais pas encore guéri. Je me suis donc tenu éloigné trois ans durant de toutes ces tentations. Tenté par une quête spirituelle, je suis revenu vers l’église catholique où j’étais baptisé et consacré à la Sainte Vierge. Noël 1984 fut ma première messe, puis pendant deux années j’ai régulièrement pratiqué. Ce qui m’a apporté une force pour maîtriser mes instincts et un but concret et réaliste en attendant mieux. Deux années de grâce et de pacification de ma nature. Mais je me croyais quand même trop pécheur, indigne de l’Église. St Jean de la Croix dit 

qu’ »on obtient de Dieu autant qu’on en espère. »Moi, je ne parvenais pas à imaginer que Son amour pourrait aller jusque-là. Je pense vraiment qu’on ne parlera jamais trop de la miséricorde de Dieu. 

Je suis allé faire une confession générale. J’ai accusé des péchés impardonnables à ce prêtre qui n’a pas réagi comme je m’y attendais. Je le regarde, quasiment certain de sa réaction, et, ô surprise!, je vois apparaître un grand sourire sur ses lèvres qui m’a fait vaciller dans-mes ­certitudes. Profondément touché par ce signe de la miséricorde de Dieu, je suis demeuré dans cette église où, en fait, je me sentais bien.  La guérison s’opérait doucement, je m’ouvrais à la vie comme une fleur aux rayons du soleil en retournant vers la société des gens. J’ai sympathisé avec des catholiques, m’ouvrant ainsi d’autres horizons. De nos rapports sains et constructifs, entre autre avec des femmes, des amitiés ont pu naître qui durent encore aujourd’hui. 

Huit années que je cheminais sur cette route, treize ans depuis la fuite du ghetto anarchiste lorsque mon passé s’est rappelé brutalement à moi. Une infection sévère a éveillé un soupçon chez mon médecin qui a décelé un SIDA avancé contracté durant ces années difficiles avec une fille dont j’ai appris le décès depuis. Tout s’écroulait pour moi. Même ma foi vacillait. Comme treize ans auparavant, ma famille, mes amis et surtout la grâce de Dieu m’ont empêché de tomber trop bas. Le réflexe de la prière, réflexe de pauvre, est vite revenu. Prière désordonnée, parsemée d’abattement et de révolte mais, malgré tout fidèle et persévérante. Les années ont passé et d’infections en sursis successifs, en 1996, j’ai pu profiter de traitements grâce auxquels mon état s’est stabilisé et même amélioré. Après le deuil de ma vie, il fallait réapprendre à vivre comme incurable. C’est dans cette perspective que je commence à témoigner régulièrement dans les écoles, associations ou paroisses qui m’invitent. Un témoignage d’espérance et de vérité basée sur mon expérience. Comme le SIDA, l’avortement est un drame d’un amour dénaturé qui produit la mort. L’amour ne peut être neutre; il construit ou il détruit. 

Notre société ne semble plus apporter que des réponses fatalistes et désespérées, sans possibilité de choix véritable. Quand une mère angoissée va faire diagnostiquer sa grossesse, elle craint d’être poussée à l’avortement si des obstacles surgissent pour garder son enfant. L’avortement devient souvent un palliatif évacuant les carences de notre société et les femmes     enceintes se retrouvent seules à les assumer. L’enfant n’est bienvenu que si d’autres sont décidés à aider la mère à l’accueillir et le corps médical peut contribuer à semer le doute: « êtes-vous bien décidée à le garder? » Les mères sont parfois presque considérées comme coupables de grossesse. La morale se réduit alors à un concept purement médical. 

J’ai rencontré, au cours de mes témoignages et comme sidéen, de ces, militants défendant l’avortement dont le regard se ferme dès que l’on avance une autre solution que l’avortement ou, pour combattre le SIDA, autre chose que le préservatif. J’ai vu chez eux parfois la haine et toujours la tristesse. Quel contraste avec l’épanouissement d’une mère qui donne la vie, d’un ­jeune qui vit la chasteté avec joie! L’idéologie n’explique pas tout. Faire payer aux autres nos’ propres échecs ne résout jamais rien.        Ces rapports destructeurs et cette loi de l’éphémère rendent aléatoire toute relation affective, où l’amour devient un risque dont il faut se prémunir et l’autre l’adversaire d’un combat où tout le monde perd. Si des jeunes ont pu garder leur pureté et croient à l’amour vrai et à la vie comme un cadeau, c’est plutôt pour nous inspirer à la réconciliation. A contrario, c’est même la démonstration que ces vertus tant ridiculisées sont plus que jamais nécessaires. 

Seigneur, aidez-nous à toujours être ouverts à la vie, et à être vos instruments pour convertir nos frères les hommes, que la haine et le désespoir rongent et détruisent. Qu’ils se souviennent qu’ils ont été des enfants, qu’ils ont cru un jour à la vie et à l’amour. C’est même d’aimer qui donne un sens à la vie. Même si je me suis brûlé les ailes à ce jeu truqué où tout le monde perd, je crois toujours à l’amour et à l’amitié humaine. Pas dans cette guerre sexuelle où chacun a peur d’aimer, de s’attacher et de croire à un projet commun. 

Amour désincarné et solitaire où l’autre que nous aimons est dangereux pour nous. Cet amour m’a mené au SIDA comme il mène nombre de femmes vers l’avortement dans une sorte de fatalité. Nous ne pourrons sortir de cette logique infernale qu’en brisant, chacun dans sa propre existence, le cercle de la fatalité par le complot de l’amour. Vaincre là torpeur ambiante et cette peur de nous donner, même dans une amitié, sans pouvoir nous reprendre. Peur de participer à la création dont Dieu nous fait le cadeau.  L’amour n’est pas condamné à rimer avec peur et mort tant que nous ne nous y résignerons pas. Et ces enfants que nous acceptons d’accueillir, parfois dans la douleur et le doute, ce sont eux nos gardiens. Ils nous gardent contre nous-mêmes, contre ce risque toujours présent de voir nos cœurs s’endurcir, de devenir notre seule fin et ne plus savoir aimer. 

Notre créateur nous l’a prouvé en s’incarnant par une femme, Marie. A Bethléem il y a 2000 ans, il n’y avait pas de place dans l’hôtellerie pour cette mère et son enfant. Il se trouva une étable pour que Marie puisse nous faire don de son amour pour Dieu, de l’amour de son Dieu. Ce fut le plus beau des enfants des hommes, comme l’est pour ses parents, chaque enfant qui naît. Jésus enfant qui allait racheter l’homme dont le cœur s’était endurci et lui rappeler jusqu’a la Croix et la Résurrection, à quel point Dieu l’aime toujours.  Encourageons de toutes nos forces ceux qui rentrent dans la vie à oser s’engager et croire à la fécondité de ce mystère qui nous dépassera toujours. Un cœur éclairé par l’intelligence peut découvrir lui-même ce don d’amour. C’est la source des problèmes de la jeunesse actuelle que de n’avoir plus personne à admirer, à estimer, à aimer et c’est par défaut qu’elle part vers les ersatz d’amour à consommer qu’on lui propose partout. Seigneur, donnez la grâce à tous d’être ou de redevenir comme les enfants, toujours émerveillés devant l’enchantement de la vie. Donnez-nous à tout un cœur d’enfant simple, plein de foi et d’amour, ouvert à la grande aventure de la vie. 

Je fais cette prière pour celles et ceux qui ne demandent qu’à aimer et qu’à être aimé; Que notre seule maladie soit l’amour! « 

Dominique Morin  

La doctrine sociale de l’Eglise

Mardi 22 janvier 2008

La doctrine sociale de l’Église.

On désigne par ce terme l’ensemble des textes de l’Église catholique qui décrivent la position de l’Église en matière sociale. On considère que le texte fondateur est l’encyclique Rerum Novarum (Des choses nouvelles) du pape Léon XIII en 1891.
 

I-Les principes élaborés par la doctrine sociale de l’Eglise

Celle ci s’appuie sur 11 Principes fondamentaux (CF Compendium de la doctrine sociale de l’église)

1) La dignité de la personne humaine
« L’homme est la seule créature voulue pour elle-même » (Jean-Paul II)


2) Le respect de la vie Humaine
« Aussi l’ordre social et son progrès doivent-ils toujours tourner au bien des personnes, puisque l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse ». Le respect de la dignité humaine ne peut en aucune façon ne pas tenir compte de ce principe: il faut « que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme “un autre lui-même”, [qu'il] tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement ». Il faut que tous les programmes sociaux, scientifiques et culturels, soient guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain. (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église N° 132)

 

3) Le principe d’association 

4) Le principe de participation 

 

5) Le principe de l’option préférentielle pour les pauvres et les personnes vulnérables
L’option préférentielle pour les pauvres est un principe élaboré dans la doctrine sociale de l’Eglise. La tradition chrétienne le rapproche constamment des principes de charité et justice: « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu’accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice »
(Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis).
L’encyclique Centesimus annus développe ce principe au N° 57. Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église résume ce principe aux N° 182 à 184.

6) Le principe de solidarité
La solidarité est une « vertu humaine et chrétienne » (encyclique Sollicitudo Rei Socialis, n°41-42). Voir aussi : Matth. 25, 31-46 : chacun sera jugé selon la manière dont il a vécu cette solidarité entre les hommes.
 


  7) Le principe de gérance
           

 8 ) Le principe de subsidiarité
Ce principe signifie qu’il est « impossible de promouvoir la dignité de la personne si ce n’est en prenant soin de la famille, des groupes, des associations, des réalités territoriales locales, bref de toutes les expressions associatives de type économique, social, culturel, sportif, récréatif, professionnel, politique, auxquelles les personnes donnent spontanément vie et qui rendent possible leur croissance sociale effective.» (Catéchisme de l’Église Catholique, 1882)
Parmi ses différentes implications, ce principe
«impose à l’État de s’abstenir de tout ce qui restreindrait, de fait, l’espace vital des cellules mineures et essentielles de la société. Leur initiative, leur liberté et leur responsabilité ne doivent pas être supplantées.»
«À l’application du principe de subsidiarité correspondent: le respect et la promotion effective de la primauté de la personne et de la famille; la mise en valeur des associations et des organisations intermédiaires, dans leurs choix fondamentaux et dans tous ceux qui ne peuvent pas être délégués ou assumés par d’autres.»
Dans certaines « situations où il est nécessaire que l’État stimule l’économie, à cause de l’impossibilité pour la société civile d’assumer cette initiative de façon autonome; que l’on pense aussi aux réalités de grave déséquilibre et d’injustice sociale où seule l’intervention publique peut créer des conditions de plus grande égalité, de justice et de paix. À la lumière du principe de subsidiarité, cependant, cette suppléance institutionnelle ne doit pas se prolonger ni s’étendre au- delà du strict nécessaire, à partir du moment où elle ne trouve sa justification que dans le caractère d’exception de la situation.» (Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, N. 185-188).


9) Le principe de l’égalité humaine 

 

10) Le principe du bien commun


Le bien commun est l’« ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les être humains le développement intégral de la personne » (Jean XXIII). Voir aussi l’encyclique Pacem in Terris (n°53).

 

11) Le principe de la destination universelle des biens
Dans la tradition chrétienne, la première origine de tout bien est l’acte de Dieu lui-même qui a créé la terre et l’homme, et qui a donné la terre à l’homme pour qu’il la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits. Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne. C’est l’origine de la destination universelle des biens de la terre.
Le principe de la destination universelle des biens appelle une économie inspirée des valeurs morales qui ne perde jamais de vue ni l’origine, ni la finalité de ces biens, de façon à réaliser un monde juste et solidaire, où la formation de la richesse puisse revêtir une fonction positive.
(Compendium de la Doctrine sociale de l’Église N° 171-174).
Destination universelle des biens et propriété privée
Parce que la propriété privée « assure à chacun une zone indispensable d’autonomie personnelle et familiale; il faut la regarder comme un prolongement de la liberté humaine. Enfin, en stimulant l’exercice de la responsabilité, ils constituent l’une des conditions des libertés civiles ». La doctrine sociale exige que la propriété des biens soit équitablement accessible à tous (Encyclique Centesimus annus, 6: 800-801).
La tradition chrétienne n’a jamais reconnu le droit à la propriété privée comme absolu ni intouchable: « Au contraire, elle l’a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous à utiliser les biens de la création entière: le droit à la propriété privée est subordonné à celui de l’usage commun, à la destination universelle des biens » (encyclique Laboratorem exercens). L’église considère que ce principe ne s’oppose pas au droit de propriété, mais indique la nécessité de le réglementer.

    

               

II-Les préoccupations sociales de l’Église

Dès les premiers temps du christianisme, l’amour du prochain a été considéré comme l’un des principaux messages de l’évangile et de la Bible. C’est ainsi que la charité est considérée comme l’une des trois vertus théologales (voir à ce propos l’encyclique Deus Caritas est).
Un des plus grands représentants de l’action sociale chrétienne est sans doute saint Vincent de Paul : après avoir aidé dès son plus jeune âge les plus démunis, il fonda les Lazaristes en 1625, puis l’ordre des Filles de la Charité en 1634.

 

1) Origines du renouveau de la pensée sociale contemporaine
La pensée moderne de l’Église trouve son origine dans la période de grands changements économiques et sociaux qui a accompagné la Révolution industrielle. Le bouleversement des méthodes de production, la disparition des trois ordres de l’Ancien Régime et l’émergence de nouvelles classes sociales (bourgeoisie, ouvriers) avec l’opposition capital / travail, ont fait prendre conscience d’un fossé grandissant entre les ouvriers et les classes dirigeantes.
L’un des premiers à avoir pris conscience des injustices sociales fut aussi Frédéric Ozanam, qui vécut de près la révolte des Canuts à Lyon en 1831. Après une altercation avec un saint-simonien, il abandonna les études d’Histoire et fonda avec quelques amis la Société saint Vincent de Paul, encore très active aujourd’hui.
En Allemagne, ce fut l’évêque de Mayence, Monseigneur Ketteler, qui fut le principal initiateur du renouveau social de l’Église dans ce pays.
C’est précisément les œuvres de Mgr Ketteler qui permirent à Albert de Mun de découvrir cette pensée sociale, lors de sa captivité en Allemagne. Il fonda les cercles catholiques ouvriers (1871), fut l’inspirateur de la plupart des textes de loi sociaux de la IIIe République, et participa à l’élaboration de l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII (1891).
      

 

2) Les textes de la doctrine sociale
La doctrine sociale de l’Église comporte, outre l’encyclique Rerum Novarum (1891), un ensemble de textes, en particulier les mises à jour de Rerum novarum qui ont eu lieu à plusieurs anniversaires décennaux, ainsi que d’autres textes de l’Église :
• Deus caritas est, Benoît XVI (2006)
• Pour une meilleure répartition de la Terre, Conseil Pontifical Justice et Paix (1997),
• Centesimus annus, Jean-Paul II (1er mai 1991),
• Sollicitudo rei socialis, Jean-Paul II (1987),
• Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, Congrégation pour la doctrine de la foi (1986).
• Laborem exercens, Jean-Paul II (14 septembre 1981),
• Redemptor hominis (L’homme, le premier chemin de l’Église), Jean-Paul II (1979)
• Populorum progressio, Paul VI (1967),
• Gaudium et spes, concile Vatican II (1965),
• Pacem in Terris, Jean XXIII (1963),
• Mater et magistra, Jean XXIII (1961),
• Radiomessage pour le 50e anniversaire de Rerum novarum, Pie XI (1941).
• Quadragesimo anno, Pie XI (15 mai 1931),
• Graves de communi, Léon XIII (18 janvier 1901),
• Rerum novarum, Léon XIII (15 mai 1891).
    

3) L’engagement social de l’Église
La pensée sociale de l’Église a compté pour beaucoup dans la création de nombreux mouvements d’action sociale et œuvres chrétiennes, parmi lesquels on peut citer :
• le Secours catholique (Caritas),
• le Ceras, Centre de recherche et d’action sociales de la province de France des Jésuites, créé en 1903 sous le nom d’Action Populaire
• le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD),
• la Société saint Vincent de Paul

Le don de Noël

Dimanche 13 janvier 2008

- Le don de Noël -

  

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  Je rêvai que j’étais à la crèche auprès de l’Enfant-Jésus et qu’Il me disait : « Quel cadeau désires-tu en ce jour où s’incarne l’Amour de Dieu ? » Et comme la nuit retentissait du chant des anges « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! », je demandai la paix intérieure.

« Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu. Tu as choisi sagement, ne réclamant ni la gloire ni la fortune, biens si passagers !

« Voici ma mère ; elle sera ton modèle, elle dont les vertus innombrables se sont épanouies dans la paix et le recueillement. Songe que lorsqu’elle tirait l’eau du puits ou balayait devant sa porte, personne ne soupçonna qu’elle était Reine des martyrs et des anges car elle a chéri l’effacement de sa vie cachée. Seuls son sourire et son regard si bons trahissaient l’éclat de son feu intérieur. A l’école de Nazareth tu apprendras à ne te distinguer des autres que par l’embrasement de ton cœur.

« J’ai besoin d’âmes de paix et d’humilité pour prouver au monde qu’il n’est pas nécessaire d’accomplir de grandes choses pour prétendre au ciel mais que l’on se sanctifie par la fidélité au labeur quotidien, en aimant ce que l’on fait plutôt qu’en faisant ce que l’on aime.
 Ces sacrifices, qu’impose le devoir d’état, me prouveront ton amour et étoufferont ton égoïsme lorsqu’il se fera tyrannique.
 
« Regarde ma mère à présent. Elle s’est retirée en elle-même et elle prie. Imite-la pour Me retrouver en toi ; Je t’apprendrai à te connaître sans complaisance sous mon regard.
« Chaque jour il faudra reconquérir cette paix qu’un rien détruit. Ne te trouble pas des jugements hâtifs des autres ; tu t’épargneras bien des chagrins, des rancœurs et tu goûteras à la vraie liberté. Garde-toi bien de juger en retour. Prête toujours aux autres de bonnes intentions, efforce-toi de les comprendre et tu verras au jour du jugement qu’il n’est que Dieu pour sonder en vérité les reins et les cœurs.
 
« N’oublie pas que tes dons sont à partager avec ceux que je te confierai : ma mère n’est-elle pas partie en hâte vers Elisabeth alors qu’elle commençait à Me porter en elle ? Vois comme elle s’oublie et se prodigue en services. Ma tante ne s’y est pas trompée, elle a vu dans sa cousine briller l’éclat divin : « Tu es bénie entre les femmes ! »
« Conserve précieusement cette paix de la crèche et suis-Moi aux côtés de ma mère vers le Ciel par le mont des Oliviers et le Golgotha. »

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